Victor Gelu "un homme Contre"

VICTOR GELU 1806 – 1885


UN HOMME CONTRE…

Biographie :

Victor Gelu est né dans une famille de fourniers (boulangers) marseillais. Il a reçu une solide éducation classique. La mort de son père en 1820 l’oblige à arrêter ses études et à travailler. Il a du mal à réussir dans les nombreux métiers qu’il exerce, mais la chanson va le rendre célèbre. A partir de 1838, il chante dans des salles, des banquets, des réunions…jamais sur une scène, jamais pour de l’argent.

Son œuvre :
- Chansons provençales : Recueil de ses chansons écrites en provençal maritime, publié en 1856 à la demande de ses amis. Tableau de la vie du petit peuple marseillais.

- Novè Grané : roman écrit en provençal, écrit en 1856, publié après sa mort. Il raconte le voyage d’un paysan de Vitrolles qui va à Paris pour visiter l’exposition universelle. Gelu y dénonce le capitalisme naissant, la corruption, l’exploitation des petites gens.


- Marseille au XX° siècle : écrit en français. Mémoires de Gelu.



Gelu vu par Frédéric Mistral au congrès d’Arles (1852)

«  Au banquet, comme c’est l’usage depuis lors entre félibres, il se dit force vers et l’on chanta nombre de chansonnettes. Voici que tout à coup, d’un coin de la table, se dressa devant nous un homme pouvant avoir environ cinquante ans, un brun solide et aux larges épaules. Sans plus de façons, il quitta son paletot, déboutonna son poitrail, retroussa jusqu’au coude ses manches de chemise, et levant ses bras nus, ses deux bras athlétiques, pour imposer silence, il commença de chanter.

C’était Victor Gelu, le célèbre Gelu, que je voyais et entendais pour la première fois.

Il nous chanta « Fainéant et Gourmand »…mais avec une vigueur, une fougue, une furie impossibles à retracer ! Avec sa voix d’airain, éclatante parfois comme la foudre, avec sa mine fière, avec son geste rude, avec son naturel parfait d’homme du peuple, il fut beau, il fut superbe, et nous battîmes des mains à nous disloquer les poings.

Mais Gelu, qui était fin comme un Provençal peut l’être, comprenant aussitôt que la brutalité de son chant de voyou aurait bien pu laisser, à cet auditoire de poètes, l’impression d’un talent grossier, savez-vous ce qu’il fit ? Il remit son habit, demanda le silence pour un moment encore, et tirant de sa poche un feuillet de papier, il nous lut un morceau où il racontait, ému, un souvenir de son pauvre père, lorsqu’il allait à l’école apprendre à lire chez les Frères. Et, parlant de son père et des maîtres de son père, il nous fit tous pleurer.

Je n’ai vu Gelu que cette fois. Dans aucune de nos fêtes ni de nos réunions, si fréquentes pourtant depuis la fondation du Félibrige, nous n’avons plus rencontré le terrible chansonnier. De même que les lions, devenus vieux, vont vivre solitaires dans le fond du désert, ainsi le vieux poète qui, tout en maniant magistralement sa langue, avait désespéré de sa résurrection, en voyant après lui monter ces jeunes, ivres d’enthousiasme et d’espérances provençales, fit seul sa bande à part, et dédaigneux, muet, laissa courir la farandole. »
Frédéric Mistral - Préface de l’édition des œuvres de Victor Gelu – 1886



La langue de Gelu

Gelu s’exprime en provençal maritime, la langue parlée à son époque par tous les Marseillais, riches ou pauvres. Mais les élites locales s’expriment de plus en plus en français, langue de Paris, du pouvoir, de la finance, de la modernité. Comme Mistral, Gelu pense que le provençal est voué à disparaître, et il s’applique à lui garder toute sa force et sa verdeur. Et puisqu’il fait parler le petit peuple, il ne refuse aucune vulgarité.

Il s’oppose à toute normalisation de l’orthographe, et écrit le provençal comme il se prononce, mais avec une orthographe française, ce qui donne des résultats parfois étranges. Pour le rendre lisible, toutes les éditions modernes de son œuvre le transcrivent en graphie mistralienne ou classique.



Gelu et le félibrige

Gelu a toujours refusé de participer au félibrige.


Il qualifie les félibres de « geais grotesques faisant impudemment la roue avec les plumes qu’ils ont volées à Jasmin d’Agen », de « ciseleurs de diminutifs »…

« Je ne suis ni charlatan, ni papegai, ni sacristain, ni tortueux, ni souple-échine, ni rimeur de fadaises : je ne suis point félibre ».
Les félibres quant à eux sont choqués par sa verve tonitruante et sa vulgarité, mais reconnaissent son talent. Et ce sont les félibres qui publieront enfin ses œuvres en 1886, avec une préface très élogieuse de Mistral. Un an après sa mort…


« Mais cette réserve à l’égard des félibres,.., ne nous empêchera pas de saluer en lui un mâle de la race, un poète populaire, véritablement populaire, qui a su resserrer en chansons, en vers concis, l’antique gronderie, la brutalité sauvage, les emportements fous, les misères, les plaintes, les rancunes, les menaces farouches, les âpres appétits, les transports brusques de cette foule ardente, vigoureuse, fanfaronne, qui travaille ou qui flâne, qui rit ou qui maugrée, qui braille et gesticule sur les ports de Marseille.

La civilisation et son niveau fatal, la centralisation et son badigeon banal, peuvent émasculer ce peuple, le déhâler, lui enlever sa physionomie ; ils peuvent, les exploiteurs de la politique bête, le réduire en troupeau, en grouillement sans nom, qui renie son Dieu, sa langue et sa Provence : quand tout sera terni, quand tout sera flétri et uniformisé, c’est dans l’ouvrage de Gelu que revivra la vie de la plèbe marseillaise, que revivra l’orgueil des vieux lurons de Rive-Neuve »
Frédéric Mistral – Préface de 1886





Marseille peint par Gelu

Marseille vit des bouleversements considérables : les grands travaux et les débuts de l’industrialisation capitaliste, l’influence grandissante de Paris provoquent la venue de nombreux travailleurs étrangers ou français. De 1820 à 1870, la ville passe de 110000 à 320000 habitants!

Le Marseille que peint Gelu, c’est la ville des pauvres, de ceux qui exercent de petits métiers : boulangers, cordonniers, crocheteurs (employés du port, ancêtres des dockers), pêcheurs, chapeliers, partisanes (vendeuses de légumes au marché), voituriers, laveurs de blé, emballeurs de morue…et même vendeurs de gifles (qui acceptent de se faire gifler contre quelques sous !). Les personnages de ses chansons sont tous issus de cette misère.
Leur vie précaire est menacée par le modernisme : le système métrique, les expropriations dues aux grands travaux, la suppression de l’octroi, l’arrivée du gaz, l’assainissement des rues, tout leur fait peur, parce que tout augmente leurs difficultés. On méprise leur langue, on détruit leur habitat, on supprime leurs plaisirs et leurs fêtes, ils sont soumis à des règlementations auxquelles ils ne comprennent rien. Toute l’œuvre de Gelu se fait l’écho du désarroi des petits devant ces mutations violentes.

Et la ville elle-même lui paraît défigurée : « Notre ville a pris une extension aussi rapide que démesurée sur tous les points de son territoire. C’est le progrès, dit-on – la frénésie du lucre, oui ; le progrès, non !...La vue de ces campagnes naguère si riantes, aujourd’hui éventrées par les vandales du brocantage immobilier pour faire place le plus souvent à des fondrières méphitiques, à des fabriques malsaines, à de sordides ruelles, à de misérables cabanons de voyous, m’a toujours serré le cœur.(…)


On a prétendu te faire belle et l’on t’a défigurée !...Et maintenant que les étrangers t’admirent, eux, puisqu’ils te trouvent remarquable sous ta peau neuve ! Quant à moi, tu n’es plus ma mère ! Je ne te reconnais plus sous ton masque et sous ton clinquant !... »

Victor Gelu - « Marseille au XIX° siècle »


Gelu et la corruption

« Pourvu que tu paies tes impôts sans te faire trop prier, et surtout tes marchandises rubis sur l’ongle ; pourvu que l’huissier ne connaisse pas ta signature qui se serait desséchée au bas du papier timbré d’une lettre de change, ni le numéro de ta maison pour l’avoir fréquentée, tu as ton brevet d’honnête homme. Tu peux diminuer le salaire de tes ouvriers alors qu’ils ont déjà de la peine à vivre ; tu peux dénier en justice leurs gages à tes valets ; châtrer les comptes de tes fournisseurs les plus pauvres et les plus raisonnables ; tu peux empoisonner ta clientèle si tu es marchand de comestibles et la voler sur le poids ; tu peux jouer le petit Grand-Turc avec tous les boutons de rose qui voudront gagner leur pain maudit dans tes fabriques ; tu peux sucer le sang des malheureux et te moquer de leur misère ; tu peux faire la morale aux tiens en public, comme si tu étais un petit Saint-Joseph ; puis, en secret, corrompre la chair humaine tant que tu en auras la fantaisie. Tu peux même, en plein soleil, aller te promener en ville avec à ton bras des gourgandines qui auront déjà servi de paillasse à onze régiments ! Tu peux fouis du groin dans le fumier jusqu’aux épaules : tu as ton brevet d’honnête homme. »


Victor Gelu - Nouvè Grané
Gelu et le colonialisme

«  Voyez un peu si jamais des Bédouins ou des Kabyles s’émerveillent devant ces miracles de l’art et de l’industrie dont les civilisés se montrent si orgueilleux ! Non ; ces vaincus impassibles parcourent gravement les rues de ces grandes villes où leurs vainqueurs policés ont entassé tant de produits brillants, et ils laissent à peine tomber un regard dédaigneux sur cette foule d’objets qui éblouissent et fascinent l’Européen !...Et pourtant, sous le double rapport de l’entendement et de la perspicacité, qui oserait soutenir que la race arabe et la race kabyle ne sont pas au moins les égales de toutes les autres races humaines ?... »
Nouvè Grané – Préface de Victor Gelu



Gelu et la peine de mort

En 1823, à 17 ans, Gelu assiste à une exécution capitale à Marseille. Il en est horrifié.
« Le lendemain matin de cette lugubre journée, un chapelier de la halle Puget qui avait vu guillotiner Dagnan fit un affreux carnage dans sa maison avec un couteau de cuisine : il tua sa femme, sa belle-mère et sa belle-sœur. Preuve bien frappante du peu d’’impression que produit l’aspect du châtiment sur une nature dépravée, violente ou criminelle ! Argument formidable contre ce meurtre juridique, ce reste de barbarie, cette abomination légale qui a nom peine de mort ! »


Victor Gelu « Marseille au XX° siècle » 


Quelques citations de Gelu

« Cu a fach la lei a fach l’engambi  :


qui a fait la loi a fait l’embrouille


« Cu es pas feniant, cu es pas gromand

Qu’un tron de Dieu lo cure »


Qui n’est pas fainéant, qui n’est pas gourmand

Qu’un tonnerre de Dieu le creuse



 

 

 

 
MARTEL



Mon patron, le père Horace

Me dit : Martel, mon pauvre ami

Tu es un satané veinard

Du côté des belles filles

Et quand Mimi

Ou la Zoé

Viennent mendier un baiser

Toi, tu leur flanques des torgnoles !
Que voulez-vous ? Je suis minable !
Je fais l’amour à coups de poings.

…….

Moi qui vis toujours dans la fange,

En récurant les fonds d’égouts,

Ça m’irait bien de minauder

Comme un minet transi d’amour !
Ah ! Ce Martel !
Ah ! Quel bourreau !

Toujours il pessugue, il énerve,

Il heurte, il force, il mord, il brise

Que voulez-vous, je suis minable !

Je fais l’amour à coups de poings !

…..



Je suis bastard comme mon père :

Qui m’aurait meublé la cervelle ?

Quand la faim a tué ma mère,

A douze ans, j’ai fait le porteur.

Pas de souliers,

Pas de chemise !

A sept ans, c’était les ordures,

A vingt, je pousse des brouettes.

Que voulez-vous ? Je suis minable !

Je fais l’amour à coups de poings !

 

Je suis grossier comme un pain d’orge ;

Je suis plus farouche qu’un loup ;

Mais si je griffe, si je mords,

Est-ce ma faute, après tout ?

Elles sont où

Les vraies leçons

Qui m’auraient raclé l’écorce ?

Qu’apprend-on au fond des égouts ?

Que voulez-vous ? Je suis minable,

Je fais l’amour à coups de poings.

D’après Victor Gelu (1806-1885) « Chansons provençales »

Adaptation Jean-Pierre Queyroy

Paulette Queyroy


 


Vie et Destin Vassili Grossman .ed Bouquins présentée par T.Todorov 2006

et complétée de textes ultérieurs qui éclairent l'oeuvre et l'auteur.



 

 

« La mort rend les hommes précieux et pathétiques »

« Dieu a créé l'homme pour qu'il y ait un commencement » c.a.d. la Liberté

Vie et Destin de Vassili Grossman se déroule de l'automne 1942 au printemps 43 autour de la bataille de Stalingrad , moment décisif d'affrontement entre deux totalitarismes étrangement homologues - et cet amalgame assumé par l'auteur lui vaudra la censure et la forclusion de l'Etat et de la Police.

Livre profondément humaniste qui assigne à chacun des personnages ses responsabilités voire sa culpabilité mais lui laisse sa part de fragilité , ses failles qui le rendent proche de l'auteur et du lecteur. Il veut aussi préserver l'espoir car si l'on peut étouffer la liberté on ne peut pas l'anéantir et nul à terme ne peut empêcher l'enfant de naître et le nouveau d'advenir , ni l'amour ni les petits gestes de bonté d'apparaitre ;la liberté radicale de l'homme défie les discours ou les coercitions normatives et le lit de Procuste du déterminisme scientifique. La nécessité totalitaire se heurte inopinément mais toujours au hasard de la Vie qui rebute le Destin.

Au travers de ce qui est vécu et magistralement décrit sous le visage d'acteurs multiples , tous singuliers mais liés par la parenté , l'amour ,l'amitié ,la guerre,...,dans les tableaux contrastés de vastes paysages , de combats , de camps d'extermination , tout est dit sur les hommes et sur l'histoire du XX° siècle avec la science d'un essai et le lyrisme d'une grande oeuvre poëtique.

Mais le secret de l'oeuvre , l'émotion profonde quelle nous impose c'est certainement l'implication revendiquée de l'auteur , « homo sovieticus « qui se retourne vers son passé : sollicité par le Pouvoir il a trahi , dénoncé , calomnnié à plusieurs reprises au cours de sa vie par peur ,conformisme ou « sincère » esprit de Parti. Il assume sa culpabilité , ne veut pas du pardon .

Mais il demandera aussi dans des textes ultérieurs (« Tout Passe ») quels hommes pourront juger d'autres hommes car tous sont impliqués.

C'est dans une disposition similaire que se trouve chez Camus le « juge pénitent » de La Chute , mais ici le personnage a vécu complètement la faute et affiche publiquement son remord.

Soleil rouge des couchants sur la steppe , moments de grâce et de lumière avant les canons et les massacres , regret de l'inaccompli au bord de la mort , nostalgie suffocante de la musique ,tortures de l'arbitraire , ce roman donne à voir du beau,du farouche,du noble mais avant tout nous met devant notre condition d'humain fragile ,faillible mais capable de bonté et « du petit Bien » que le Mal n'arrive finalement jamais à faire disparaître.



 

G Lehmann



 

 
                                           Le chapeau de Vermeer.

                         Le XVII° siècle à l'aube de la mondialisation.

Timothy Brook professeur d'histoire et sinologue prolixe ,diplômé de Harvard et enseignant dans son pays (Vancouver) et à Shangaï dit dans un entretien télévisé en février 2013 avoir écrit ce livre pour « appendre aux lecteurs la Chine . Et de fait l'Empire du Milieu est le fil rouge , la toile de fond des rêves , aspirations et phantasmes de l'Europe depuis Marco Polo : pays de la beauté , de la richesse , des raretés , des épices qui bouleversent le goût du « bouilli » ,de l'incroyable soie aux couleurs profondes et de la porcelaine translucide.

La rencontre fortuite de l'auteur avec la pierre tombale de Vermeer au sol de la Nouvelle Eglise de Delft lui fait rechercher les tableaux de ce génie du trait et de la couleur, mort ruiné à 43 ans dans sa ville qu'il n'a jamais quittée: rares , dispersés , méconnus jusqu'au XIX° siècle ,quasiment tous exécutés chez lui ils recellent chacun une « porte » qui ouvre sur la complexité du monde du XVII° siècle et sur les prémisses historiques de notre présent .

Ainsi par le truchement d'une jatte de fruit « crème et cobalt » : au large de Sainte Hélène , ancienne île -escale sur les routes maritimes ,une cargaison de faïence bleue au fond d'une épave venue de Chine- initiatrice plus tard de la porcelaine « contrefaite » de Delft - démontre la piraterie « banale » . Elle sera bientôt légalisée dans un corpus juridique élaboré par Grotius à la demande de la VOC ,Compagnie des Indes Orientales.Ainsi naît la jurisprudence actuelle du droit maritime de « mer libre » et du » libre commerce ».

L'excellent feutre du coûteux chapeau ,c'est du sous poil de castor :il a fallu aller le chercher au Canada et l'acheter à bas prix aux indiens alliés au français Champlain dans une guerre de conquête : le castor d'Europe avait été décimé … mais les grands bénéfices réalisés servaient surtout à alimenter l'exploration et la recherche à l'occident canadien d'une voie fluviale et maritime vers la … Chine !

L'apparition d'un fumeur de pipe sur un plat « sinisant «  de facture hollandaise nous fait découvrir la plus précoce ,la plus rapide et la plus accomplie et pérenne des mondialisations : celle du tabac.

Les deux gros navires à droite ,sur la vue de Delft , ce sont des harengiers : le « petit âge glaciaire » qui a inspiré les paysages hivernaux de Breugel avait aussi gelé les mers du septentrion et repoussé la pêche du hareng vers le sud au grand profit des hollandais : la nouvelle richesse s'investit dans la construction navale nécessaire au commerce en expansion.Celle-ci est telle qu'un monopole – le premier ,la VOC– est créé , une des origines du capitalisme moderne .Liberté d'entreprendre permise par une fédération républicaine débarrassée du joug militaire et fiscal de la monarchie espagnole.

Ainsi en va-t-il dans les chapitres de ce livre qui mêle avec talent la peinture ,l'histoire du monde et des individus, les rapports entre sexes mais aussi entre pays ,cultures et langues faisant surgir un réseau complexes , «  filet d'Indra « qui relie tout , intersecté par des perles – hommes ,objets ,pensées – qui éclairent les autres et reçoivent d'elles leur lumière.

Informations déroutantes , chaînes causales singulières , confrontations saugrenues entre peuples et effets imprévisibles des malentendus , c'est toute la richesse du comparatisme , de la diversité des points de vue offerts et aussi de l'humour d'un historien rigoureux doublé d'un grand écrivain … servi par une excellente traduction.

XVII° siècle complexe souvent brutal mais siècle de l'approfondissement quelque peu « humble »-car nécessaire - des relations ,inscrit entre un XVI° siècle de la conquête et le XVIII° , et au delà , de l'Empire.

G. Lehmann

Germaine TILLION : LE HAREM ET LES COUSINS (1966)

Gilbert Lehmann 16/06/2013
L' OMS demande en 1961 à Germaine Tillion une étude sur la condition féminine dans l'espace
méditerranéen,
En effet connaissant bien le maghreb berbere et arabe , elle se rend compte que ce problème qui
est aigü dans cette région , déborde toutefois largement ses limites apparentes:il n'est pas de source
religieuse - singulièrement musulmane (extême orient et sud du Sahara y échappent quelque peu )
et les autres monothéismes y sont tout autant impliqués .
Il contamine en substance sinon en intensité tout le bassin mediterranéen d'un seul tenant (ignore
les frontières des pays ,des peuples ,et les climats) et donne historiquement son empreinte dans
toute l'expansion geographique de notre civilisation.
Il est liée à la définition de « république des cousins » que Tillion donne à ces sociétés
ou tribus endogames.
Dans son travail fondamental sur les Stuctures de la Parenté (1949) Claude Lévi Strauss * a
étudié dans le plus grand détail les populations de chasseurs-ceuilleurs d'Amazonie .Leur structure
sociale est stictement exogamique où les femmes sont échangées entre groupes étrangers , l'inceste
étant la proscription absolue dans une société à croissance nulle , à démographie basse , non
expansive , pacifique dans son essence et faite d'ouverture , de communication et d'échanges.
Elle l'appelle « la république des beaux-frères ».
Qu'en est-il de cette société endogamique de la rive sud de la méditerranée ? Pour faire court :
les filles vierges sont mariées à un cousin de la lignée paternelle; exclues de l'héritage à la mort du
père , elles sont soumises à l'autorité du frère aîné responsable de la gestion du patrimoine .
La tribu -ferqa- fermée au monde extérieur y compris dans son habitat , garde ses filles pour les
cousins/frères/maris .La ferqa ne communique pas., centré sur un espace intérieur clos ( la Horma
dont l'autre sens est « honneur » ).Le sang fait la noblesse (incomparable) de la lignée.
L'étranger est l'ennemi potentiel: il « vole les filles ,la terre et les vaches ». La jalousie est
institutionnalisée ..
La fraternité est sacrée et l'aîné a le devoir de punir l'adultère (crime contre l'opinion i.e. la
Société d'où à l'extème lapidation pubique et « participative ») et d'assurer la vendetta (mais une
certaine tolérance au péché de chair dans la ferqa!!! car entre cousins !)
La seule richesse de la femme est sa virginité gardée par les frères .tout le reste est inutile-
(éducation,vie sociale etc...).

Un étrange bonheur serait possible à l'âge d'or originel - hypothétique , rêvé -de la tribu , dans le
cocon de l'entre-soi familial où l'on partage le pain et le mouton.
Mais les fissures surviennent qui vont générer des mécanismes de défense pire que le mal (une
« urticaire »).Et des facteurs de déstabilisation de cette tribu surviennent très tôt dans l'Histoire :
l'urbanisation et ses promiscuités (vite le voile et le harem ,barrière défensives!!) ,
-la croissance démographique et les mélanges (contact rapproché avec l'ennemi),
-les inégalités (la richesse ou la pauvreté )
la religion : la tradition s'accorde plus ou moins avec les polythéismes de Grèce ou d'Asie
Antérieure, les monothéismes juif ou chrétien -et l'assimilation de ce dernier au droit romain.
(rois d'egypte , patriarches d'israël , monarques indo-européens : denys l'ancien ,
irlande ,indulgence pour incestes familiaux
 


 
 

C'est avec le Coran ,plus tardif , que les choses s'enveniment car un prescription du prophète est
la reconnaissance du droit de la femme en matière d'héritage et d'assistance matérielle par son
époux sous peine de feu éternel ! La tribu est menacée !: une machine de guerre se met en place
pour parer à cette innovation favorable à la moitié de l'humanité mais destructrice des patrimoines :
la prescription est occultée...
...et en contre-partie sont exaltés la prière et le carême mais aussi convoquées et revendiquées
comme religieuses d'autres pratiques beaucoup plus anciennes , non musulmanes ; ainsi la
circoncision , l'interdit alimentaire du porc ou le voile (Hérodote mille ans avant les décrivait déjà
ainsi que la coiffure « crête de coq : choucha , les « youyou » et les danses et combats rituels des
filles au printemps!)
Le plus singulier des arrangements est la ristourne à Dieu par acte notarié : on en fait le
légataire ultime des biens de la tribu ! Et rien ne se passe en attendant!
C'est le premier progrès social édicté ; ce sera le plus farouchement combattu et paradoxalement
l'islam va sembler le plus réactionnaire des statuts religieux ,alors que tout n'est que survivance -
farouche à tout prix - de pratiques tribales anciennes.
…......................... ET NOUS ???
….... si les pratiques restent caricaturales sur la rive sud de la méditerranée , de beaux restes
survivent en Grèce, Irak,Albanie, Sicile,Corse, Espagne,Europe -corrigés quelque peu en Europe
septentrionale par l'apport du droit germanique plus « féministe » mais confortés toutefois par une
église catholique traditionnaliste et la « nouvelle couche » du code napoleon : l'inclination
endogame, l' entre-soi ,le mariage au village , le « clocher »(Bourdieu) restent vivaces dans nos
mentalités ; le crime pour adultère est jugé souvent » passionnel « à culpabilité minorée , les actes
notariés d'héritage défavorisent les filles dans le partage ou la jouissance des biens ,


Pourquoi , où et quand sont apparues les sociétés endogames ? Tillion fait l'hypothèse d'une cause
socio-économique (« en ethnologie l'intendance précède et ne suit pas comme à l'armée »)
:la révolution néolithique 7000 ans av.JC apparue dans le sillon levantin ,puis le croissant fertile,
puis le bassin méditerranéen et le reste du monde: civilisation « du beurre et du pain , de la soupière
« , elle est forcément expansive , productiviste , nataliste ; elle invente la guerre ,
l 'esclavage , le racisme , et le pillage de la planète après avoir effacé peu à peu les chasseurs
ceuilleurs exogames des confins...et là est aussi la généalogie de notre morale .
Mauvaise affaire pour l'homme (« roi désarmé » immature) et la femme (inculte ,frustrée ,
aigrie ,précaire), et l'avenir de la société dont le progrès est freiné par l'exclusion de la moitié de
sa population. L'auteur est consciente du fondement discutable de ses hypothèses quant à l'état de l'humanité à
l'âge préhistorique mais croit pouvoir retenir 3 éléments solides : l'antériorité de la « république des
beaux-frères » par rapport à celle des « cousins » neolithiques , le caractère global par delà toutes
les barrières géographiques ou ethniques de sa diffusion, l'explosion démographique et territoriale.
Germaine Tillion fait alors un état des lieux et des perspectives de cette exclusion féminine en
1966 .En 2O13 son analyse est obsolète:
Côté sud le voile est revenu qui accompagne un fanatisme et une bigoterie religieuse qui réagit
plus à des causes politiques et/ou économiques qu'à une nostalgie tribale patrimoniale et/ou
obsidionale ; au nord la complexité est plus grande : le nouveau voile se décline de multiples
façons :militant,« barrière » identitaire ,conformisme des communautés suburbaines sous le regard
réactivé des frères gardiens d'un nouvel » honneur » - mais les motifs sont devenus protéiformes p
avec depuis 50 ans l'Histoire et les guerres ,les terrorismes ,les répressions ,les stigmatisations et la
génèse d' ideologies radicales , frustres ,désespérées et nihilistes
Pour ce qui est à peu près tout le reste du Monde - des barrières sont tombées , l'urbanisation et
les mélanges ont dissous l'endogamie et marginalisé l'entre-soi farouche et jaloux : ne persiste de
très préocupant que l'agressivité économique sous la forme du marché mondial et de l'épuisement
progressif des ressources .Mais nous savons que dès l'apparition ou l'annonce -ou l'invention -d'un
danger , d'une peur ,le premier coupable se cherche dans l'altérité ,ennemi idéal , »proche ,« sous la
main »pour réactiver à tous prix notre besoin de similarité. Le meurtre isolé est sans âge : le meurtre
organisé - la guerre est neolithique.
La qualité de l'essai réside dans la vision de l' »accident » historique du 8° millénaire et
l'analyse de ses conséquences jusque dans nos sociétés civilisées .C'est une remarquable vision
synthétique et sa grande originalité n'avait pas échappé à Claude Lévi Strauss.
C'est par une méthode d'écoute et de dialogue avec les autres durant les nombreux séjours
effectués aux confins des Aures auprès de la tribu des chaouias que l'auteure a confirmé que
l'ehnologie est entre les civilisations ce que le dialogue est entre les individus : un échange
dialectique où chacun voit chez l'autre ce que l'autre ne voit pas et le changement réciproque que
cela entraîne : le « dépaysement » permet de mieux se percevoir et de corriger ce défaut , cette
routine qui font que nous sautent aux yeux des différences de détails et nous échappent nos
profondes analogies , car les cultures et leurs mythologies sont "comme des colliers cassés":
refaits leur aspect est différents mais les « perles sont les mêmes ».
Comme un psychanaliste elle écoute les lapsus les rêves les cauchemars les actes manqués et
observe les symptomes sociaus bizarres et révélateurs.
Mais ce livre a gêné par les méthodes employées et l'ampleur des problèmes et des hypothèses
posées :
les ethnologues et historiens contemporains lui ont fait un acceuil plus que mitigé critiquant sa
méthode « trop subjective,immergée (« on se sert de soi pour comprendre les autres») son style trop
« limpide » humoristique (« Les revolutions passent,les belles mères restent ») trop familier (« ceux
qui savent lire ,et mes lecteurs en font partie ...») pour un ouvrage scientifique:
le milieu « intellectuel » anticolonialiste lui a reproché d'être politiquement incorrect et
outrecuidant : « :cessez de vous pencher sur la femme orientale »(!elle est heureuse et adulte!)
les religieux d'être un « livre indécent pornographique qui insulte l'islam » ou Leïla Hacine qui
affirme -comme Paul-que l'homme est de toute façon supérieur à la femme.

Mais Germaine Tillion n'en était pas à ses premiers ni derniers ni pires affrontements. Très grande
universitaire en sciences humaines ,élève de Marcel Mauss ,à peine revenue des Aures elle entre en
Résistance fin Juin 1940.
Dénoncée en 42 , déportée à Ravensbrück où sa mére est tuée , elle sait y écrire une comédie
musicale humoristique.Libérée elle rassemble les dossiers des déportés du Musée de l'Homme puis
des veuves et orphelins des camps .Partie prenante avec David Rousset du CICRC qui dénonce le
Goulag stalinien en 1953 ,elle s'attire l'hostilité de ses anciennes compagnes déportées communistes.

Missionée en Algérie en 1954 et attérrée par la « clochardisation » des populations aurésiennes ,elle
crée 120 centres sociaux pour subvenir à leurs besoins alimentaires et à l'éducation des enfants.
Rencontrant des combattants du FLN elle obtient une suspension des attentats contre les civils .
Sans transiger sur le droit des victimes de quelque bord qu'elles soient elle s'attire l'inimité de
Simone de Beauvoir et de Vergès d'un côté et du général Massu de l'autre.
...et elle sera loin de faire plus tard l'unanimité en s'opposant -entre autres nombreux combats-à la
guerre du golfe en 1992 ,à l'invasion du Liban par Israel .
Elle sait avouer :

-l'ambiguïté de ses réaction à Hambourg lors du procès en 1951des bourreaux de
Ravensbrück : je les vois,ce sont des hommes « j 'ai pitié d'eux et ça me rend malade »Car il existe
entre le bourreau et la victime par une expérience partagée une lucidité aiguë partagée de la chose
vécue

-le tragique de la confrontation avec la torture en Algérie « eux maintenant c'est comme nous jadis.


-la fragilité de l'individu : »il n'y a pas de médiocre devant les grands drames :tant
mieux pour l'imbécile qui n'a jamais eu l'occasion de choisir » /» il existe beaucoup de héros
potentiels qui s'ignorent et non moins d'ignobles qui s'ignorent aussi »/ »rien n'est acquit jamais » et
« entre le mieux et le pire il y a de quoi se casser la tête pendant toute une courte vie.
Quant au reproche de subjectivisme des critiques universitaires elle pourrait répondre ainsi:
« c'est alors (à Ravensbrück)et alors seulement que je refis mes classes « humanistes » et que
j'appris sur le crime et les criminels ,la souffrance et ceux qui souffrent ,la lâcheté et les lâches ,sur
la peur,la faim,la panique,la haine des choses sans lesquelles on n'a pas la clé de l'humain car tout
cela à l'état de larve rampe dans n'importe quelle société , mais on n'apprend à l'identifier que
lorsqu'on a regardé longuement la bête adulte épanouie dans sa peau ».
 
Voir **Todorov : Fragments de Vie

EMMANUEL DONGALA / Biographie .
Emmanuel DONGALA est né le 14 Juillet 1941 , d’un père congolais et d’une mère centrafricaine . Il est formé en France et aux Etats-Unis avant de devenir professeur de chimie à Brazzaville.
Il a vécu l’essentiel de son existence au Congo-Brazzaville , jusqu’à son départ forcé au moment où le pays bascule dans le chaos à la fin des années 90 .En 1997 , après le refus de la France , les Etats-Unis l’accueillent et lui offrent un poste à l’Université , grâce au mouvement de solidarité de ses amis , notamment l’écrivain Philip Roth. Il a alors 56 ans.
Emmanuel Dongala a reçu le 2 novembre 2010 le prix Virilo 2010 pour son roman :
«  Photo de groupe au bord du fleuve . », paru chez Actes Sud .
En 2011 , au Salon du livre de Genève , il est interviewvé par France 24 sur son livre . Il explique comment il a eu l’idée de ce roman lorsqu’en se promenant au bord du fleuve (CONGO) il a vu un groupe de femmes qui cassaient des pierres et discutaient entre elles .
Il dit également que ce livre ne se limite pas à son pays , mais évoque la condition des femmes dans de nombreux pays du monde . C’est pourquoi il a inséré dans son livre plusieurs extraits de la radio que son héroïne écoute chaque matin : ce sont les nouvelles du monde .
BREF HISTORIQUE DU CONGO :
Nous avons 2 Congos , qui sont nommés par facilité :
  1. CONGO BRAZZAVILLE ( République du Congo )
  2. CONGO KHINSHASSA (République démocratique du Congo = R.D.C.)
Le livre de DONGALA se passe au Congo Brazzaville.
De 1991 à 97 , ce pays connait une bataille entre 3 courants politiques menés par :
  • Sassou N Guesso , Pascal Lissouba et Bernard Kolélas
Différentes alliances se font entre les 3 selon les résultats électoraux .
En 1992 , victoire de LISSOUBA aux législatives . Les élections sont perturbées et marquent le début des affrontements armés et la création de différentes milices :
  • Milice des NINJAS , des COBRAS , et des COCOYES sont les principales .
En 1997, Sassou N Guesso arrive au pouvoir : il a gagné cette guerre civile et ramène une courte période de calme relatif. Mais l’été 98 , le conflit reprend et en Décembre , une « opération de nettoyage »  par l’armée oblige la population des quartiers Sud de la ville à fuir . Il y aura qq 10.000 morts et au moins 500.000 réfugiés et déplacés .


          Presentation du livre d'Emmanuel Dongala
          "Photo de groupe au bord du fleuve" 


Dès le début du livre , on nous explique que l’on appelle « Ma » ou « Mama » les femmes en âge d’être la mère ou la grand-mère ; et « Ya » pour celles juste en âge d’être une grande sœur . Puis on nous présente toutes les femmes du groupe ( une quinzaine ) , en même temps que se prépare la contestation en vue d’obtenir un meilleur prix de vente de leurs sacs de pierres , à savoir : 20.000 F CFA au lieu de 10.000 . Il fut d’abord question de demander 15.000 mais il faut toujours laisser une marge pour le marchandage .
Comment Méré s’est séparée de son mari TITO : elle refuse les relations sexuelles parce qu’il a découché et à cause du Sida . Il devient violent , et elle s’en va avec les 3 enfants . Elle se réfugie chez Tante Turia .
Les femmes réunies décident la poursuite de la lutte , elles mettent en place une entraide mutuelle , partage des ressources pour tenir pendant l’affrontement avec les acheteurs.
Une longue journée va commencer (chap.7)
Elle commence par les nouvelles de la Radio sur le Sierra Léone et les excisions . Puis à 11h. sur le chantier , l’affrontement avec les acheteurs.
Ces derniers prendront la fuite avec les coups portés par Ya Moukiétou !
Joie du groupe ! C’est la fête ! Et résonne LE CRI de Iyissou … Celle-ci était restée muette depuis la mort de son fils , sous ses yeux , par les soldats qui l’accusent , à tort, d’être un milicien ennemi .
Mais à 14 h. retour des acheteurs avec les forces de police : bagarres , injures.
Les insultes faites par Ya Moukiétou amènent la fureur de la police qui riposte par des tirs à balles réelles faisant 3 blessées ( dont Batatou grièvement , d’une balle en pleine poitrine ). Elles sont acheminées vers l’hopital et 3 autres sont embarquées au commissariat.
Toutes se rendent alors devant la prison du commissariat et réclament à tue-tête la libération des 3 femmes . 1 heure + tard arrivent le Maire et TITO . Nouvelles discussions , finalement les 3 femmes sont libérées , elles n’ont pas été torturées ! Il est 2 heures du matin .
Le lendemain , Méré rassure «  Tantine » qui la croyait blessée , puis elle cherche à avoir des nouvelles des autres , Laurentine : blessée au visage, Anne-Marie au bras et Batatou au poumon .
Elle apprend par Tito qu’une réunion des 1ères dames africaines se tiendra à Brazzaville prochainement .
Finalement elle organise une réunion dans la cour de l’hôpital pour être près de Batatou qui est dans un état grave.
La solidarité marchera à fond aussi pour payer les soins à l’hôpital où rien n’est donné , pas même une compresse .
Réunion en vue de récupérer les sacs confisqués : Méré propose une marche sur le commissariat , mais Bilala explique que les soldats les tueront même si cette marche est pacifique ( déjà vécu ) . En fin de compte une délégation de 6 filles sera nommée pour rencontrer le commissaire.
A l’hôpital , le Directeur autorise seulement 2 personnes à voir Batatou . Ce sera Méréana et Atareta , celle-ci était restée là depuis le début pour veiller sur les blessées . Il demande aussi qui paiera les frais et Méré lui répond : notre association !
Fin de la journée ; chacune rentre chez elle. Méré sera raccompagnée par Armando qui se montre de plus en plus pressant , mais elle ne le rejette pas .
Au petit matin , Méré est embarquée par la police . Croyant à un enlèvement , elle utilise une ruse pour passer un coup de fil à sa Tante : «  dans ce pays on peut toujours disparaitre sans laisser de traces !.. » Mais elle est emmenée chez la Ministre de la Femme qui lui dit accepter toutes leurs revendications.
Puis elle est convoquée chez la Présidente qui lui demande une seule chose en échange : qu’elles ne perturbent pas le 10ème anniversaire des rencontres de 1ères dames africaines. Cette manifestation doit commencer le lendemain. Elle lui tend une enveloppe contenant une très grosse somme d’argent. Méré la prend machinalement et réalise très vite que c’est de la corruption ! Elle est déjà sortie du palais , arrive le taxi , Armando à qui elle confie l’enveloppe en attendant que le groupe décide ensemble ce qu’elles doivent en faire.
Une réunion se tient chez Méré : tout le monde est là . Après bien des discussions et sur le conseil de Tante Muria , la décision est prise de donner tout cet argent pour Batatou et ses enfants : morale et dignité sont sauves .
Elles décident également de continuer leurs revendications.
Par le biais de Tito et par tél. ,la femme du Président demande aux filles une déclaration devant toutes les T.V. convoquées pour la réunion : elles doivent renoncer à leurs revendications . Méré bluffe Tito qui croit à un accord complet . Ensuite les filles débattent sur « quoi dire « ? et Qui va le dire ?
Là , Méré choisit la plus « villageoise «  de toutes , celle qui ne parle que le KIKONGO national ! Elle finit par convaincre les autres en expliquant qu’elle veut «  faire la nique «  à Tito et à sa patronne .
Lorsque les journalistes arrivent, ils sont nombreux . Un long débat commence car ils veulent Méré pour faire la déclaration . Mais celle-ci tient bon : ce sera BILALA ! 3 pages savoureuses ( 228-29 et 30 ) de débat sur les vêtements de Bilala et sur son parler en dialecte kikongo . Elle va d’ailleurs s’en sortir très bien , avec ses mots simples et sa logique , elle sera ovationnée par ses camarades .
A l’hôpital , Batatou décède dans de tristes conditions : même pas un drap sur son corps ! Il faut quelqu’un de sa famille pour signer le registre . Il n’y a personne . Méré signe en se faisant passer pour sa cousine et Armando pour son Oncle . Après de sérieuses recherches , ils vont trouver dans un lointain village , une voisine et amie qui va leur apprendre que son vrai nom es t VUTELA . Ils sauront aussi la triste vie de leur camarade ( viols et tortures et grossesse ) . Quand ils reviennent , on décide d’organiser des obsèques royales de Batatou au cimetière du centre-ville réservé à la classe dirigeante.
Une première nuit de veillée est organisée chez Méré par les femmes , elle se passe dans la tristesse . Zizina vient voir Méré . Elles discutent sur le travail nécessaire pour que les hommes arrivent à respecter les femmes, ceci dans le cadre de la mission de Zizina au Libéria avec l’O.N.U.
Le lendemain , le Ministre de l’intérieur et Tito viennent ( à la demande de la Présidente ) inviter tout le groupe à participer à la cérémonie d’ouverture du congrès , mais SCANDALE  , elles refusent !

C’est Bilala qui invoque l’au-revoir à Zizina à l’aéroport au même moment . Le ministre dit qu’il bloquera tous les avions et Méré lui réplique :
 »Même celui de l’O.N.U. ? « Le ministre est déconcerté . Il ne pensait pas qu’une de ces femmes pouvait monter dans avion de l’O.N.U. …
Finalement , ayant obtenu toutes leurs revendications , chaque femme aura un capital de 100.000 F CFA et pourra ainsi réaliser son rêve ou son projet .

Une «  happy – end «  est la bienvenue après toutes ces horreurs et ces violences .
Anne FRERING



LES PRINCIPAUX PERSONNAGES et LEURS HISTOIRES

Méréana ( dite Méré ) : personnage central qui nous raconte l’histoire à la
2ème personne du singulier , comme si elle se parlait à elle-même.
Elle a 2 enfants de son ex-mari TITO (devenu député) et a pris en charge sa
Nièce LYRA , fille de sa sœur TAMARA décédée du SIDA.
La Tante TURIA ( appelée  Tantine ) . Elle s’occupe des enfants pendant que
Méré va travailler . Elle a pu garder ses biens , à la mort de son mari , grâce aux «  Esprits « .
YA MOUKIETOU : Elle a son franc-parlé . On la surnomme «  l’assommeuse «,
Capable de mettre un homme à terre à coup de poing , pendant la bagarre .
MA BILEKO : vieille femme d’affaires dans une entreprise de tissus en export/
Import. Son mari avait une leucémie . A sa mort , elle s’est fait déposséder de
tous ses biens par sa belle-famille . Sa fille ZIZINA deviendra conseillère de
L’O.N.U. dans les forces de paix .
BATATOU : de son vrai nom VUTELA / Elle a été violée pendant la guerre civile . Elle aura des triplés , dont 2 survivront. Elle sera blessée par balle pendant l’affrontement . Elle va décéder quelques jours plus tard . On devra alors rechercher sa famille par la diffusion d’une photo car personne dans le groupe ne savait rien d’elle .
BILALA , la timide . Elle ne parle que le Kikongo national ! Et pourtant , elle sera choisie pour s’exprimer au nom du groupe devant les journalistes et les T.V. internationales.
LAURENTINE PAKA : c’est elle qui fera les photos qui donnent le titre du livre.
A.M. OSSOLO : elle est la sœur d’ ARMANDO ( taxi) , amoureux de Méré . A.M. était le «  2ème bureau «  d’un homme important et quittée par celui-ci , elle n’aura d’autre choix que de casser les pierres pour vivre !