Leonardo SCIASCIA, « A chacun son dû » et « Le contexte »

Séance du 20 décembre 2009



Leonardo SCIASCIA
« A chacun son dû » 1966
« Le contexte » 1970



Leonardo SCIASCIA (1921-1989) est un écrivain Sicilien engagé dans la vie de la cité : il a été conseiller municipal à Palerme sur une liste apparentée aux communistes, puis député européen sur la liste du parti radical de Marco Pannella. Il s’est opposé constamment au fascisme, au stalinisme, à la peine de mort, et surtout à la mafia. Il a écrit des articles pour le « Corriere della sera ». Il a participé à la commission d’enquête sur l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo MORO.
Il a vécu toute sa vie en Sicile, et n’a cessé d’analyser le fonctionnement de la société sicilienne.

Mais c’est par l’écriture qu’il a choisi d’exprimer ses idées. « Je me considère comme un homme politique en écrivant ».
Il a publié de nombreux essais historiques, étudiant des faits du passé (« Mort de l’inquisiteur » 1964), ou du présent (« La disparition de Majorana » 1975).
Il a également utilisé la fiction. A la manière du Voltaire des « Contes philosophiques », il a écrit des « contes policiers », utilisant les procédés du roman policier pour sonder la vie politique et sociale de la Sicile contemporaine.
Les deux ouvrages étudiés aujourd’hui appartiennent à cette veine.


A chacun son dû
L’intrigue se passe en 1964 dans un bourg sicilien qui n’est pas nommé.
Le pharmacien reçoit une lettre anonyme contenant des menaces de mort, et sera effectivement assassiné peu après. La police ne cherche pas vraiment à découvrir le coupable, et se contente de la première explication venue, mettant ainsi en péril l’avenir d’une jeune fille manifestement innocente. Par plaisir, le professeur Laurana se livre alors à une véritable enquête. Il n’a aucunement l’intention de livrer le coupable à la justice, il aime éclaircir les mystères. Et l’auteur utilise tous les procédés du roman policier pour faire avancer l’intrigue : fausses pistes, soupçons, indices dont le sens se dévoilera plus tard, complots…En suivant les démarches et les rencontres de Laurana, le lecteur découvre peu à peu la vie des « galantuomini » siciliens. Le centre de la vie sociale est le « cercle », fréquenté régulièrement par le professeur, le pharmacien, le médecin, l’avocat, l’archiprêtre, le carabinier, le colonel, le notaire. C’est un milieu bourgeois très étanche, qui cultive le secret, mais dans lequel tout se sait : rumeurs, lettres anonymes, indiscrétions des bonnes, finissent par éventer les secrets les mieux gardés. Mais gare à celui qui découvre les agissements occultes de la mafia. Laurana s’est aventuré un peu trop loin, et il paiera de sa vie sa curiosité et la justesse de son esprit.
En dix-huit chapitres vifs et rythmés, pleins d’humour, parfois même drôles, Sciascia réussit à exprimer les analyses les plus graves.


Le contexte
C’est également le récit d’une enquête.
Le lieu et l’époque du drame ne sont pas précisés.
Dans un pays imaginaire (mais qui ressemble fort à l’Italie), un juge est assassiné. La police locale étant incapable de découvrir le coupable, on envoie sur les lieux l’inspecteur Rogas, connu pour ses compétences. Mais Rogas s’aperçoit très vite que le pouvoir ne souhaite pas vraiment voir aboutir l’enquête. Il y une heure « perdue » dans l’emploi du temps du juge ? Ne cherchons pas pourquoi, cela risquerait de salir la réputation d’un notable. Le juge a amassé une immense fortune ? Inutile d’écouter des commérages. Lorsque d’autres juges sont assassinés, on envoie Rogas sur la piste d’un groupe d’asociaux, de hippies, qui se trouvaient sur les lieux fort opportunément. Rogas continue secrètement son enquête, et découvre une société dans laquelle tous les pouvoirs sont corrompus : la puissance politique, l’armée, l’église, les artistes, les partis de droite comme de gauche, toutes les institutions sont manipulées. C’est une mise en scène implacable du fait mafieux.
Comme Laurana, Rogas est allé trop loin, il doit disparaître.
C’est un livre très noir, beaucoup plus désespéré que le précédent. Quand il a été publié, les hommes politiques se sont sentis visés, et certains ont vivement réagi. Mais Sciascia a remarqué avec humour qu’on ne lui a pas reproché d’écrire des mensonges : on lui a reproché de dévoiler la vérité. Et il a répondu qu’il voulait seulement parler de l’iniquité du pouvoir. « La mafia sicilienne est pour moi une métaphore de l’exploitation,de l’abus de pouvoir et de la violence de ce monde. »


Malgré ces idées parfois sombres, Sciascia se défend d’être désespéré.
« L’espérance des écrivains réside dans le fait d’écrire. Un pessimisme qu’on écrit n’est pas définitif. Ecrire est toujours un acte d’espoir. »

Paulette QUEYROY

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