RELATIONS D’INCERTITUDE
D’Egard Guntzig  
(Editeur Ramsay 2004)
« L’objet transforme l’observateur comme lui-même est transformé en l’observant » Monique Bécour
Lundi 7 Novembre 2011, nous recevons Monsieur le Professeur Edgard Gunzig, docteur en sciences physiques, professeur honoraire à l’Université de Bruxelles, vice-président des Colloques de Bruxelles (France Culture et ULB), Président de OLAM, fondation pour la Recherche fondamentale à Bruxelles, organisateur et directeur de congrès internationaux annuels de physique théorique. Détenteur de distinctions et prix internationaux, responsable de contrats de recherche internationaux, ses articles sont publiés dans des revues internationales de physique il est l’auteur avec Marc Lachièze -Rey de « The cosmological background radiation, echo of the early universe » (Le rayonnement de corps noir cosmologique, trace de l’univers) (Cambridge University Press, 1999), éditeur et co-auteur de «  L’Univers du tout et du rien » (Complexe, 1998). Son livre «Que faisiez-vous avant le Big Bang ? »  qu’il faut découvrir.
Avec Elisa Brune jeune journaliste scientifique débutante, dénommée Hélène dans « Les relations d’incertitude », Edgard Gunzig  se propose de produire un ouvrage de vulgarisation scientifique. Tous deux se rencontrent un après midi par semaine durant deux ans et peu à peu vont se nouer des relations, entreprise maïeutique. Hélène va peu à peu faire se dénouer les liens qui emprisonnent Edgard Gunzig.
Gilbert Lehman nous présente l’auteur et son livre en neuf parties découpées en petits chapitres, donc structure aérée. Il y décèle trois sortes de romans :
En premier lieu roman d’aventure. Edgard né en Espagne de parents communistes, juifs de l’est, émigrés en Belgique au début du siècle, ensuite engagés dès 1936 avec les militants révolutionnaires de la brigade internationale contre les Phalangistes durant la guerre espagnole.
Un peu d’histoire :La Phalange espagnole fondée par Primo de Rivera en 1933, fusionnée avec la « Juntas de Ofensiva Nacional-Sindicalista (JON) de Ramiro Ledesma Ramos en 1934 pour devenir «   la Falange Espanola de la Juntas de Ofensiva Nacional-Sindicalista. »
Le père n’a jamais vu son enfant et, séparé de sa femme, dans un passage très émouvant, il découvrira Edgard dans la voiture d’enfant tenue par la mère qui la lâche : celle ci roule jusqu’à son père, héros de la résistance et de l’Orchestre Rouge, ensuite déporté et exécuté à Mauthausen
Edgar est mis en nourrice chez trois sœurs, très aimantes et à 6 ans,   d’Edgard Gunzig sa mère, - commercialement très entreprenante - fonde un commerce lié aux surplus américains, mais toujours animée par sa foi en l’idéal communiste décide de repartir en Pologne en 1952, elle fait don des immeubles et du commerce à sa famille et au Parti Avec son fils, ils sont retenus en Pologne dans un état totalitaire, passeports retirés et Edgard placé dans un orphelinat.
Donc les aventures picaresques vont se succéder tout au long de la vie d’Edgard.
Gilbert Lehman, en deuxième lieu, découpe le livre en roman psychologique avec un côté obsessionnel contrastant avec une perfection mathématique. Edgard Gunzig tels qu’il est décrit est imprévu dans ses relations avec les autres, retenu par des phobies : le curry, la langue allemande qu’il découvrira en fin de livre sur des cassettes retrouvées être la langue de son père. Il a d’énormes problèmes d’identité dès son jeune âge car, toujours dissimulé, caché sous un faux nom en Belgique, il porte le prénom d’Edgard André, en souvenir de deux communistes décapités à la hache ! Malgré tout heureux, Edgard Gunzig fait partie en Belgique d’un mouvement de jeunesse sioniste où il a une petite amie Mady, l’Amour – quasi platonique de sa vie - insiste Gilbert, jusqu’à son départ avec sa mère pour la Pologne où il se retrouve dans un anti sémitisme de bas niveau, chape de plomb.
Ignorant de la langue polonaise, il se réfugie dans la passion des mathématiques et de la physique et peu à peu vont se développer des contacts avec les autres élèves pour lesquels il rédige devoirs et problèmes, donc se rétablissent des rapports humains réconfortants.
Une ouverture est possible pour les juifs de Pologne vers Israël, mais subsiste un malentendu entre deux mondes, une incommunicabilité : « On ne comprend pas ceux qu’on aime !»
Le côté psychologique est très fort car les dernières paroles de sa mère avant sa mort sont « Je n’ai pas de fils ! ».
Le réel a été exorcisé par les maths et la physique qui ont calmé l’angoisse du réel. Quant au père, inconnu, occulté, disparu lors de son enfance dans une amnésie complète jusqu’à la fin du livre, révélation par Mme Goldberg de sa participation à l’Orchestre Rouge : »
«Il s’agissait d’une organisation clandestine communiste qui transmettait des renseignements d’espionnage directement à Moscou, via des émetteurs de radio disséminés à travers tout le territoire. Les opérateurs pianotaient sur leurs émetteurs, d’où l’idée qu’à eux tous, ils formaient un orchestre » (p.566- éditeur Ramsay).
Gilbert Lehman en troisième lieu décèle un roman d’amour au sens de séduction et affinités électives.
Hélène, la journaliste a souffert d’un père autoritaire, n’a pas d’opinion, ignorante des remous de la Shoah, objet désincarné, elle multiplie les amants, qu’elle ne sait parfois pas refuser ! D’où un dévoilement réciproque par une attention flottante, favorisée par des passages, des chiquenaudes, d’étranges impromptus : « résonnances sublimes comme si l’âme était une harpe, s’il s’arrête, il entend la mélodie d’autrui » ! Donc plus de délicatesse que de pudeur, roman plein d’émotion nous dit toujours Gilbert. «  En toute chose il n’y a pas de cauchemar qui ne s’arrête un jour. » ».
Edgard Gunzig insiste : Hélène est un personnage de fiction, c’est Elisa Brune, co-auteur, donc ce qui arrive à Hélène est, selon lui, une fiction.
Gilbert voit deux fils rouges : le Vide instable mais promesse d’avenir, la dépression et le « Bootstrap ».
Le « bootstrap : « se soulever soi-même en tirant sur ses bottes », ainsi que le fit le Baron de Münchausen enlisé dans la vase.
Le Professeur Gunzig nous précise : coup de bluff, visa temporaire, « engendrer des prémices à partir des conséquences : tout est vrai sauf que tout n’est pas dit ».
A ma question posée sur son goût dès son jeune âge pour la physique en Pologne, il me répond qu’il a toujours été passionné par les origines de l’Univers, des origines floues, base de toute sa recherche.
Dès cet instant, Edgard Gunzig va nous emmener, avec délectation pour nous tous, dans une explication à notre portée sur ses recherches.
LE VIDE

Il rappelle que «  Galilée était le grand fondateur de la physique. En 1905, apparaît la physique quantique.
«  Le Vide où se déplacent les corps célestes était cependant considéré comme théâtre vide, absence «  de toutes choses.
 « La physique quantique s’applique à toutes les échelles, manifeste ses proportions  « ahurissantes : « derrière le miroir se passe notre réalité » dit-il.
 « On s’est rendu compte, explique-t-il, que les rayonnements magnétiques ont un comportement  très approximatif. Apparait une nouvelle physique, nouvelles découvertes : les objets  microscopiques ne sont jamais au repos absolu. Il reste une vibration résiduelle car tout fluctue,  conséquence « des relations d’incertitude ».
Le «  principe d’incertitude » défini par Bohr et Heisenberg, repris par Reichenbach (école allemande) fait référence à la fois à la position et à la vitesse d’une particule à un instant donné, alors que les deux premiers avaient démontré que cette double détermination était impossible ». (Gd Larousse)
«   La science physique expérimentale résulte des diktats de la Nature elle-même, reproduits dans  « différentes recherches de différents pays. Le problème n’est pas les mathématiques mais ce «  qu’elles recouvrent. Jusqu’à la mise en évidence de la physique quantique, les affirmations de la «  physique classique étaient uniques.
«  La physique quantique, seul langage et concepts (position, vitesse, énergie, temps qui s’écoule). «  Mais cette description de concepts avec d’anciens mots ne convient pas à ce monde «  macroscopique, d’où « les relations d’incertitude » (position/ vitesse), toujours des couples de «  variables, d’où les « fluctuations du Vide ». L’énergie minimale ne peut être zéro en physique «  quantique : le vide quantique est continuellement le siège de fluctuations du vide inamovibles.
«  Le Vide, nouvelle version est fluctuant en raison des fluctuations énergétiques du Vide. Ces «  énergies apparaissent et disparaissent et sont des particules virtuelles qui peuplent le Vide. Que «  leur manquent-elles pour devenir de vraies particules réelles en sortant du Vide ? Il faut leur «  apporter de l’énergie ( champ électrique par exemple en expérience de laboratoires), donc «  transmutation avec l’énergie afin de concrétiser les particules virtuelles.
«  Peut-on imaginer un vide cosmologique, c’est-à-dire un vide quantique ? de là, nait la grande «  découverte théorique dans un nouveau formalisme, début des années 1980 : la gravitation liée à la «  forme géométrique de l’espace et non plan comme dans l’espace euclidien.
«  L’univers, l’espace est en expansion. Le contenant (l’espace) et le contenu se répondent l’un «  l’autre, c’est là le Bootstrap (énergie de mouvement). Apparait un phénomène coopératif, qui «  permet éventuellement d’expliquer l’origine de l’Univers.
«  Au départ, présupposé de l’existence du vide quantique à la fois théorique physique et « expérimental.
« Selon le Prix Nobel de Physique de cette année, l’expansion de l’Univers va en s’accélérant ce qui a «  été découvert expérimentalement.
«  Edgar Gunzig emploie alors la métaphore de l’énergie des vagues sur la mer et l’eau dessous «  comme le vide quantique. Le vide quantique a un effet spontanément antigravitationnel et va en «  s’accélérant, hypothèse la plus plausible actuellement assure-t-il. L’Univers va vers le Vide, donc «  idée du Bootstrap infini et se reproduisant. L’Univers faisant partie de bulles d’Univers en «  expansion, dans une arborescence. Il insiste sur le rapport avec le Bootstrap, fluctuation du Vide.
«  Dans la Vie, il prend l’exemple d’une situation sans porte de sortie, il faut alors chercher de petites variations infimes pour les amplifier et sortir du pétrin nous même, donc effet de bootstrap en auto-«  -amplifiant les petites possibilités. »
A mon sens, toute la vie d’ Edgard Gunzig en est une illustration : par des effets de bootstrap il s’est sorti des pires situations : par l’étude des mathématiques seul langage connu de l’adolescent en Pologn . Lors de la fuite de Pologne vers Israël, en transit à l’aéroport de Paris, sa mère simule un évanouissement et obtient un répit de 48 h à Paris, donc fuite encore. Sans papier d’identité en Autriche, car l’ambassadeur a omis de porter Edgard, jeune, sur le passeport de sa mère, il est bloqué et obtient un passeport temporaire de quelques jours qui dureront car il se cache et vit ses premières expériences amoureuses…. Plus tard, manquant de ressources pour payer les traites de sa maison à Bruxelles, universitaire, il accepte de transporter des pierres précieuses pour des diamantaires, mais arrêté par la Douane indienne - car un récent hold-up a eu lieu un peu auparavant ,- il est confondu avec les mafieux et emprisonné à Bombay plusieurs années Par le Directeur de sa prison, il obtient de consulter la Constitution du pays pour obtenir un avocat et pouvoir se défendre devant la Cour Suprême. Il sort de prison pour quelques jours et réussit à s’enfuir par le Népal.
Toute sa vie n’est que Bootstrap !
Danielle Grégoire illustre bien les propos de Mr le Professeur Güntzig en évoquant les problèmes de la résilience mis en valeur par Boris Cyrulnik.
Lire ce livre, roman, mais livre de physique vulgarisée, adouci par cette partie romancée, mais vraie nous a-t-il assuré.

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