Germaine TILLION : LE HAREM ET LES COUSINS (1966)

Gilbert Lehmann 16/06/2013
L' OMS demande en 1961 à Germaine Tillion une étude sur la condition féminine dans l'espace
méditerranéen,
En effet connaissant bien le maghreb berbere et arabe , elle se rend compte que ce problème qui
est aigü dans cette région , déborde toutefois largement ses limites apparentes:il n'est pas de source
religieuse - singulièrement musulmane (extême orient et sud du Sahara y échappent quelque peu )
et les autres monothéismes y sont tout autant impliqués .
Il contamine en substance sinon en intensité tout le bassin mediterranéen d'un seul tenant (ignore
les frontières des pays ,des peuples ,et les climats) et donne historiquement son empreinte dans
toute l'expansion geographique de notre civilisation.
Il est liée à la définition de « république des cousins » que Tillion donne à ces sociétés
ou tribus endogames.
Dans son travail fondamental sur les Stuctures de la Parenté (1949) Claude Lévi Strauss * a
étudié dans le plus grand détail les populations de chasseurs-ceuilleurs d'Amazonie .Leur structure
sociale est stictement exogamique où les femmes sont échangées entre groupes étrangers , l'inceste
étant la proscription absolue dans une société à croissance nulle , à démographie basse , non
expansive , pacifique dans son essence et faite d'ouverture , de communication et d'échanges.
Elle l'appelle « la république des beaux-frères ».
Qu'en est-il de cette société endogamique de la rive sud de la méditerranée ? Pour faire court :
les filles vierges sont mariées à un cousin de la lignée paternelle; exclues de l'héritage à la mort du
père , elles sont soumises à l'autorité du frère aîné responsable de la gestion du patrimoine .
La tribu -ferqa- fermée au monde extérieur y compris dans son habitat , garde ses filles pour les
cousins/frères/maris .La ferqa ne communique pas., centré sur un espace intérieur clos ( la Horma
dont l'autre sens est « honneur » ).Le sang fait la noblesse (incomparable) de la lignée.
L'étranger est l'ennemi potentiel: il « vole les filles ,la terre et les vaches ». La jalousie est
institutionnalisée ..
La fraternité est sacrée et l'aîné a le devoir de punir l'adultère (crime contre l'opinion i.e. la
Société d'où à l'extème lapidation pubique et « participative ») et d'assurer la vendetta (mais une
certaine tolérance au péché de chair dans la ferqa!!! car entre cousins !)
La seule richesse de la femme est sa virginité gardée par les frères .tout le reste est inutile-
(éducation,vie sociale etc...).

Un étrange bonheur serait possible à l'âge d'or originel - hypothétique , rêvé -de la tribu , dans le
cocon de l'entre-soi familial où l'on partage le pain et le mouton.
Mais les fissures surviennent qui vont générer des mécanismes de défense pire que le mal (une
« urticaire »).Et des facteurs de déstabilisation de cette tribu surviennent très tôt dans l'Histoire :
l'urbanisation et ses promiscuités (vite le voile et le harem ,barrière défensives!!) ,
-la croissance démographique et les mélanges (contact rapproché avec l'ennemi),
-les inégalités (la richesse ou la pauvreté )
la religion : la tradition s'accorde plus ou moins avec les polythéismes de Grèce ou d'Asie
Antérieure, les monothéismes juif ou chrétien -et l'assimilation de ce dernier au droit romain.
(rois d'egypte , patriarches d'israël , monarques indo-européens : denys l'ancien ,
irlande ,indulgence pour incestes familiaux
 


 
 

C'est avec le Coran ,plus tardif , que les choses s'enveniment car un prescription du prophète est
la reconnaissance du droit de la femme en matière d'héritage et d'assistance matérielle par son
époux sous peine de feu éternel ! La tribu est menacée !: une machine de guerre se met en place
pour parer à cette innovation favorable à la moitié de l'humanité mais destructrice des patrimoines :
la prescription est occultée...
...et en contre-partie sont exaltés la prière et le carême mais aussi convoquées et revendiquées
comme religieuses d'autres pratiques beaucoup plus anciennes , non musulmanes ; ainsi la
circoncision , l'interdit alimentaire du porc ou le voile (Hérodote mille ans avant les décrivait déjà
ainsi que la coiffure « crête de coq : choucha , les « youyou » et les danses et combats rituels des
filles au printemps!)
Le plus singulier des arrangements est la ristourne à Dieu par acte notarié : on en fait le
légataire ultime des biens de la tribu ! Et rien ne se passe en attendant!
C'est le premier progrès social édicté ; ce sera le plus farouchement combattu et paradoxalement
l'islam va sembler le plus réactionnaire des statuts religieux ,alors que tout n'est que survivance -
farouche à tout prix - de pratiques tribales anciennes.
…......................... ET NOUS ???
….... si les pratiques restent caricaturales sur la rive sud de la méditerranée , de beaux restes
survivent en Grèce, Irak,Albanie, Sicile,Corse, Espagne,Europe -corrigés quelque peu en Europe
septentrionale par l'apport du droit germanique plus « féministe » mais confortés toutefois par une
église catholique traditionnaliste et la « nouvelle couche » du code napoleon : l'inclination
endogame, l' entre-soi ,le mariage au village , le « clocher »(Bourdieu) restent vivaces dans nos
mentalités ; le crime pour adultère est jugé souvent » passionnel « à culpabilité minorée , les actes
notariés d'héritage défavorisent les filles dans le partage ou la jouissance des biens ,


Pourquoi , où et quand sont apparues les sociétés endogames ? Tillion fait l'hypothèse d'une cause
socio-économique (« en ethnologie l'intendance précède et ne suit pas comme à l'armée »)
:la révolution néolithique 7000 ans av.JC apparue dans le sillon levantin ,puis le croissant fertile,
puis le bassin méditerranéen et le reste du monde: civilisation « du beurre et du pain , de la soupière
« , elle est forcément expansive , productiviste , nataliste ; elle invente la guerre ,
l 'esclavage , le racisme , et le pillage de la planète après avoir effacé peu à peu les chasseurs
ceuilleurs exogames des confins...et là est aussi la généalogie de notre morale .
Mauvaise affaire pour l'homme (« roi désarmé » immature) et la femme (inculte ,frustrée ,
aigrie ,précaire), et l'avenir de la société dont le progrès est freiné par l'exclusion de la moitié de
sa population. L'auteur est consciente du fondement discutable de ses hypothèses quant à l'état de l'humanité à
l'âge préhistorique mais croit pouvoir retenir 3 éléments solides : l'antériorité de la « république des
beaux-frères » par rapport à celle des « cousins » neolithiques , le caractère global par delà toutes
les barrières géographiques ou ethniques de sa diffusion, l'explosion démographique et territoriale.
Germaine Tillion fait alors un état des lieux et des perspectives de cette exclusion féminine en
1966 .En 2O13 son analyse est obsolète:
Côté sud le voile est revenu qui accompagne un fanatisme et une bigoterie religieuse qui réagit
plus à des causes politiques et/ou économiques qu'à une nostalgie tribale patrimoniale et/ou
obsidionale ; au nord la complexité est plus grande : le nouveau voile se décline de multiples
façons :militant,« barrière » identitaire ,conformisme des communautés suburbaines sous le regard
réactivé des frères gardiens d'un nouvel » honneur » - mais les motifs sont devenus protéiformes p
avec depuis 50 ans l'Histoire et les guerres ,les terrorismes ,les répressions ,les stigmatisations et la
génèse d' ideologies radicales , frustres ,désespérées et nihilistes
Pour ce qui est à peu près tout le reste du Monde - des barrières sont tombées , l'urbanisation et
les mélanges ont dissous l'endogamie et marginalisé l'entre-soi farouche et jaloux : ne persiste de
très préocupant que l'agressivité économique sous la forme du marché mondial et de l'épuisement
progressif des ressources .Mais nous savons que dès l'apparition ou l'annonce -ou l'invention -d'un
danger , d'une peur ,le premier coupable se cherche dans l'altérité ,ennemi idéal , »proche ,« sous la
main »pour réactiver à tous prix notre besoin de similarité. Le meurtre isolé est sans âge : le meurtre
organisé - la guerre est neolithique.
La qualité de l'essai réside dans la vision de l' »accident » historique du 8° millénaire et
l'analyse de ses conséquences jusque dans nos sociétés civilisées .C'est une remarquable vision
synthétique et sa grande originalité n'avait pas échappé à Claude Lévi Strauss.
C'est par une méthode d'écoute et de dialogue avec les autres durant les nombreux séjours
effectués aux confins des Aures auprès de la tribu des chaouias que l'auteure a confirmé que
l'ehnologie est entre les civilisations ce que le dialogue est entre les individus : un échange
dialectique où chacun voit chez l'autre ce que l'autre ne voit pas et le changement réciproque que
cela entraîne : le « dépaysement » permet de mieux se percevoir et de corriger ce défaut , cette
routine qui font que nous sautent aux yeux des différences de détails et nous échappent nos
profondes analogies , car les cultures et leurs mythologies sont "comme des colliers cassés":
refaits leur aspect est différents mais les « perles sont les mêmes ».
Comme un psychanaliste elle écoute les lapsus les rêves les cauchemars les actes manqués et
observe les symptomes sociaus bizarres et révélateurs.
Mais ce livre a gêné par les méthodes employées et l'ampleur des problèmes et des hypothèses
posées :
les ethnologues et historiens contemporains lui ont fait un acceuil plus que mitigé critiquant sa
méthode « trop subjective,immergée (« on se sert de soi pour comprendre les autres») son style trop
« limpide » humoristique (« Les revolutions passent,les belles mères restent ») trop familier (« ceux
qui savent lire ,et mes lecteurs en font partie ...») pour un ouvrage scientifique:
le milieu « intellectuel » anticolonialiste lui a reproché d'être politiquement incorrect et
outrecuidant : « :cessez de vous pencher sur la femme orientale »(!elle est heureuse et adulte!)
les religieux d'être un « livre indécent pornographique qui insulte l'islam » ou Leïla Hacine qui
affirme -comme Paul-que l'homme est de toute façon supérieur à la femme.

Mais Germaine Tillion n'en était pas à ses premiers ni derniers ni pires affrontements. Très grande
universitaire en sciences humaines ,élève de Marcel Mauss ,à peine revenue des Aures elle entre en
Résistance fin Juin 1940.
Dénoncée en 42 , déportée à Ravensbrück où sa mére est tuée , elle sait y écrire une comédie
musicale humoristique.Libérée elle rassemble les dossiers des déportés du Musée de l'Homme puis
des veuves et orphelins des camps .Partie prenante avec David Rousset du CICRC qui dénonce le
Goulag stalinien en 1953 ,elle s'attire l'hostilité de ses anciennes compagnes déportées communistes.

Missionée en Algérie en 1954 et attérrée par la « clochardisation » des populations aurésiennes ,elle
crée 120 centres sociaux pour subvenir à leurs besoins alimentaires et à l'éducation des enfants.
Rencontrant des combattants du FLN elle obtient une suspension des attentats contre les civils .
Sans transiger sur le droit des victimes de quelque bord qu'elles soient elle s'attire l'inimité de
Simone de Beauvoir et de Vergès d'un côté et du général Massu de l'autre.
...et elle sera loin de faire plus tard l'unanimité en s'opposant -entre autres nombreux combats-à la
guerre du golfe en 1992 ,à l'invasion du Liban par Israel .
Elle sait avouer :

-l'ambiguïté de ses réaction à Hambourg lors du procès en 1951des bourreaux de
Ravensbrück : je les vois,ce sont des hommes « j 'ai pitié d'eux et ça me rend malade »Car il existe
entre le bourreau et la victime par une expérience partagée une lucidité aiguë partagée de la chose
vécue

-le tragique de la confrontation avec la torture en Algérie « eux maintenant c'est comme nous jadis.


-la fragilité de l'individu : »il n'y a pas de médiocre devant les grands drames :tant
mieux pour l'imbécile qui n'a jamais eu l'occasion de choisir » /» il existe beaucoup de héros
potentiels qui s'ignorent et non moins d'ignobles qui s'ignorent aussi »/ »rien n'est acquit jamais » et
« entre le mieux et le pire il y a de quoi se casser la tête pendant toute une courte vie.
Quant au reproche de subjectivisme des critiques universitaires elle pourrait répondre ainsi:
« c'est alors (à Ravensbrück)et alors seulement que je refis mes classes « humanistes » et que
j'appris sur le crime et les criminels ,la souffrance et ceux qui souffrent ,la lâcheté et les lâches ,sur
la peur,la faim,la panique,la haine des choses sans lesquelles on n'a pas la clé de l'humain car tout
cela à l'état de larve rampe dans n'importe quelle société , mais on n'apprend à l'identifier que
lorsqu'on a regardé longuement la bête adulte épanouie dans sa peau ».
 
Voir **Todorov : Fragments de Vie

EMMANUEL DONGALA / Biographie .
Emmanuel DONGALA est né le 14 Juillet 1941 , d’un père congolais et d’une mère centrafricaine . Il est formé en France et aux Etats-Unis avant de devenir professeur de chimie à Brazzaville.
Il a vécu l’essentiel de son existence au Congo-Brazzaville , jusqu’à son départ forcé au moment où le pays bascule dans le chaos à la fin des années 90 .En 1997 , après le refus de la France , les Etats-Unis l’accueillent et lui offrent un poste à l’Université , grâce au mouvement de solidarité de ses amis , notamment l’écrivain Philip Roth. Il a alors 56 ans.
Emmanuel Dongala a reçu le 2 novembre 2010 le prix Virilo 2010 pour son roman :
«  Photo de groupe au bord du fleuve . », paru chez Actes Sud .
En 2011 , au Salon du livre de Genève , il est interviewvé par France 24 sur son livre . Il explique comment il a eu l’idée de ce roman lorsqu’en se promenant au bord du fleuve (CONGO) il a vu un groupe de femmes qui cassaient des pierres et discutaient entre elles .
Il dit également que ce livre ne se limite pas à son pays , mais évoque la condition des femmes dans de nombreux pays du monde . C’est pourquoi il a inséré dans son livre plusieurs extraits de la radio que son héroïne écoute chaque matin : ce sont les nouvelles du monde .
BREF HISTORIQUE DU CONGO :
Nous avons 2 Congos , qui sont nommés par facilité :
  1. CONGO BRAZZAVILLE ( République du Congo )
  2. CONGO KHINSHASSA (République démocratique du Congo = R.D.C.)
Le livre de DONGALA se passe au Congo Brazzaville.
De 1991 à 97 , ce pays connait une bataille entre 3 courants politiques menés par :
  • Sassou N Guesso , Pascal Lissouba et Bernard Kolélas
Différentes alliances se font entre les 3 selon les résultats électoraux .
En 1992 , victoire de LISSOUBA aux législatives . Les élections sont perturbées et marquent le début des affrontements armés et la création de différentes milices :
  • Milice des NINJAS , des COBRAS , et des COCOYES sont les principales .
En 1997, Sassou N Guesso arrive au pouvoir : il a gagné cette guerre civile et ramène une courte période de calme relatif. Mais l’été 98 , le conflit reprend et en Décembre , une « opération de nettoyage »  par l’armée oblige la population des quartiers Sud de la ville à fuir . Il y aura qq 10.000 morts et au moins 500.000 réfugiés et déplacés .


          Presentation du livre d'Emmanuel Dongala
          "Photo de groupe au bord du fleuve" 


Dès le début du livre , on nous explique que l’on appelle « Ma » ou « Mama » les femmes en âge d’être la mère ou la grand-mère ; et « Ya » pour celles juste en âge d’être une grande sœur . Puis on nous présente toutes les femmes du groupe ( une quinzaine ) , en même temps que se prépare la contestation en vue d’obtenir un meilleur prix de vente de leurs sacs de pierres , à savoir : 20.000 F CFA au lieu de 10.000 . Il fut d’abord question de demander 15.000 mais il faut toujours laisser une marge pour le marchandage .
Comment Méré s’est séparée de son mari TITO : elle refuse les relations sexuelles parce qu’il a découché et à cause du Sida . Il devient violent , et elle s’en va avec les 3 enfants . Elle se réfugie chez Tante Turia .
Les femmes réunies décident la poursuite de la lutte , elles mettent en place une entraide mutuelle , partage des ressources pour tenir pendant l’affrontement avec les acheteurs.
Une longue journée va commencer (chap.7)
Elle commence par les nouvelles de la Radio sur le Sierra Léone et les excisions . Puis à 11h. sur le chantier , l’affrontement avec les acheteurs.
Ces derniers prendront la fuite avec les coups portés par Ya Moukiétou !
Joie du groupe ! C’est la fête ! Et résonne LE CRI de Iyissou … Celle-ci était restée muette depuis la mort de son fils , sous ses yeux , par les soldats qui l’accusent , à tort, d’être un milicien ennemi .
Mais à 14 h. retour des acheteurs avec les forces de police : bagarres , injures.
Les insultes faites par Ya Moukiétou amènent la fureur de la police qui riposte par des tirs à balles réelles faisant 3 blessées ( dont Batatou grièvement , d’une balle en pleine poitrine ). Elles sont acheminées vers l’hopital et 3 autres sont embarquées au commissariat.
Toutes se rendent alors devant la prison du commissariat et réclament à tue-tête la libération des 3 femmes . 1 heure + tard arrivent le Maire et TITO . Nouvelles discussions , finalement les 3 femmes sont libérées , elles n’ont pas été torturées ! Il est 2 heures du matin .
Le lendemain , Méré rassure «  Tantine » qui la croyait blessée , puis elle cherche à avoir des nouvelles des autres , Laurentine : blessée au visage, Anne-Marie au bras et Batatou au poumon .
Elle apprend par Tito qu’une réunion des 1ères dames africaines se tiendra à Brazzaville prochainement .
Finalement elle organise une réunion dans la cour de l’hôpital pour être près de Batatou qui est dans un état grave.
La solidarité marchera à fond aussi pour payer les soins à l’hôpital où rien n’est donné , pas même une compresse .
Réunion en vue de récupérer les sacs confisqués : Méré propose une marche sur le commissariat , mais Bilala explique que les soldats les tueront même si cette marche est pacifique ( déjà vécu ) . En fin de compte une délégation de 6 filles sera nommée pour rencontrer le commissaire.
A l’hôpital , le Directeur autorise seulement 2 personnes à voir Batatou . Ce sera Méréana et Atareta , celle-ci était restée là depuis le début pour veiller sur les blessées . Il demande aussi qui paiera les frais et Méré lui répond : notre association !
Fin de la journée ; chacune rentre chez elle. Méré sera raccompagnée par Armando qui se montre de plus en plus pressant , mais elle ne le rejette pas .
Au petit matin , Méré est embarquée par la police . Croyant à un enlèvement , elle utilise une ruse pour passer un coup de fil à sa Tante : «  dans ce pays on peut toujours disparaitre sans laisser de traces !.. » Mais elle est emmenée chez la Ministre de la Femme qui lui dit accepter toutes leurs revendications.
Puis elle est convoquée chez la Présidente qui lui demande une seule chose en échange : qu’elles ne perturbent pas le 10ème anniversaire des rencontres de 1ères dames africaines. Cette manifestation doit commencer le lendemain. Elle lui tend une enveloppe contenant une très grosse somme d’argent. Méré la prend machinalement et réalise très vite que c’est de la corruption ! Elle est déjà sortie du palais , arrive le taxi , Armando à qui elle confie l’enveloppe en attendant que le groupe décide ensemble ce qu’elles doivent en faire.
Une réunion se tient chez Méré : tout le monde est là . Après bien des discussions et sur le conseil de Tante Muria , la décision est prise de donner tout cet argent pour Batatou et ses enfants : morale et dignité sont sauves .
Elles décident également de continuer leurs revendications.
Par le biais de Tito et par tél. ,la femme du Président demande aux filles une déclaration devant toutes les T.V. convoquées pour la réunion : elles doivent renoncer à leurs revendications . Méré bluffe Tito qui croit à un accord complet . Ensuite les filles débattent sur « quoi dire « ? et Qui va le dire ?
Là , Méré choisit la plus « villageoise «  de toutes , celle qui ne parle que le KIKONGO national ! Elle finit par convaincre les autres en expliquant qu’elle veut «  faire la nique «  à Tito et à sa patronne .
Lorsque les journalistes arrivent, ils sont nombreux . Un long débat commence car ils veulent Méré pour faire la déclaration . Mais celle-ci tient bon : ce sera BILALA ! 3 pages savoureuses ( 228-29 et 30 ) de débat sur les vêtements de Bilala et sur son parler en dialecte kikongo . Elle va d’ailleurs s’en sortir très bien , avec ses mots simples et sa logique , elle sera ovationnée par ses camarades .
A l’hôpital , Batatou décède dans de tristes conditions : même pas un drap sur son corps ! Il faut quelqu’un de sa famille pour signer le registre . Il n’y a personne . Méré signe en se faisant passer pour sa cousine et Armando pour son Oncle . Après de sérieuses recherches , ils vont trouver dans un lointain village , une voisine et amie qui va leur apprendre que son vrai nom es t VUTELA . Ils sauront aussi la triste vie de leur camarade ( viols et tortures et grossesse ) . Quand ils reviennent , on décide d’organiser des obsèques royales de Batatou au cimetière du centre-ville réservé à la classe dirigeante.
Une première nuit de veillée est organisée chez Méré par les femmes , elle se passe dans la tristesse . Zizina vient voir Méré . Elles discutent sur le travail nécessaire pour que les hommes arrivent à respecter les femmes, ceci dans le cadre de la mission de Zizina au Libéria avec l’O.N.U.
Le lendemain , le Ministre de l’intérieur et Tito viennent ( à la demande de la Présidente ) inviter tout le groupe à participer à la cérémonie d’ouverture du congrès , mais SCANDALE  , elles refusent !

C’est Bilala qui invoque l’au-revoir à Zizina à l’aéroport au même moment . Le ministre dit qu’il bloquera tous les avions et Méré lui réplique :
 »Même celui de l’O.N.U. ? « Le ministre est déconcerté . Il ne pensait pas qu’une de ces femmes pouvait monter dans avion de l’O.N.U. …
Finalement , ayant obtenu toutes leurs revendications , chaque femme aura un capital de 100.000 F CFA et pourra ainsi réaliser son rêve ou son projet .

Une «  happy – end «  est la bienvenue après toutes ces horreurs et ces violences .
Anne FRERING



LES PRINCIPAUX PERSONNAGES et LEURS HISTOIRES

Méréana ( dite Méré ) : personnage central qui nous raconte l’histoire à la
2ème personne du singulier , comme si elle se parlait à elle-même.
Elle a 2 enfants de son ex-mari TITO (devenu député) et a pris en charge sa
Nièce LYRA , fille de sa sœur TAMARA décédée du SIDA.
La Tante TURIA ( appelée  Tantine ) . Elle s’occupe des enfants pendant que
Méré va travailler . Elle a pu garder ses biens , à la mort de son mari , grâce aux «  Esprits « .
YA MOUKIETOU : Elle a son franc-parlé . On la surnomme «  l’assommeuse «,
Capable de mettre un homme à terre à coup de poing , pendant la bagarre .
MA BILEKO : vieille femme d’affaires dans une entreprise de tissus en export/
Import. Son mari avait une leucémie . A sa mort , elle s’est fait déposséder de
tous ses biens par sa belle-famille . Sa fille ZIZINA deviendra conseillère de
L’O.N.U. dans les forces de paix .
BATATOU : de son vrai nom VUTELA / Elle a été violée pendant la guerre civile . Elle aura des triplés , dont 2 survivront. Elle sera blessée par balle pendant l’affrontement . Elle va décéder quelques jours plus tard . On devra alors rechercher sa famille par la diffusion d’une photo car personne dans le groupe ne savait rien d’elle .
BILALA , la timide . Elle ne parle que le Kikongo national ! Et pourtant , elle sera choisie pour s’exprimer au nom du groupe devant les journalistes et les T.V. internationales.
LAURENTINE PAKA : c’est elle qui fera les photos qui donnent le titre du livre.
A.M. OSSOLO : elle est la sœur d’ ARMANDO ( taxi) , amoureux de Méré . A.M. était le «  2ème bureau «  d’un homme important et quittée par celui-ci , elle n’aura d’autre choix que de casser les pierres pour vivre !




Science Fiction

                                                   SCIENCE FICTION

                                               Séance du 17 Février 2013


Avant de vous présenter « Demain les Chiens » de Clifford D. Simak et d’en discuter avec vous, je vous propose un rapide aperçu de ce qu’on appelle la « Science Fiction »
Science-Fiction est le vocable généralement admis pour désigner un genre littéraire qui essaie de se projeter et de nous projeter, les lecteurs, dans l’espace et dans le temps, bien en dehors de nos références familières; le contenu scientifique n’est pas nécessairement exact mais imaginé plausible pour justifier et soutenir le récit et permettre à l’imagination de l’auteur de s’exprimer ; en fait dans le mot composé Science-Fiction la partie Fiction s’applique et s’impose à la partie Science ; sans cette convention, par exemple, presque tous les récits de voyages interstellaires, qui se déroulent souvent, n’en déplaise à Einstein, à des vitesses supra-luminiques ne seraient pas acceptables, et ce serait bien dommage. Ceci dit il y a parfois une part non négligeable de véritables données scientifiques selon les aptitudes de l’auteur et le sujet traité
Avant même que le mot existe il y a eu des précurseurs, que vous connaissez, Swift, Cyrano de Bergerac, Voltaire qui ont utilisé le dépaysement pour exprimer à moindre risque des opinions que la société figée où ils vivaient aurait mal accepté ; ce faisant ils réalisaient un grand pas conceptuel en éveillant les esprits à la différence et au changement.
C’est à partir du 19ème siècle avec Mary Shelley dès 1816,  «  Frankenstein ou le Prométhée moderne », Jules Verne et surtout HG Wells entre 1895 et 1900 (« la machine à explorer le temps », « l’ile du Dr Moreau » et « la guerre des mondes »), qu’on peut commencer à parler de science-fiction ; ce sont des textes, nourris par les bouleversements dans cette période de fractures avec les anciens régimes (fractures politique, économique, technologique), où l’on ressent déjà (c‘est même écrit par Mary Shelley) le retour en force de la tentation prométhéenne que poursuivra tout le 20ème siècle et où nous baignons encore et qui sur le plan littéraire verra entre autres l’essor de la Science-fiction en tant que genre distinct. Malgré les guerres, les crises, les menaces nous avons vécu ainsi, et les auteurs de science-fiction ont accompagné et à leur façon glorifié cette tension vers plus, mieux, plus vite, plus loin.
Et cela explique aussi que le genre se soit développé d’abord aux Etats-Unis, (entrés dans la révolution industrielle en même temps que l’Europe mais ayant déjà pris une avance substantielle) et ce à partir des années 1930.
Pour comprendre la rapidité de cet essor il faut aussi s’intéresser au support même des récits de SF qui était alors les pulp-magazines (comme dans « Pulp-fiction » de Tarantino qui rend par ce titre hommage à ce genre de publications) qui délivraient de la littérature d’évasion bon marché, récits policiers, westerns et à partir du milieu des années ‘20 récits de SF.
Or qui dit magazines ne dit pas « Romans », mais « Nouvelles », et la Nouvelle est un genre exigeant car il faut faire court et intéressant, il faut une idée maitresse, un développement court et pertinent et une chute ; il n’ y a pas de temps perdu dans une nouvelle, et cela s’accorde bien avec le caractère américain (time is money) ; pour un éditeur de magazine mensuel il faut donc trouver une centaine de bonnes ou acceptables nouvelles par an pour survivre ; c’est ce qui a plu aux lecteurs américains car, par rapport aux récits policiers et de western, les contextes et les situations de SF pouvaient être bien plus variés : robots, aventures galactiques, paysages différents, mutants et extraterrestres, il y avait peu de limites à l’imagination car l’invraisemblable devenait vraisemblable (vitesses supra-luminiques, télépathie, lois de la gravitation abolies etc…).
Très vite les lecteurs sont devenus plus exigeants les bons éditeurs ont dû et ont su découvrir de bons auteurs et de nouveaux talents, souvent des hommes jeunes, imaginatifs, souvent aussi dotés d’un bon bagage scientifique, lecteurs de SF eux-mêmes comme Asimov et Simak et qui savaient donner de la crédibilité à leurs histoires.
Dans ce foisonnement des années ’30 un magazine qui s’appelait alors « Astounding Stories » et maintenant « Analog », car il existe encore après 80 ans sans interruption, et son Editeur John W. Campbell jr sont sortis du lot et ont contribué à faire naitre ce que l’on a appelé l’Age d’or de la SF; Campbell est reconnu comme la force motrice de cette évolution, il a porté « Astounding » en tête des magazines et a imposé l’idée qu’une histoire pouvait être extraordinaire mais devait être bien écrite et cohérente pour trouver sa crédibilité en elle-même.
Il a sélectionné ses auteurs, les a conseillés, critiqués constructivement, parfois orientés (Asimov a dit que c’est Campbell qui l’a mis sur la voie des fameuses trois lois de la robotique) tout en leur laissant leur liberté de style et de création. Il rassemblé au fil des ans une véritable écurie dont sont sortis beaucoup des grands noms de la SF de l’âge d’or : Asimov, Heinlein, Simak, Sturgeon, Poul Anderson etc…Remarquablement presque tous le moment venu (au début des années 1950) sont passé avec succès de la Nouvelle au Roman (tout en continuant à écrire des nouvelles) quand les Editeurs « classiques » càd de livres ont pris conscience du succès des récits de SF et ont commencé à publier plus de romans de SF, à créer des collections distinctes aussi bien en reliés qu’en Poche (beaucoup plus vite qu’en France d’ailleurs).
Et donc si la Nouvelle a tiré le récit de SF vers le haut le Roman lui a donné ses lettres de noblesse, une audience élargie, non seulement aux Etats-Unis mais par l’internationalisation de sa diffusion, que les éditeurs de livres pratiquaient déjà, mais pas les magazines ; il aussi assuré la pérennité de beaucoup de récits parce que contrairement aux livres les magazines sont une denrée périssable et souvent ne survivent (et donc leur contenu) que chez les collectionneurs.
Donc pendant ce temps et après que s’est-il passé en France en matière de Science-Fiction ?
A ma connaissance il n’y a pas eu de magazine du genre SF en France avant les années 1950.
En ce qui concerne les romans peu de choses à part la continuation de la publication des ouvrages de Jules Verne et les traductions de HG Wells et la parution de quelques ouvrages vers la fin du 19ème et le début du 20ème dont le seul qui ait laissé des traces est « La fin de la Terre » de JH Rosny ainé et peut-être sa « Guerre du feu », qui est plus une spéculation qu’un roman historique. Notons cependant « Ravages » de Barjavel en 1943 et son  Voyageur imprudent qui est une histoire de voyage dans le temps et la traduction du « Meilleur des mondes » de Huxley parait chez Plon en 1948 et celle de « 1984 » d’Orwell chez Gallimard en 1950.
Toutefois l’édition systématique de romans de SF en France commence vers 1950 presqu’en même temps qu’aux USA avec la collection « Anticipation » au Fleuve Noir, suivie de près par le « Rayon Fantastique », au début une coopération Hachette-Gallimard, puis Gallimard seul, suivie chez Denoël par « Présence du futur » et vers 1962 la collection « Ailleurs et demain » chez Laffont et qui existe encore.
Toutes ces collections ont publiés d’excellents ouvrages et entre elles pratiquement tous les classiques de SF, « Présence du futur » ayant eu le catalogue le plus fourni.
Une collection mérite une mention spéciale (parce que je l’aime bien et qu’elle a procuré mes premières lectures de SF):
« Anticipation » parce qu’elle a été la première, qu’elle a duré très longtemps (jusqu’en 1997)et que presque tous les auteurs étaient français (parmi eux Stefan Wul, F Richard Bessière, Jimmy Guieu à l’époque journaliste au Provençal et qui a écrit plus de 30 titres , Jean-Gaston Vandel, 2 belges en fait); il n’y a eu qu’un ou deux auteurs deux américains dont … L. Ron Hubbard qui a été le créateur de … l’Eglise de Scientologie (comme quoi la SF peut mener à tout). Les 150 premiers n°s de la collection sont en général de bons ou très bons livres, notamment ceux de Stefan WUL, dont quelques titres sont repris et toujours disponibles chez Folio SF. Après cela ce sont surtout des séries de romans, notamment la série « Perry Rhodan », allemande, le champion toutes catégories avec plus de 3700 titres publiés en Allemagne.
En France la diffusion de magazines de SF n’a pas eu, même toutes proportions gardées, la même ampleur qu’aux Etats-unis ; le premier a été Galaxie (avec ie) de 1953 à1959, interrompue puis reprise avec un autre éditeur, les éditions OPTA de 1964 à 1977 ; c’était une bonne revue mais qui ne publiait pratiquement que les auteurs de la revue Galaxy, une des 3  grandes US à partir de sa création en 1950 ; notons cependant que la chronique OVNI était tenue par Jimmy Guieu.
Mais les éditions OPTA ont aussi été importantes pour la SF en France et française en publiant dès 1953 la revue « Fiction », qui bien que liée à un magazine américain (« The magazine of Fantasy and Science-fiction) a fait une part plus importante que Galaxy aux auteurs français comme Gérard Klein, Curval, Andrevon, Carsac, et faisait une place assez importantes à la Fantasy ou Heroic Fantasy cousine de la SF puis a élargi la publication à d’autres auteurs que ceux de MFSF. La revue a vécu près de 40 ans et a publié plus de 400 n°s. En 1966 les éditions OPTA ont créé le Club du Livre d’Anticipation et une collection de poche à la vie assez courte appelée Galaxie-bis qui a publié ou republié des romans de SF importants.
Après un départ un peu plus tardif qu’aux USA on peut penser qu’en termes de publications comme d’auteurs la France tient une place honorable dans le monde de la SF ; mais on ne peut clore ce sujet sans mentionner une entreprise remarquable qui a été la publication au « Livre de poche » sous la direction de G. Klein, D. Ioakimidis et J. Goimard de la « grande Anthologie de la Science-Fiction » qui sur plus de 20 ans a publié en une quarantaine de volumes classés par thème plus de 600 nouvelles parmi les meilleures jamais écrites. La plupart de ces ouvrages sont maintenant épuisés mais peuvent se trouver d’occasion, ou peut-être dans les bibliothèques si elles ne sont pas trop récentes (les bibliothèques je veux dire).
Et cela me procure la transition pour vous parler rapidement des grands thèmes de la SF, mais rassurez-vous il n’y en aura pas 40. Nous mettrions prochainement sur le site de Direlire une liste d’ouvrages encore disponibles neufs avec un petit résumé de l’histoire.
** Et tout d’abord le Space-Opera, càd les récits d’aventures et voyages interplanétaires et interstellaires; ça a été le premier des grands thèmes de SF et toujours le plus important ; ce sont souvent des aventures guerrières ou de conquêtes, l’humanité pouvant être l’agresseur ou l’agressé, ou une victime collatérale. Principaux auteurs R. Heinlein, A.E. Van Vogt, Poul Anderson, J. Williamson, Stefan Wul
** Les catastrophes planétaires : la civilisation (la nôtre en général) a été anéantie par un évènement cosmique, une guerre nucléaire, une attaque d’extraterrestres une catastrophe climatique et les survivants font ce qu’ils peuvent : Robert Merle, Philip K. Dick, JG Ballard
** Voyages dans le temps : c’est très dangereux de voyager dans le temps à cause des paradoxes et cela peut donner aussi lieu à des situations très amusantes ; quelques auteurs : Poul Anderson (cycle de Patrouille du temps), Gregory Benford, Robert Silverberg.
**La Politique Fiction : Malgré le positivisme ambiant du genre, certains auteurs et non des moindres ont anticipé les dérives possibles que pouvait favoriser une progression incontrôlée de la technologie au service de régimes tyranniques ; Aldous Huxley, George Orwell, et avant eux, dès 1920 avec « Nous autres » leur précurseur méconnu Eugène Zamiatine (révélation pour laquelle je remercie Paulette Queyroy) ont imaginé les visions les plus pessimistes sur l’avenir de notre société, en général dans un avenir proche (au moment de l’écriture, et donc vérifiable) sans oublier Norman Spinrad, le plus iconoclaste des auteurs américains de SF.
**Les mondes, sociétés et créatures étranges : le terme se suffit à lui-même et parmi les auteurs qui ont le mieux exploré et décrits ces mondes Franck Herbert avec « Dune », Ursula K. Le Guinn, Jack Vance .**Les histoires de Robots et de cyborgs (les cyborgs sont des être mi-humains mi-robots, en général très hostiles aux hommes à l’inverse des robots) ; le grand maître du genre reste Isaac Asimov.
** Les auteurs plus difficiles à classer parce qu’ils ont touché à beaucoup de genres comme Philip K. Dick, Philip José Farmer (le Cycle du Fleuve), Norman Spinrad.
j’ai fait une grande place dans cette présentation à « l’âge d’or » de la science-fiction, ce qui pourrait donner à penser que c’est une époque révolue  et je crois que c’est un peu vrai. Cependant dans toute littérature, seule une petite partie de la production résiste à l’épreuve du temps, c’est donc vrai aussi de la SF ; aussi d’autres médias, un peu la Bande dessinée, mais surtout le cinéma, avec toutes ses possibilités graphiques actuelles, traduisent plus facilement qu’avant l’étrangeté des êtres et situations que veut décrire la SF. Mais des romans, nouvelles et magazines de SF continuent d’être publiés, des auteurs de l’imaginaire et du merveilleux à se révéler, parfois dans un mélange des genres un peu surprenant : anticipation-SF-heroic fantasy-thriller.



                      « FONDATION », Isaac ASIMOV, Folio SF
Genre : Space-Opéra et Politique-Fiction
‘’Fondation’’ est le premier ouvrage d’une trilogie qui décrit à partir de l’an 12067 le début de l’effondrement du grand Empire Galactique qui règne sur les 25 millions de planètes habitées de la Voie Lactée, notre galaxie.
Cet effondrement est prévu par un scientifique, Hari Seldon, qui a mis au point la Psychohistoire, une méthode mathématique utilisant la psychologie des masses et l’analyse statistique pour prédire le futur de cette société à la fois simple (une société hypercentralisée) et complexe (éloignement, poids du nombre, différences de styles et niveaux de vie) dont les premiers craquements deviennent perceptibles.
L’effondrement de l’Empire entrainera une période d’anarchie et de malheurs de 30000 ans ; pour y pallier Seldon provoque la création d’une Fondation dont le but apparent est de produire une grande Encyclopédie sauvegardant les acquis scientifiques et techniques, permettant ainsi de réduire à un millier d’années l’interrègne calamiteux qu’il prévoit ; mais son vrai but, caché, est plus ambitieux et le roman, qui s’étend sur 200 ans environ montre comment les dirigeants successifs de la Fondation, pris dans un « sens de l’histoire » marxien résolvent les différentes crises qui se présentent périodiquement à eux dans une évolution très dialectique.
Bien sûr Isaac Asimov, immigré russe naturalisé américain, n’emploie pas les termes ‘’sens de l’histoire’’ et ‘’dialectique’’, mais enfin…
Remarquons que comme « Demain les chiens » les épisodes distincts de « Fondation » ont été préalablement publiés comme nouvelles dans la revue ASTOUNDING dans les années ’40.  « Fondation » a obtenu en 1966 un prix ‘’Hugo’’, jusqu’à présent unique, comme meilleur roman de SF de tous les temps.
NB : Dans le 2ème roman de la série, « Fondation et Empire » la Fondation se trouve confrontée à une crise individuelle et non statistique, et dans le 3ème« Seconde Fondation » un affrontement se profile entre les deux Fondations crées par Seldon (l’existence de Seconde Fondation et sa localisation avait été tenue largement secrète) ; la cohérence des théories de Seldon s’affaiblit nettement mais les deux romans, toujours pleins de rebondissements, restent agréables à lire.







                             « DEMAIN LES CHIENS »
« Demain les chiens », est l’ouvrage qui va faire l’objet de nos discussions. Je l’ai proposé parce que je pense que c’est un très bon récit et qu’il est représentatif d’un ouvrage de SF tout en étant original par sa genèse, sa structure et son style.
Tout d’abord une courte biographie de son auteur Clifford D. Simak, qui est né dans une ferme du Wisconsin d’un père immigré tchèque en 1904, au cœur du Midwest ; après de solides études secondaires il commence une carrière dans le journalisme, qu’il ne quittera plus, d’abord dans des feuilles locales et régionales, puis il rejoint en 1939 le Minneapolis Star, dont il deviendra Directeur de l’information puis en 1962 Directeur Scientifique pour le groupe de presse propriétaire du « Star ».
Grand lecteur il s’intéresse aux romans de Jules Verne, de HG Wells, Edgar Rice Burroughs (les mines du roi Salomon) et lit les magazines de SF qui commencent à paraitre vers la fin des années ’20 ; comme de nombreux lecteurs du genre (par exemple Isaac Asimov) il décide de s’essayer à l’écriture et après un modeste départ ses participations deviendront régulières notamment « Astounding Stories » à partir de 1938 quand Campbell en prend les rênes et jusque vers 1948, ensuite dans Amazing Stories et Galaxy et il continuera d’écrire jusqu’en 1988, année de sa mort. Au cours de sa carrière littéraire il a publié des dizaines de nouvelles, de romans et d’essais, tous de bonne facture, mais son œuvre maitresse reste « Demain les Chiens ».
Ce récit est représentatif de la SF à au moins 3 titres : il se situe en plein dans l’âge d’or de la SF américaine, il met en scène la plupart des grands thèmes de la SF (évolution des sociétés, robots, mutants, animaux qui acquièrent l’intelligence, voyages dans l’espace, télépathie, univers parallèles, vie suspendue…), il est publié comme un roman à la charnière entre la prédominance de la nouvelle et l’arrivée en force du roman dans la SF.
Il est original par la durée qu’embrasse le récit : l’extinction de la civilisation sur notre terre depuis le maintenant de « City », très proche du maintenant de Simak quand il écrit, jusqu’à la disparition de la vie animale intelligente (sauf les fourmis bien sûr) il se passe plus de 10 000 ans ; ce n’est pas une apocalypse, c’est une agonie.
Il est original par sa genèse et sa structure ; c’est entre 1944 et 1948, presque toutes dans « Astounding » que sont publiées une série de 8 nouvelles qui forment un corpus d’une vision du futur de l’espèce humaine et dont le succès est allé croissant auprès des lecteurs comme le montre l’évolution de leur classement sur ces 4 ans ; c’était bien de Campbell de faire classer ses auteurs à chaque n°. Si les choses en étaient restées là, compte tenu de ce que je disais tout à l’heure ces récits auraient probablement été perdus, sauf pour les collectionneurs.
C’est en 1950 qu’un éditeur de romans de SF (Gnome Press) dirigée par un ancien éditeur de magazines SF, Martin Greenberg propose à Simak de faire un roman à partir de ces nouvelles ; pour justifier l’appellation de roman il va écrire des textes de liaison entre les chapitres ; bien qu’opportunistes ces textes ont leur valeur en soi, pas parce qu’ils introduisent le sujet du récit suivant mais parce qu’ils renforcent en creux, auprès des lecteurs chiens, l’idée plusieurs fois répétée qu’ils ne doivent pas chercher plus loin, l’homme n’est même pas un mythe, c’est une invention.
Le roman est donc publié aux USA en 1952, à la fois en relié (hard-cover) et format de poche et remarquablement vite il est publié en France en 1953, par le Club français du livre, dans une très bonne traduction de Jean Rosenthal ; Aux USA comme en France le succès se poursuit toujours après 60 ans puisqu’il est toujours réimprimé et disponible neuf.
Son style clair et direct sans être abrupt est typique de Simak, les sentiments sont présents mais sans mièvrerie et il convie bien l’idée qu’il s’agit de contes, çad de récits parlés et participe donc à l’histoire : « voici les récits que racontent les chiens quand le feu brûle clair dans l’âtre et que le vent souffle du nord » ; le décor est dressé par l’éditeur canin mais il est conscient du danger (social) que recèlent les contes pour ses lecteurs et il les met en garde : « …ne prenez pas ces récits trop à cœur, car le désarroi sinon la folie guette ici le chercheur trop anxieux de savoir », autrement dit Tige est déjà un peu timbré, lui qui prétend que l’homme est une créature réelle.
Pourtant simple ne veut pas dire simpliste, et les descriptions peuvent être émouvantes, par exemples les affres morales et physiques de Jérôme Webster quand il subit sa crise d’agoraphobie et ses remords quand il ne peut se résoudre pour partir sur Mars soigner son ami Juwain.
Autre originalité en partie due à sa genèse comme nouvelles c’est que chaque chapitre contient une idée force, qui en fait la valeur, et que ses conséquences se font sentir dans la suivante et ainsi de suite et cela contribue à crédibiliser et rendre cohérente toute l’histoire de façon dynamique (c’est la méthode campbellienne à l’œuvre).
Et donc à partir du 1er chapitre, « City », les évènements s’enchainent de façon logique, voire inéluctable : les conditions économiques (transport facile, peu coûteux) et politiques (paix mondiale) ont entrainé la dissémination de la population et la révolte contre une autorité municipale (il n’y a déjà plus d’Etats mais un Comité mondial lointain) dont les décisions n’ont plus de légitimité aboutit à la fin des grandes villes organisées. La ville en tant qu’institution disparait. La dispersion de la population s’accroit.
Les conséquences de cet éclatement social se font sentir dès le chapitre suivant ; la plupart des gens vivent dans un grand confort matériel, ont peu de contacts physiques avec les uns avec les autres puisque qu’ils peuvent communiquer facilement (c’est SKYPE avant l’heure), même de planète à planète et les robots veillent à leur bien-être. La crise d’agoraphobie de Jérôme Webster a des conséquences dramatiques, mais manifestement il n’est pas un cas isolé, personne ou presque ne vient le voir, même rendez-vous pris. L’autorité collective est impuissante, même dans un cas aussi grave et face à un seul individu, à résoudre une situation; dans d’autres temps on l’aurait réquisitionné et embarqué de force pour Mars. Juwain meurt et l’humanité devient orpheline de sa philosophie. Notons le rôle néfaste du robot Jenkins, dans la programmation de qui manque peut-être une quatrième loi de la robotique.
Quand les chiens qui parlent et les mutants entrent en scène dans le 3 ème récit on comprend que les hommes vont devoir faire faire un effort ou s’effacer ; les premiers sont la création d’un Webster pour réparer le mal fait à l’humanité par son ancêtre et surtout lui donner un compagnon de route dans son cheminement de plus en plus solitaire : « songez-y Grant, un esprit différent de lui mais qui travaillerait en coopération avec lui ». Les seconds, les mutants sont supérieurement intelligents et comme c’est souvent le cas en SF hostiles aux hommes « normaux ». Joe le mutant, qui reproche au Comité mondial d’espionner et harceler les mutants prépare 2 bombes à retardement, la philosophie de Juwain (dont il vole une esquisse incomplète) et le développement des fourmis, animal social qui pourra devenir un rival pour l’homme. Grant mesure le danger que représentent les mutants et demande aux chiens de rester les alliés de l’homme.
Toutefois malgré l’affaiblissement du lien social l’humanité a encore des projets collectifs, et l’implantation sur Jupiter pour exploiter ses ressources minières doit utiliser des hommes transformés en Dromeurs grâce aux techniques développées par les biologistes ; les hommes sont envoyés les uns après les autres et ne reviennent pas et Fowler le chef de projet décide d’aller voir lui-même avec son chien et hors du dôme protecteur découvre au lieu de l’enfer d’ammoniaque, de hurricanes et de glace attendus le Paradis (c’est la 4èmeidée force). Towser et lui, comme les autres avant eux ne reviennent pas.
Mais c’est reculer pour mieux sauter, Fowler revient non par sens du devoir mais pour répandre la nouvelle. Tyler Webster, président du Comité pressent le danger d’une émigration générale sur Jupiter et lui demande sans succès de se taire ; c’est alors que la malveillance de Joe le mutant se manifeste à nouveau en propageant brutalement (au pire moment pour l’espèce humaine et par une méthode subliminale imprarable) la philosophie de Juwain qui permet de comprendre vraiment la sincérité du point de vue de son interlocuteur, une empathie poussée à l’extrême, et donc de ne pas s’y opposer. Tyler Webster, qui voulait tuer Fowler ne peut s’y résoudre.
Depuis des siècles il n’y a plus personne dans la maison Webster, plus d’humains, rien que les chiens qui, sous la tutelle de Jenkins et avec l’aide de robots domestiques ont développé leur intelligence et une civilisation de la non-violence qu’ils essaient d’étendre aux animaux sauvages, tout en pratiquant l’écoute du silence. Pendant ce temps la terre est presque complètement vidée d’êtres humains, partis pour Jupiter et ceux qui restent se livrent à des hobby sans utilité réelle et peu à peu choisissent de s’endormir en rêvant ; le dernier humain à peu près lucide, Jon Webster, retourne à la maison familiale où Jenkins lui explique où en sont arrivés les chiens et tous deux conviennent que les chiens doivent être en mesure de poursuivre leur destin sans le fardeau de leur origine, et rester dans l’ignorance qu’ils doivent leur développement aux hommes. De retour à Genève Jon Webster enclenche le mécanisme qui isolera complètent la ville du reste de la planète et s’en va dormir pour l’éternité.
Le 7ème conte voit la paisible civilisation des chiens confrontée à deux menaces : une exogène et l’autre endogène ; la menace exogène, que soupçonnent les chiens et qui explique leur écoute du silence est celle des horlas habitant un monde parallèle et qui se nourrissent d’énergie vitale ; l’un d’eux a réussi passer sur la terre et cherche une proie ; simultanément l’autre menace se matérialise ; un des websters (ou un de leurs descendants) qui ont échappé par hasard à l’enfermement sous le dôme de Genève joue avec un arc de son invention et tue un moineau ; il est atterré mais son ami loup avale la pièce à conviction puis est tué par le horla ; fou de rage Jonathan arrive à tuer le horla ; Jenkins, qui vient de découvrir que les mutants ont disparu, assiste de loin à la scène comprend que le cycle de la violence va reprendre et que la solution logique consiste puisque les webster sont congénitalement incapables de résister à leurs pulsions violentes, à les amener avec lui sur le monde des horlas, où ils trouveront des adversaires à leur mesure.
Et voilà, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes comme disait Pangloss : plus de mutants, de horlas, de websters. Que peut amener de plus le dernier conte ?
Comme je l’ai dit, il n’a pas été publié chez « Astounding», mais chez un confrère, et peu de temps après sort un roman de Simak qui reprend l’ensemble des 8 nouvelles…Dans la préface les chiens se demandent si ce conte n’a pas été rajouté après coup et Simak se moque un peu de lui-même : « …dans la structure même il est acceptable mais le style n’est pas aussi riche…la construction est trop habile et elle reprend avec trop de bonheur les thèmes déjà traités ».
En fait, les fourmis de Joe deviennent une réelle menace, leur Building ne cesse de s’étendre et empiètent sur les ressources alimentaires des autres animaux déjà limitées par la surpopulation ; heureusement Jenkins qui peut passer d’un monde à l’autre revient du monde horla, et les chiens lui soumettent le problème des fourmis ; la solution que Jon Webster donne à Jenkins venu le tirer de son long sommeil est efficace : il suffit de les empoisonner ; mais bien sûr cela est inacceptable pour les chiens..
Comme vous l’avez compris, ce n’est pas la fin pour les chiens, qui savent déjà envoyer des animaux sur un autre monde ; simplement, eux aussi seront condamnés à l’exil.
Mais pour nous, lecteurs humains quelle est la réponse à la question que pose Simak : pouvons-nous renoncer à la violence ? Si nous y renonçons pouvons-vivre en sécurité ? Le fait de comprendre le point de vue des autres nous aiderait-t-il ? Si nous comprenons, ou croyons comprendre l’autre, lui nous comprendra-t-il ?
                     
                                                Jean Pierre Bartoli

Delire D'amour (Ian McEwan )

                                 ANALYSE D’OUVRAGE  de Delire D'amour de Ian McEwan
Titre: Délire d‘amour  (Enduring Love) Traduction de l‘Anglais par Suzanne MayouxEditeur Gallimard Date de 1ére Edition .en France .1999 Pages:308 , avec 2 Appendices
AUTEUR  Ian Mc EWAN
Ian Mc Ewan est né en 1948 à Aldershot en Angleterre.Il vit à Londres et est considéré comme l‘un des écrivains les plus doués de sa génération.Il a une proximité d’écrivain avec Jonathan Coe, Nick Hornby , David Lodge, Jane Austen, Kate Atkinson. Son style est caractérisé par la concision, l‘humour, le jeu avec l‘énigme policière. Il publie un premier recueil de nouvelles  qui obtient le prix Somerset Maugham en 1976 . Viendront ensuite  pour l’essentiel L’enfant volé en 1987, Prix Femina 1993, Délire d’amour en 1997, Amsterdam en 1998 (Booker Prize) , Expiation (2001) , Saturday(2003), Sur la plage de Chesil (2008) , Solaire (2010)
RESUME DE L’HITOIRE ET PRESENTATION DES PERSONNAGES
 Joe Rose est un journaliste scientifique à succès heureux en ménage avec Clarissa , spécialiste du poète romantique Keats Un accident de montgolfière  met Joe en présence de Jed Parry, un jeune homme un peu illuminé  qui sous l’emprise du syndrome de Clerambault, tombe amoureux de lui, avec une forte connotation religieuse Joe le rationnel rejette sèchement cet amour, ce qui conduira Jed à une tentative de meurtre. L’histoire comporte quelques personnages secondaires un peu loufoques  comme la  femme jalouse et les 2 enfants charmants de John Logan (le mort dans l’accident de ballon), ainsi qu’un original couple d’autostoppeurs.
REFLEXION SUR  LIVRE
 Le titre anglais de « Délire d’amour » est « Enduring Love » , que l’on peut traduire par Amour Tenace (Harraps) ou  Durable (Google). Le sujet du livre est effectivement Comment parvenir à un Amour tenace, durable , qui vous comble. Pour Jed Parry  tout se passe dans un univers mystique , ou Joe , le Christ et lui même ne font qu’un.  Il est en plein Délire d’amour. Mais il n’est pas si loin de l’amour  passion.de tout un chacun. Combien de fois ne nous retrouvons pas à croire que les gestes signifient plus que les mots, qu’il y a une signification profonde dans chaque chose, et que l’être aimé peut nous parler par signes.
Joe le journaliste scientifique est à l’opposé de cet  univers irrationnel et fera tout pour contrer Jed et pour reconquérir Clarissa  avec des arguments rationnels et scientifiques. Mais ce faisant il poussera Jed  au meurtre et Clarissa à la rupture. Il veut notamment démontrer que Jed est sous l’emprise du syndrome de Clerambault
L’HISTOIRE
Introduction
Le livre se lit comme un roman policier avec un suspense très bien mené qui nous conduit dans toutes sortes d’univers, comme par exemple celui des « dealers intellos », de vieux hippies assez burlesques qui arrivent à la fin de l’histoire , alors que tout s’assombrit.
Mais l’histoire peut aussi se lire comme un conte moral, ou philosophique Joe Rose sème le récit de brillantes démonstrations scientifiques sur tous les sujets (le telescope Hubble, la conscience chez l’animal, le développement évolutionniste  du sourire chez le nourrisson,   etc….). Sans doute fait-il cela pour assoir sa position rationaliste face à l’envahissement  de l’amour mystique de Jed, et pour être pris au sérieux aussi bien par sa femme Clarissa qui s’éloigne de lui que par la police qui ne le croit pas lorsqu’il se plaint de harcèlement . Jed de son côté même s’il est en plein délire,  peut être très convaincant et émouvant lorsqu’il parle de sa foi (p.186)


L’histoire chapitre par chapitre.
 Agenouillés dans l’herbe, Clarissa et Joe s’apprêtent à ouvrir une bonne bouteille pour fêter leurs retrouvailles, mais un cri doublé d’une plainte d’enfant marque le début d’un drame. C’est là qu’est plantée l’épingle sur la carte du temps
Un accident de montgolfière va causer la mort d’un homme, John Logan, impuissant à retenir seul un ballon qui s’envole avec un enfant. Suspendu dans les airs à une corde, il finir par lâcher et tombe de plus de 300 m. Les sauveteurs, dont un certain Jed Parry, ont abandonné leur corde l’un après l’autre, ce qui pose évidemment le problème de la responsabilité.de chacun dans la mort de Logan (p.29 ) Notre groupe revécut ce dilemme antique et insoluble de la morale : nous , ou moi » (Chap.1)
Jed propose à Joe de prier auprès du corps, mais Joe répond sèchement qu’il n’y a personne au ciel pour écouter. (Chap.2)Rentrés chez eux, Joe reçoit un appel téléphonique de Jed , qui lui dit » Je comprends ce que vous éprouvez , et j’éprouve la même chose .Je vous aime »(Chap.3)
Joe se réfugie dans le travail et dans l’amour avec Clarissa, mais il se sent suivi (Chap.4.5). Joe finit par informer Clarissa de l’existence de Jed, et celle -ci n’y accorde pas une grande importance (Chap.6)
Joe finit par accepter de rencontrer Jed, sous l‘influence de Clarissa.. Jed s’avère être un jeune mal dans sa peau qui pourrait être le fils de Joe Il lui réitère son amour, lui disant que le Christ est en lui et que c’est à lui de le ramener au Christ.(Chap.7)
 Joe se réfugie dans son travail de vulgarisateur scientifique avec une brillante étude sur le sourire des nourrissons (p.98/101), mais pendant ce temps Jed appelle 29 fois sur le répondeur  et Joe réalise (p.103) que l’histoire a un nouveau point de départ ,car il est maintenant embringué dans une histoire avec Jed. (Chap.8)
 Une première scène oppose Joe et Clarissa qui lui reproche de faire une fixation exagéré sur Jed.  Joe part en claquant la porte.(Chap.9)
A peine sorti de chez lui , Joe rencontre Parry en plein délire de persécution et d’amour qui lui dit « Allez-vous me laisser tranquille avec tous vos signaux » et cela évoque quelque chose  pour Joe. (Chap.10)
 Jed écrit à Joe pour lui demander de vivre avec lui, dans la belle maison dont il a hérité, et le remercie des signaux qu’il lui a laissés en touchant les feuilles de la haie (Chap.11).
Joe s’interroge sur les raisons qui poussent Clarissa à ne pas le croire, et il fouille dans son bureau, sans rien trouver (Chap.12) Il va voir Mme Logan, la veuve de l’homme mort dans l’accident, qui lui fait part de ses soupçons de jalousie, après avoir  découvert dans la voiture un foulard imbibé d’eau de rose (Chap.13) Grâce aux jeux des enfants de Mme Logan  Joe reconnait les signaux que Parry croit percevoir comme les symptômes du syndrome de Clerambault. Il va pouvoir faire des recherches.(Chap.14)
La situation se tend , aussi bien entre Joe et Jed, qu’entre Joe et Clarisssa.(Ch.15) . Jed envoie à Joe une lettre relativement sensée de son point de vue où il expose sa foi face à la rationnalité de Joe(Chap.16)
Jed devient de plus en plus menaçant (Chap.17) et  Joe ne peut compter que sur lui-même pour rétablir la situation  car  Clarissa le prend maintenant pour un fou, et la police pour un demeuré.(Chap.18)
Après avoir échappé à une tentative de meurtre dans un restaurant,(Chap.19) il part à la recherche d’un pistolet et se replonge dans des milieux qu’ils avaient approché autrefois ce qui nous vaut quelques scènes assez drôles, la vie d’un malfrat qu’il a connu naguère (Johnny B.Well), ou encore les bienfaits de l’alcool.(Chap.20) Un chapitre entier est consacré à une visite de Joe et Johnny.B.Well  à de vieux hippies qui détiennent un vieux pistolet, et on est en plein délire.(Chap.21)
Mais Jed se manifeste, il est chez Clarissa, qu’il menace d’un couteau. Joe lui tire dessus, sur le côté.(Chap.22)
 L’histoire se termine et Clarissa écrit une longue lettre à Joe  où elle reconnait qu’il a eu raison sur toute la ligne, mais où elle lui reproche d’avoir poussé Jed au meurtre en refusant tout dialogue avec lui.(Chap.23) Finalement, tout le monde se réunit pour un pique-nique chez les Logan et les choses semblent prendre la voie de l’apaisement , grâce aux enfants de Mme Logan qui réunissent Joe et Clarissa et aussi grâce au couple d’autostoppeurs que John Logan avait pris avec lui en voiture et qui rassurent donc sa femme sur la présence d’une femme le jour de l’accident. .(Chap.24)

Appendice 1 Un extrait de la Revue britannique de psychiatrie  est donné, sur l’obsession Homo-érotique à connotations religieuses.
Cette étude, présentée par les Docteurs Wenn et Camia  (anagramme de Ian Mc Ewan) reproduit un cas scientifiquement éudié qui s’avère strictement semblable à celui développé dans le livre . On se trouve encore devant une manifestation du goût de la plaisanterie de Ian Mc Ewann.

Annexe 2  Lettre écrite à M.J.Parry vers la fin de sa 3° année d’internement
Cette lettre nous montre un Jed Parry toujours amoureux de Joe dans le Christ, et qui lui envoie une lettre d’amour par jour.
                               
                                            Arnaud Vignon