"Les mémoires d'outre-tombe" de CHATEAUBRIAND






















Jean-Christophe CAVALIN professeur de littérature à l'université d'Aix-Marseille, qui a animé le débat

Le billet à Claudine par Michel BOUDIN



Chateaubriand de Combourg à la Vallée-aux-loups

Il faisait si beau, Claudine, ce matin-là sur le Vieux-Port! Et pourtant DIRELIRE fit salle comble. Préfèrer Chateaubriand au balancement des mâts et à l'appel des poissonnières, c'est finalement assez réconfortant.

- CHATEAUBRIAND?!- Oui, incrédule cousine, le château de Combourg et la Vallée-aux-loups l'ont emporté sur la séduction de la Bonne Mère.Mais il aura fallu tout le talent de Jean-Christophe CAVALIN, professeur à l'Université d'Aix-Marseille, pour nous amener à ne rien regretter

.Et d'abord nous eûmes la démonstration la plus étonnante de ce qu'est véritablement une "lecture expliquée ". A la lumière d'une culture parfaitement maîtrisée, le texte choisi livra les couches superposées de ses multiples sens. Un autre Chateaubriand nous apparut, d'une dimension insoupçonnée. La magie professorale de Monsieur CAVALIN nous projeta dans un autre monde.

C'est ainsi qu'à nos yeux étonnés, le bric-à-brac romantique (la lune, les ruines, les orages...) prit soudain consistance et nous parla du cosmos, de la fuite du temps, des soubresauts de l'Histoire et de la vie. La cohérence profonde de tous les thèmes évoqués laissait peu à peu entrevoir la singularité d'une oeuvre et la richesse d'une inimitable épopée.

Comment, Claudine, être passé jadis à côté de toutes ces choses? Sans doute est-il nécessaire d'avoir beaucoup lu et beaucoup vécu.Il m'est venu pour finir une idée singulière. J'imaginai Chateaubriand possédé par un anachronique désir: "être Victor Hugo ou rien". Car à défaut de "Légende des siècles" n'a-t-il pas passé sa vie à écrire la légende du sien? Il faisait si beau ce matin-là sur le Vieux-Port, qu'il te sera facile, Claudine, de pardonner ces légèretés à ton cousin

FLORENTIN







"Dalva" de Jim Harrison le 17 juin 2007



Le billet à Claudine de Michel BOUDIN
A quoi servirait, jolie cousine, de suivre avec assiduité les séances de DIRELIRE si ce n'était por se frotter à la diversité des avis et pour apprécier l'aspect participatif qui importe plus, souvent, qu'une réelle investigation théorique. Donner la parole à la différence, voila un assez joli programme.
C'est à quoi s'est prêtée, avec un talent de haute tenue, Monique BECOUR, la présentatrice du livre de Jim HARRISON, "Dalva". La vie exceptionnelle de cet auteur aux allures de bûcheron fatigué, nous fut exposée avec un sens aigu de l'enchaînement des causes et des effets et avec une intelligence rare du détail significatif. Des lectures croisées vinrent, comme d'habitude, donner consistance à cet exposé de grande classe.
Mais que restait-il, Claudine, pour les habituels grincheux sans lesquels DIRELIRE ne serait pas tout à fait DIRELIRE? Peu de chose en vérité et c'est pourquoi on ne les entendit guère!
On pouvait pourtant faire remarquer qu'un roman de cette importance doit sans doute plus aux lectures d'Harrison qu'aux détails de son existence. Qu'a-t-il emprunté aux auteurs qu'il aime (Faulkner, Joyce, Proust)? Comment est construit son roman à partir des leurs? Que garde-t-il d'eux, que rejette-t-il, que transforme-t-il?
"Tout art naît d'un art antérieur", disait Malraux. Celui de romancier comme les autres. Et Malraux ajoute, dans "Les Voix du Silence": Il est révélateur que pas une mémoire de grand artiste ne retienne une vocation née d'autre chose que d'une émotion ressentie devant une oeuvre: représentation théâtrale, lecture d'un poème ou d'un roman pour les écrivains, audition pour les musiciens, contemplation d'un tableau pour les peintres."
Les grincheux, Claudine, ont choisi de se taire. Mais étaient-ils si sûrs d'eux? C'est ce que se demande encore ton cousin
FLORENTIN
Présentation de "Dalva" par Monique BECOUR
«Dalva» et «La route du retour» de Jim Harrison
Dalva est le grand roman américain de Jim Harrison, le plus intéressant paru après «Légendes d'Automne» et «Woolf». Dans le roman Dalva, J. Harrison décrit une Amérique mythique depuis le génocide de la nation indienne ( les autochtones) jusqu'aux séquelles subies par les soldats revenus de la guerre du Viet Nam en centrant son livre sur Dalva, (45 ans en 1986, au début du livre) qui vit à Santa Monica (Californie).
Les grandes plaines du Midwest constituent le cadre du livre (Nebraska, Nord et Sud Dakota et aussi le Michigan dont J. Harrison est originaire). Les Européens, apportèrent le germe de la révolution culturelle, au XVIème siècle, le CHEVAL. Les groupes de chasseurs indiens suivaient les troupeaux de bisons : un troupeau vers le Nord, un autre vers le Sud jusque dans les régions les moins accessibles, puis la ruée vers l'or vers 1849 attira des dizaines de milliers d'euro-américains qui déferlèrent le long de la vallée de la rivière Platte, vers la Californie. Harrison dit dans son autobiographie «En marge» que son livre n'est «pas un roman linéaire, mais un phénomène naturel, mais une énormité élémentaire, allure de matériau brut qui caractérise le nouveau continent.»
L'histoire se passe dans le Nebraska, comté de Bassett, où nous découvrons quatre générations à travers le journal personnel de chaque membre de la famille Northbridge.
C'est comme un gâteau mille feuilles dont les informations séparées se superposent : les mêmes faits, gestes ou actions interprétés différemment, de façon complémentaire. Le journal du premier John Wesley Northbridge (arrière grand père de Dalva) le montre , dès 1863, prêcheur, voyageant seul à cheval, plantant des arbres fruitiers, et décrivant les paysages traversés. Tout est explicité: les traités de Fort Laramie, Fort Atkinson, qui étaient censés définir les frontières pour les tribus et permettre la traversée sans entraves des territoires occupés par les indiens.
Le grand souci du gouvernement yankee était le passage du chemin de fer, le long de la Yellowstone : «le Southern Pacific» et au Nord, «la Nothern Pacific Railroad». Mais les terres sacrées lakotas des Blackhills, des Badlands, envahies, l'extinction progressive du bison porta le coup fatal aux tribus des Plaines qui se rebellèrent et engendrèrent les massacres perpétrés par les «longs couteaux» en représailles, de 1860 à 1890.
Le Général Sherman, l'homme du traité de paix en 1868 disait «j'utiliserai tous les pouvoirs conférés pour que les indiens ennemis de notre race et civilisation ne puissent recommencer leur guerre barbare». Les Yankees faisaient partie de cette «guelt society» fondée sur le mépris total des non-élus par Dieu (puritanisme) alors que les indiens ressortissaient de «la shame society» fondée sur la notion de honte, manquement à l'honneur, perte de la face par rapport à son visage originel.
Il nous a été reproché plusieurs fois par des participants de ne pas mettre en valeur la composition, le style, aussi m'y suis-je efforcée. Avec l'arrivée du cinéma, du jazz, de la psychanalyse est condamné le roman linéaire, le récit. Jim Harrison obtient dans Dalva une polyphonie, une simultanéité par le biais des points de vue de chaque narrateur: nouveau mode de narration, extérieur, objectif, direct, comme «l'œil de la caméra». Harrison, dès 1982 travaille comme scénariste à Hollywood, et il emprunte aux techniques du cinéma, les procédés de superposition, de feed back, de fondus enchaînés (pour exemple lorsque Dalva galope et se fond dans la Prairie, ou au bord de la rivière Niobrara qui se trouve sur la propriété Northridge). Le premier principe est l'ellipse: on ne commente pas, on ne sonde plus les consciences: on donne à voir, car nos sensibilités modernes se sont formées au mêmes sources donc bouleversement technique objectif, habilité de l'invention et du maniement des symboles.
Harrison, devenu universitaire et professeur en littérature comparée donnait des cours de "creative writing" et déplore ( in En Marge) que les auteurs modernes ne sachent plus employer la métaphore. «Les français aiment mes livres parce que je mêle l'Histoire à l'Action».dit-il encore.
La distorsion du Temps est donnée par la symbolisation de la rivière qui coule, par l'enchevêtrement des époques, par les différents journaux relatant les mêmes faits avec des points de vue différents : la première lecture est difficile car il faut dater et prendre des points de repère. Le réalisme n'est pas dans la chose mais dans la manière, le réalisme est ici affaire de technique plutôt que de sujet. L'art du point de vue est plus important au réalisme que la chose vue. En un mot, le réalisme ne consiste pas ici à décrire des choses américaines, mais à trouver les points de vue américains, donc recherche de l'objectivité du roman, avec la psychologie liée aux manières d'être des divers personnages qui pour certains développent un comique certain ainsi qu'un réalisme humain (exemples, le professeur Michaël, Lundquist, sa fille Frieda)
Mais que l'on ne me dise plus que c'est de «la littérature mineure» lorsque l'on n'a pas lu l'œuvre. J. Harrison s'interroge sur la durée de son œuvre. Restera-t-il ? Découvrez «Dalva», l'histoire de cette jeune femme moderne et merveilleuse, loin des clichés .Retrouvez là, à 11 ans au travers du journal de son grand père (JW2 Northridge) qui lui sert de père, dans «la route du retour». Bien sûr, le volume est épais, et alors, entrez et découvrez ce monde, vous qui avez aimé «danse avec les loups». Vous ne regarderez plus jamais un western avec les mêmes yeux. Peut-être, me donnerez vous votre avis sur notre site DIRELIRE après votre lecture.
Et si vous ne me croyez pas, lisez les avis d'internautes sur le site de J. Harrison.
Monique BECOUR

"Lira bien qui lira le dernier" d'Hunert NYSSEN le 4 juin 2007



Ce dernier lundi soir 4 Juin 2007, nous nous retrouvions, «fanas » de lecture, pour « Lira bien qui lira le dernier» de Hubert Nyssen (Babel). J'avoue que je n'avais pas lu cet ouvrage, auteur qui m'était inconnu, mais j'étais venue pour l'étincelle qui déchaînerait le désir de le découvrir.
Nous étions peu nombreux, environ 40 % d'hommes pour 60 % de femmes présents ; de plus, manquait un des deux présentateurs ayant choisi le livre en Juin 2006.
Heureusement, le deuxième, fidèle, présent, avait été «emballé" par ce livre , érudit, mais non pédant ». nous dit-il. « Il s'agissait « d'une chronique sur la littérature et la lecture» et.Nyssen, cependant « n'avait pas cherché à faire un livre de théories ».
Notre présentateur, très érudit, lui-même, nous présenta le livre « comme une forme de pastiche, avec un côté XVIIIème siècle, forme de copiage, comme une tentative de séduction de la Femme, en s'adressant à une certaine Melle Esperl ... dialogue fictif.
Aussitôt, me vint à l'esprit, ainsi que je l'exprimais, la Marquise de Sévigné (Marie de Rabutin-Chantal) correspondant avec sa fille Madame de Grignan, autour de 1671 à 1696, mêlant mondanités, confidences, plaisanteries et jugements sur ses semblables en un style brillant et un certain langage parlé suggestif qui faisait le tour des Salons à Versailles.
Et, en même temps, plusieurs d'entre nous s'exclamèrent comme notre ami Florentin , alias Michel Boudin, adressant ses billets mensuels à sa jolie cousine Claudine, billets, dont la lecture nous réjouit tous. Donc, vous l'avez compris, la forme du livre reprend un procédé littéraire peu usité à notre époque, mais tellement séduisant.
Questionné par ceux qui n'avaient pas lu le livre, notre présentateur reconnut qu'il y avait un côté négatif au livre choisi. Eh oui, selon lui, l'auteur dit « que le monde bouge et que c'était mieux avan t». Poncif maintes fois entendu: il faut se rebeller contre cet état d'esprit. Il apparut dans nos échanges que les hommes présents (grands lecteurs), avaient analysé les hommes lecteurs de leur propre entourage et que ces derniers comme eux « sont des hommes qui s'occupent des corps » ou encore « qui ont un rapport au corps » (kinés, infirmiers, professeurs d'éducation physique, médecins spécialistes). Pourquoi ? La réponse nous vint de l'un d'entre eux : « l'homme veut être dans un corps modélisant ».
Les échanges dérivèrent sur les jeunes et la lecture. Je citais Jim Harrison dans « En Marge » que je n'avais pas encore présenté: « Comment voulez-vous que les jeunes lisent si les parents ne lisent pas? » Lui, dont le premier ouvrage était un recueil de poésie « Plein chant » était féru de Yeats, de Faulkner, de Virginia Woolf, de James Joyce, mais aussi de René Char. Je citais les livres que lisent mes jeunes adolescents, dès l'âge de 10 ans: la série de Harry Potter de J.K. Rowling, "Eragon" de Christopher Paolini, « Le monde de Narnia » de C.S. Lewis. Je précisais, que je pensais fortement, que ces écrivains britanniques, étaient fortement inspirés d'un écrivain anglais John Bunyan (1660-1688), qui eut une importance très notable sous la Restauration anglaise. Le personnage principal «The Chretien» dans « Pilgrim's Progres » voyage énormément, reçoit des apparitions, rencontre des dragons, tout un côté conte de fées ( repris par les auteurs souvent britanniques nommés ci-dessus) avec un suspense, et un rythme vif dans un style très clair, « le mot juste pour l'idée juste ». Il eut une influence énorme sur la suite de la littérature anglaise.
Ce ne fut pas l'avis de tous, car il me fut répondu, que c'était uniquement « une affaire de marketing ». Attention, il ne faut pas confondre, la création littéraire, l'inspiration, l'écriture sur la page blanche, avec le côté marketing du lancement commercial « Pull and Push ». Une enquête du Centre National du Livre parue dans « Le Monde des Livres du 6 Juin 2007 nous dit « que chez les jeunes, de 11 à 18 ans, la lecture plie mais ne rompt pas ». Le secteur des éditions Jeunes est florissant 16 % du C.A des ventes totales, soit 71 millions de volumes en 2006,«créativité et dynamisme constant ». Une réserve, cependant, le public était « captif » car questionné au Salon du Livre au milieu de sa classe. Le choix est fonction du réseau des copains.
La réflexion nous amena, incidemment, à la bande dessinée et, nos amis présents, reconnurent avec jubilation , qu'ils en lisaient eux aussi . Les auteurs, les titres fusèrent : Enki Bilal et sa trilogie , Sfar, et « le chat du rabbin », Corto Maltese à travers Hugo Pratt, René Pétillon et sa « Panique à Londres », Marjane Satrapi et « Persépolis », la souris « Maus» de Art Spiegelman, jeune juif allemand qui écrit sur la Shoah. Il y a quelques années, Christian, un tintinophile éclairé de DIRELIRE avait philosophé sur Hergé et Tintin.
Comme nous citions la lecture sur Internet et les cassettes enregistrées, ma plus grande joie fut d'entendre une assistante, assidue depuis plus de douze ans à DIRELIRE, comme certains d'entre nous, s'exprimer, enfin, après tant d'années de silence. Cette personne ne voyant plus très bien, sa petite fille lui lit à haute voix quelques uns des ouvrages choisis, mais très souvent, aussi, elle fait appel à une association, à la Maison de la Croix Rouge, rue Sylvabelle, qui lui fait enregistrer nos livres par des lecteurs bénévoles.
Je n'ai pas lu le livre de Nyssen, mais cette découverte et l'échange fut très riche, et c'est dit, une vocation est peut-être née ... Venez nombreux, en 2007-2008, chaque rencontre vous apportera un désir de découvrir, un éclairage et vous vous exprimerez dans le respect: tout est dicible dans notre groupe.
Monique BECOUR

"A rebours" de Georges-Charles HUYSMANS le 15 mai 2007



Le billet à Claudine par Michel BOUDIN
Il conviendrait sans doute, très jolie cousine, de faire figurer en première page du livre de Huysmans "A rebours" cette mise en garde: "Nul n'entre ici s'il n'a la tête froide et les nerfs solides".
Où trouver en effet dégoût plus prononcé pour le réel quotidien et pour la vie de son siècle que dans cette oeuvre étrange et tourmentée?
Il semble difficile de cultiver avec plus de raffinement, l'évasion, dans une sorte d'excenticité aristocratique! Au point que bien souvent, ce curieux roman présente des aspects fortement nihilistes.
Bref, de l'aveu même de son auteur, (lettre à Zola) : "C'était un livre à ne pas faire, car il était par trop difficile, avec ce flottant personnage, tel que je l'avais conçu, chrétien et pédéraste, impuissant et incrédule."
Peut-être. Mais il aurait été fort dommage, Claudine, que cet inclassable roman n'ait pas vu le jour! Car il s'agit là d'un monumental pari d'auteur, décidé à écrire un roman ne ressemblant à nul autre, à l'aide d'une prose exceptionnelle qui chérit le détail impitoyable et le mot rare.
Pari d'auteur, pari tenu.
Tu peux, Claudine, ouvrir "A rebours". Il te tombera sans soute quelquefois des mains, mais bien vite tu le reprendras. Son pouvoir de fascination est venu à bout des réticences pourtant répétées de ton cousin
FLORENTIN

Paulette QUEYROY en fin de séance a jeté un froid en citant ces passages de Huysmans à propos de Marseille, de l'Allemagne et de son antisémitisme
S'il fallait décerner la palme de l'antiméridionalisme, Huysmans la recevrait sans injustice. Dans un carnet inédit, il pose en 1887 une équation dont il ne démordra jamais : « Midi – race de mendiants et de lâches, de fanfarons et d'imbéciles » Germanophile, il avoue l'être avec provocation à une époque où domine l'esprit de revanche anti-allemand : « Je me sentirai toujours plus d'affinités , déclare-t-il dans un autoportrait datant de 1885, pour un homme de Leipzig que pour un homme de Marseille. Tout, du reste, tout, excepté le Midi de la France ». Déjà dans une lettre de 1884, c'est à la ville de Marseille et aux Félibres qu'il s'en prenait, avec une agressivité verbale et une imagination scatologique dont il ne cherchait pas, selon les pratiques de son temps, à voiler ce que le nôtre appelle des accusations racistes.
Ne trouvez-vous point que la fête des niais félibres et que les oraisons obituaires stillées sur la tombe de l'intéressant Chapron, cet homme « nourri de la moelle des maîtres », ce grand cœur, bon fils, bon locataire, journaliste de bonne foi, etc. etc., sont d'un comique dont la noirceur déconcerte ?
Je voudrais être Dieu pour verser les tinettes de Bondy sur la ville et embrener à jamais cet odieux Midi pour lequel je me sens une haine d'Inquisiteur.
Vive l'Allemagne et à bas Marseille ! - ah ! les Valmajour et les Mistral, la Provence et le Quercy ! - quand je me sonde, je me sens une haine de catholique contre l'ignoble juif qui domine maintenant le monde et une exécration de vieux saxon contre la bruyante race latine. Non, vrai, je ne suis pas de mon temps ! et surtout pas de la nationalité qu'on m'impose !


"Les soldats de Salamine" de Javier CERCAS le 2 avril 2007


"Les Dieux ont caché ce qui fait vivre les hommes" Hésiode:Les travaux et les jours
Qu'auriez-vous fait en pareille circonstances?-ce fut la première question posée au début de la rencontre autour des "Soldats de Salamine". Quelles circonstances? L'exode, la déroute, la débâcle, comme celle des Perses à Salamine, des Français à la Bérézina?   C'était en 1939, l'année des derniers jours de la jeune république espagnole, l'année des premiers jours de la deuxième guerre mondiale. En ce temps là, raconte en 1994 à un petit journaliste nommé Javier Cercas l'écrivain à succès Ferlasio, son père, Rafael Sanchez Mazas a échappé deux fois à une exécution. La première fois, il sortit miraculeusement vivant de la rafale de balles tirée par un peloton d'exécution: l'Histoire - grand H - en témoigne; qui avait donné l'ordre? Les "Rouges": c'étaient les derniers jours de la République Socialiste Espagnole. Fuyant aussitôt après dans la forêt du Collel, talonné par les "Rouges", il se trouve nez à nez avec un milicien républicain armé qui au lieu de l'abattre le regarde un moment puis tourne les talons: à la question des autres "il est par là?" le Sauveur Inconnu cria: "Il  n'y a personne" L'histoire que raconta Ferlosio commençait par: "Mon père racontait que...". Mémoire, transmission d'histoire. Pourquoi un rouge a-t-il laissé la vie sauve au Premier Phalangiste d'Espagne, écrivain, poète, chantre d'un grandiose fascisme inspiré du rêve mussolinien qui a mis le pays à feu et à sang: le journaliste veut en avoir le coeur net :le voilà qui se met en quête de témoins susceptibles de le conduire jusqu'au Magnanime. Et l'auteur nous promène dans l'après-guerre, non pas "vingt ans après" mais soixante.. Finalement nous le trouvons dans une maison de retraite ce héros, ce vieux grognard qui combattit sous le drapeau rouge pour le Front Populaire Espagnol, puis durant toute la seconde guerre mondiale, sous le drapeau tricolore pour le Liberté, la liberté de danser le paso doble avec une femme et non avec un fusil.
Etait-ce bien Lui? Son dernier mot audible est "Non",mais il a une fin de mot inaudible..
Quant au mot de la fin:"De l'avant, de l'avant, toujours de l'avant" Et bien dansez maintenant . Avec Conchi, pythonisse à la télévision, qui allait sans culotte et soutenait vaillamment le journaliste investigateur!

                           Annie Rouzoul

FICTION   ou  REALITE

Ce lundi 2 Avril fut pour moi un bon jour. Réunis avec vous dans la soirée, pour la présentation des  « Soldats de Salamine » de Javier Cercas, je sortais de la projection du film «La Vie des autres » de Henckel von Donnersmarck. Ceux qui n'ont pas lu le livre ou n'ont pas vu le film me diront « Quel rapport ? » Je vais donc essayer la comparaison.

Le livre « les soldats de Salamine » nous met en phase avec un épisode de la guerre d'Espagne. Un écrivain de 45 ans en 2002 raconte « un fait réel ».

Quelques rappels historiques du conflit qui opposa de 1936 à 1939, le gouvernement républicain espagnol de « Frente Popular » élu en Février 1936 à la Phalange (falangio espanola) organisation nationaliste d'obédience fascisante fondée en Octobre 1933 par José Antonio Primo de Rivera, ancien dictateur d'Espagne de 1923 à 1930.

Revenons au « fait réel » et à l'enquête menée par le journaliste écrivain qui serre de très près les survivants de l'épisode concerné. Le 30 Janvier 1939, un des fondateurs de la phalange espagnole Rafaël Sanchez Mazas est fusillé dans la prison de Collell avec 48 autres prisonniers, or, il en réchappe en s'enfuyant dans la forêt. Un soldat chargé de poursuivre quelques fuyards, le trouve caché dans un fourré, le regarde droit dans les yeux, hausse les épaules (suivant la transcription de différents auditeurs du « fait réel » raconté), lui laisse la vie sauve, et au gradé qui l'interpelle à l'arrière plan, il répond « Personne » en espagnol « Rien ».

Mazas, le poète, l'esthète, admiratif de la Renaissance italienne et des condottieres est recueilli par trois soldats qui ont déserté les rangs républicains et qui attendent l'arrivée imminente des franquistes, tout en le protégeant. Mazas, doyen des phalangistes ( Rivero fusillé au début de la guerre,) est nommé par Franco, ministre sans portefeuille dans le premier gouvernement d'après guerre.

L'épisode relaté a donné lieu à débat. Est-ce vrai, ? est-ce une fiction ? Certains employaient le mot roman ! Trois amis présents et une amie, ma voisine, très marqués par leurs souvenirs personnels et leur vécu manifestaient leur émotion. C'est tellement bien de le faire !

D'aucuns insistaient sur l'épisode« improbable, faux, non-dit, non vérifié aux archives ».



Mais je vous entends : »Quel est le rapport avec « la vie des autres » ?

Eh bien dans ce film magnifique récompensé par les « Awards » américains et « l'Oscar » du meilleur film étranger en 2007, un agent de la « Stasi », en Allemagne de l'Est, début des années 198O, Wiesler, a pour mission d'observer à travers micros et branchements téléphoniques, les actions multiples d'un auteur à succès Dreyman et de sa compagne Christa-Maria Sieland. Le couple est considéré comme faisant partie de l'élite des intellectuels de l'Etat communiste, même, si secrètement, ils n'adhérent pas aux idées du Parti.

Fasciné par le couple tandis que progresse l'enquête qu'il édulcore, connaissant l'arrestation imminente de l'écrivain trahi par sa compagne, Wiesler, l'agent secret, pénètre chez celui-ci et subtilise la machine à écrire portative cachée. IL SAUVE AINSI LA VIE DE L'ECRIVAIN : plus de preuves. Wiesler, est dégradé, « mis au placard, » durant quatre ans et demi. A la chute du mur de Berlin, en Novembre 1989, devenu simple facteur, il découvrira en vitrine de librairie, le livre écrit par Dreyman en hommage à son geste «L'HOMME BON » ». La dédicace « à  WX 32/24 Avec toute ma gratitude »  « C ‘est pour moi » dit-il au libraire avec un sourire radieux et des yeux illuminés de clarté : une renaissance.

Alors, pour « les soldats de Salamine » oubliez les critères, les critiques, les arguties purement littéraires et comme nos amis, acceptez et laissez vous aller à l'émotion du beau geste, gratuit.

Le « petit fait vrai » est nécessaire dans la fiction pour évoquer la réalité. La vérité est-elle supérieure à toute fiction ? « Affaiblir l'effet de réel peut affaiblir l'œuvre » dit Marc Petit dans « Eloge de la Fiction » Ne démystifions pas. L'homme Bon a pu exister dans tout conflit humain.
Monique BECOUR

"Les cerfs-volants" de Romain GARY le 17 mars 2007



Le billet à Claudine de Michel BOUDIN



Romain GARY ou la fin du ciel bleu



Je n'aurais jamais pensé, jolie cousine, que parler de Romain GARY c'était parler de tant de lucidité et de tant de souffrance. Mais c'est un des secrets de DIRELIRE que de voir se dessiner, peit à petit, grâce aux témoignages croisés de lecteurs fervents, le portrait d'auteurs qui prennent soudain une consistance inattendue.



C'est ainsi que Romain GARY m'est apparu comme réalisant, dans l'engagement et le doute, le grand défi de Malraux: "transformer en conscience une expérience aussi vaste que possible."



Transformer en conscience, Claudine, mais aussi en écriture. Et c'est peut-être là qu'il me faut te faire un aveu. A ce Gary témoin de son siècle, je préfère le délicieux GARY-AJAR de "La vie devant soi". Il me semble que là une perfection est atteinte dans l'invention d'un langage à ce point original qu'on a du mal à comprendre coment il est construit. Tout se joue sur de secrètes ruptures avec la syntaxe ordinaire, avec le rythme habituel des phrases. Un vrai régal!



Une des leçons de Romain GARY est sans doute de tenir très fort et autant qu'on peut le cordon du cerf-volant. Il aura passé sa vie à s'y employer. Jusqu'à ce jour de 1980 où il décida de lâcher prise et où il ouvrit sa main en regardant le bleu du ciel.



Et nul ne sait (sauf peut-être Momo et Mme Rosa) où est passé le cerf-volant.



C'est bien ce que se demande aussi, belle Claudine, ton cousin



FLORENTIN

"La fin de la folie" de Jorge VOLPI le 5 mars 2007



Le plaisir de lire par Monique SICARD
Je me rends à la séance de DIRELIRE sans avoir lu ce livre, sans même avoir pu le feuilleter. J'imagine que c'est un essai sur la folie... on verra bien...
Nous ne sommes qu'une dizaine ce lundi soir, réunis autour d'une même table. C'est rare. Une ambiance très particulière. Cela ressemble à une discussion entre copains. J'écoute en sirotant ma bière...Je comprends qu'il s'agit en fait d'un roman, et que l'auteur, mexicain né en 1968, y évoque Mai 68 à Paris, à la lumière des évènements de 1989.
La discussion s'engage. On parle d'oppression et de révolution, d'idéologie et d'idéal. On parle de Lacan, Michel Foucault, Althusser. On en parle avec sérieux et légèreté tour à tour. Je ne suis pas sûre de tout comprendre (moi, en 1968, j'étais jeune prof de lettres dans un lycée. Et pour moi, mai 1968, ce furent de longues discussions passionnées entre profs, élèves et parents d'élèves. Pour la première fois nous parlions vraiment, et nous bâtissions ensemble le lycée idéal... A chacun son mai 1968, et à chacun sa petite folie...).
Mais revenons au café Massilia: une voix se fait entendre. Un des participants donne son impression. Pour lui, peu importent les idéologies, peu importe que Volpi soit réactionnaire ou pas. Il a lu un roman, rien qu'un roman. Et un roman jouissif.
Gourmande, je me fais prêter le livre. Je l'ouvre aussitôt rentrée chez moi. Je lis. Pour l'instant je me régale, et parfois je me tords de rire (Annibal à quatre pattes sur le tapis de Lacan!). J'espère que les deux cents dernières pages me réservent le même plaisir.