Les Seances de Mars 2026
La seule traduction de ce récit datait de près de soixante ans. Une nouvelle version s'imposait, plus proche du texte original. Elle a été confiée à Françoise Wuilmart, traductrice de renom et spécialiste du grand écrivain autrichien, qui procède à une véritable redécouverte de l’œuvre.
L'art du romancier se déploie pleinement dans cette odyssée biographique. Zweig nous plonge dans une aventure sans pareille, au cœur des affrontements, rivalités et mutineries qui ont émaillé cette traversée encore jalonnée d'autres épreuves - froid polaire, tempêtes, faim et maladies. Mais rien n'est venu à bout de la détermination du Portugais qui avait convaincu le roi d'Espagne Charles Quint de soutenir ce projet fou : prouver qu'« il existe un passage conduisant de l'océan Atlantique à l'océan Indien » : « Donnez-moi une flotte et je vous le montrerai : je ferai le tour de la Terre en allant de l'est à l'ouest ! » C'était sans compter l'océan Pacifique, dont les Européens ignoraient encore l'existence.
L'expédition se terminera trois ans plus tard, sur un rafiot ne comptant plus qu'une vingtaine d'hommes sur les 265 embarqués à Séville, et sans Magellan lui-même, tué lors d'un combat avec des indigènes sur une île des Philippines. Mais elle a abouti, en ouvrant la route des Épices, à une découverte considérable pour l'histoire de l'humanité.
Cette aventure est aussi celle d'un destin entraîné par une volonté sans mesure. Un de ces exploits qui illustrent pour Zweig la conscience créatrice des hommes, prouvant qu'« une idée animée par le génie et portée par la passion est plus forte que tous les éléments réunis » et sert le progrès de la connaissance et le besoin humain de dépassement de soi.

Publié en 1931, "Les Vagues" ("The Waves") fut traduit par Marguerite Yourcenar en 1937. Paru en 2020, le présent volume, préfacé par Mona Ozouf, propose la traduction de Cécile Wajsbrot (1993).
Le roman consiste en monologues parlés par six personnages, et interrompus par neuf brefs interludes à la troisième personne, qui détaillent une scène côtière à différents moments du jour, de l'aube au crépuscule.
Ces voix qui s'entremêlent sans jamais se toucher, ces personnages qui n'en sont pas parce qu'ils ne sont que des paroles, cette quête désespérée d'une unité du moi, tantôt approchée, tantôt éloignée, ce mouvement de la vague, va-et-vient des personnages les uns vers les autres et vers eux-mêmes, ce rythme qui fait oublier qui parle parce que Bernard, Neville, Louis, Suzanne, Jinny et Rhoda sont une seule voix même s'il y a des restes de personnages, des situations particulières irréductiblement différentes, Bernard qui raconte des histoires, qui prend la parole au point de la monopoliser à la fin du roman, Bernard qui est une vague, tantôt trouvant le calme de la solitude, un rivage possible, puis retrouvant les détails de la vie ordinaire qui lui font raconter des histoires, se perdre, n'être plus que Bernard qui écrit des phrases dans un carnet, Neville qui aime, Suzanne qui s'enracine, devient un arbre, Louis qui efface son accent australien, Jinny qui n'est qu'un corps, Rhoda qui est un fantôme sans visage. Mais tous sont des fantômes sans visage.
Il y a au coeur de ce roman une absence, la mort de Perceval, dont on n'entend jamais la voix mais qui est au centre de tout. Quelque chose flotte. Les personnages s'estompent et font place aux paysages. Perceval est mort et n'a jamais existé. J'ai la bizarre impression de ne pouvoir parler de ce livre qu'en en prenant le style, cette constante analyse intérieure qui fait que quelque chose échappe toujours, et que quelque chose, c'est tout.
Il y a dans Les Vagues un condensé de l'expérience humaine moderne, cette avancée dans la vie où tout évolue sans vraiment changer, les souffrances et peut-être, mais ça semble moins sûr chez Virginia Woolf, les joies prenant juste plus de poids, mais les mardis succèdent aux lundis indéfiniment et les vagues ne cessent pas de se heurter contre le rivage. Il n'y a jamais de rupture dans ce texte, malgré ses six narrateurs que tout oppose et que tout réunit, ses descriptions de paysages qui viennent interrompre les monologues, les années qui passent de l'enfance à l'âge mûr. Même la mort de Perceval ne parvient pas à briser la monotonie du roman, parce que Perceval n'existait pas avant sa mort.
Nos vies, ma vie (comme les personnages de ce roman, j'oscille sans cesse entre mon identité personnelle et mon identité humaine) coulent sans que nous trouvions (sans que je trouve) qui nous sommes (qui je suis). Solitude à la fois irrémédiable et impossible, désirée et rejetée de toutes mes forces, comme l'appel de l'autre qui fait de moi à la fois un Neville disant à l'autre "viens plus près", et une Rhoda, que l'autre horrifie et qui se cache, se vampirise, et tout à coup, sans crier gare, se retrouve morte.
Lundi 3 Fevrier 2026 à 20 heures Spectacle a la Criée
Eugene Ionesco "La lecon" Eugene Ionesco Spectacle a la Criée
La leçon est l'une des pièces les plus jouées et les plus lues d'Eugène Ionesco. Elle commence comme une satire hilarante de l'enseignement, pour faire allusion ensuite à de savantes théories linguistiques ; le ton, alors, change : la farce se termine en tragédie lorsque le professeur tue son élève. Mais cette tragédie est, elle aussi, parodique : chacun lui donne le sens qu'il veut.
Extrait
LE PROFESSEUR : Les sons, Mademoiselle, doivent être saisis au vol par les ailes pour qu’ils ne tombent pas dans les oreilles des sourds. Par conséquent, lorsque vous vous décidez d’articuler, il est recommandé, dans la mesure du possible, de lever très haut le cou et le menton, de vous élever sur la pointe des pieds […] et d’émettre les sons très haut et de toute la force de vos cordes vocales. Comme ceci : regardez : « Papillon », « Euréka », « Trafalgar », « papi, papa ». De cette façon, les sons remplis d’un air chaud plus léger que l’air environnant voltigeront, voltigeront sans plus risquer de tomber dans les oreilles des sourds qui sont les véritables gouffres, les tombeaux des sonorités. Si vous émettez plusieurs sons à une vitesse accélérée, ceux-ci s’agripperont les uns aux autres automatiquement, constituant ainsi des syllabes, des mots, à la rigueur des phrases, c’est-à-dire des groupements plus ou moins importants, des assemblages purement irrationnels de sons, dénués de tout sens, mais justement pour cela capable de se maintenir sans danger à une altitude élevée dans les airs. Seuls tombent les mots chargés de signification, alourdis par leur sens, qui finissent toujours par succomber, s’écrouler…
Les Seances de Janvier 2026
Comme dans "Les lunettes d'or et autres histoires de Ferrare", c'est encore de la société provinciale italienne que Giorgio Bassani nous donne, autour d'une énigmatique figure de jeune fille, un tableau minutieux et concret, mais en même temps voilé de brume. Quand le livre s'achève, tout a été dit. Cependant, pour le lecteur comme pour le narrateur, se posent des questions sans réponse, et l'on se rend compte que c'est une visite au royaume des morts que l'on vient de faire; la mélancolie vient assombrir le décor d'un passé irrémédiablement perdu."Le Jardin des Finzi-Contini" est un roman singulièrement envoûtant, car c'est surtout celui des relations humaines complexes qui finalement demeurent en suspens : celles qui lient le narrateur à l'insaisissable Micol, celle-ci à son frère Alberto, l'amitié trouble d'Alberto pour le Milanais Malnate, ou celle difficile du protagoniste pour ces deux jeunes gens.
Et tout autour d'eux, il y a, extraordinairement vivant, le microcosme de la Ferrare bassanienne, dont se détache, aristocratique et solitaire, la famille Finzi-Contini, séparée du monde par les murs de son immense jardin planté d'essences rares. L'assaut des discriminations raciales et des persécutions, dont on voit lentement se resserrer l'étau, semble un instant devoir combler le fossé qui s'ouvre entre elle et ses compagnons de malheur, mais il ne fait en réalité que le creuser davantage ; comme si , depuis toujours, les Finzi-Contini avaient attendu ce tragique signe d'élection, comme si tout leur orgueil n'avait été que celui de s'acheminer, les yeux grands ouverts, tête haute, vers le brasier qui réduit en cendres une époque. Et finalement, vue à travers la poésie de Bassani, la communauté israélite de Ferrare devient le symbole de la société humaine.
(4e de couverture)

Notre prochaine réunion approche à grands pas et c'est un florilège d'ouvrages qui nous sera présenté lundi prochain.
E En voici la liste.
- « L’affaire de la rue Transnonain » de Jérôme Chantreau
- « Je ne te verrai pas mourir » de Munoz Molina
- « Âme brisée » de Akira Mizubayashi
- « Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas » de Paul Veyne
- « Les vestiges des jours » de Ishiguro.
- « James » de Perceval Everett
- « L’Homme ralenti » de J.M. Coetzee
A très bientôt donc
Bien amicalement
Elisabeth
Les Seances de Decembre 2025
La leçon est l'une des pièces les plus jouées et les plus lues d'Eugène Ionesco. Elle commence comme une satire hilarante de l'enseignement, pour faire allusion ensuite à de savantes théories linguistiques ; le ton, alors, change : la farce se termine en tragédie lorsque le professeur tue son élève. Mais cette tragédie est, elle aussi, parodique : chacun lui donne le sens qu'il veut.
Extrait
LE PROFESSEUR : Les sons, Mademoiselle, doivent être saisis au vol par les ailes pour qu’ils ne tombent pas dans les oreilles des sourds. Par conséquent, lorsque vous vous décidez d’articuler, il est recommandé, dans la mesure du possible, de lever très haut le cou et le menton, de vous élever sur la pointe des pieds […] et d’émettre les sons très haut et de toute la force de vos cordes vocales. Comme ceci : regardez : « Papillon », « Euréka », « Trafalgar », « papi, papa ». De cette façon, les sons remplis d’un air chaud plus léger que l’air environnant voltigeront, voltigeront sans plus risquer de tomber dans les oreilles des sourds qui sont les véritables gouffres, les tombeaux des sonorités. Si vous émettez plusieurs sons à une vitesse accélérée, ceux-ci s’agripperont les uns aux autres automatiquement, constituant ainsi des syllabes, des mots, à la rigueur des phrases, c’est-à-dire des groupements plus ou moins importants, des assemblages purement irrationnels de sons, dénués de tout sens, mais justement pour cela capable de se maintenir sans danger à une altitude élevée dans les airs. Seuls tombent les mots chargés de signification, alourdis par leur sens, qui finissent toujours par succomber, s’écrouler… C'est un livre qui dit simplement : "Ouvre-moi. Ouvre-toi". Oserez-vous ? "Formules". Ce titre choisi par Yves Gerbal (alias "ive") pour désigner ses bribes de pensée est à rapprocher des termes littéraires plus connus de préceptes, sentences, aphorismes. Une "formule" c'est donc ici une pensée énoncée dans une forme brève, concise, lapidaire, synthétique. Ecrits d'une manière très sobre et ultra minimaliste, ces très brefs énoncés sont en revanche disposés sur la page de manière ostentatoire pour inciter à ralentir la lecture et aborder chacun comme un objet de réflexion et de méditation à part entière. Parfois volontairement très banals en apparence ou au contraire très énigmatiques, ils sont une invitation à les approfondir et à les prolonger à chaque lecture. Ce livre est celui d'un chercheur qui vous propose de partager ses découvertes, celui d'un penseur qui vous invite à penser avec lui, aujourd'hui et pour demain. On peut aborder ce livre par n'importe quelle entrée, considérant chaque "verset" numéroté comme un support unique de pensée et de commentaire mais pouvant ensuite être relié à l'ensemble. La plupart de ces "formules" ont été "trouvées" après une très longue marche sur les chemins de Compostelle et un séjour à l'abbaye de Sénanque... Ive s'inscrit modestement à sa manière, à sa place, dans la lignée des maîtres de sagesse, philosophes, poètes errants, moralistes, mystiques, guides spirituels, qui ont privilégié cet art de la formule condensée, avec ici un goût de l'épure et de la fulgurance qui rappelle en particulier les "koans" du bouddhisme zen ou les préceptes du "Tao Te King" de Lao-Tseu. Ive fait le voeu que ce "Petit livre bleu", objet accessible à tous, puisse rassembler, rapprocher, celles et ceux qui y trouveront "formulées" leurs propres recherches en humanité, leur propre expérience de l'existence, et qu'il les accompagne sur leur chemin de vie.
Les Seances de Novembre 2025
1. MC Imbert : « La joie ennemie » de Kaouther Adimi collection »Ma nuit au musée »
2 . Francoise Abraham :« Mon prénom est Elisabeth »de Adèle Yon
3. Christiane Vincent « L’homme qui lisait des livres » de Rachid Benzine
4. Elisabeth Bartoli : « La Collision » de Paul Gasnier
5. Paulette Queyroy : « La trilogie de Copenhague » de Tove Ditlevsen
6. M. Catherine Freschel : « Kholkose » de E. Carrere
Nous vous attendons nombreux.
Bien amicalement
Elisabeth

sous ce costume, j'éprouve pour toi une passion enthousiaste, craintive, jalouse, chaste, comme je n'en éprouverai certainement jamais. Cette Fantaisie m'a enivré toute la soirée. Pendant le souper, tous les regards étaient sur toi; tous les hommes partageaient mon illusion, tous voulaient toucher le verre où tu avais posé tes lèvres, ramasser les feuilles de rose échappées à la guirlande qui ceint ton front. C'était un délire! Et moi j'étais ivre d'orgueil, comme si en effet tu eusses été ma fiancée ! On dit que Benvenuto, à un souper chez Michel-Ange, conduisit son élève Ascanio, ainsi déguisé, parmi les plus belles filles de Florence, et qu'il eut toute la soirée le prix de la beauté'. Il était moins beau que toi, Gabriel, j'en suis certain... Je te regardais à l'éclat des bougies, avec ta robe blanche et tes beaux bras languissants dont tu semblais honteux, et ton sourire mélancolique dont la candeur contrastait avec l'impudence mal replâtrée de toutes ces bacchantes !.
J'étais ébloui! À puissance de la
beauté et de l'innocence! cette orgie était devenue paisible et presque chaste ! Les femmes voulaient imiter ta réserve, les hommes étaient subjugués par un secret instinct de respect; on ne chantait plus les stances d'Arétin', aucune parole. obscenie n'osait plus frapper ton oreille... J'avais oublié complètement que tu n'es pas une femme... Jétais trompé tout autant que les autres. Et alors ce fat d'Antonio est venu, avec son œil aviné et ses lèvres toutes souillées encore des baisers de Faustina, te demander un baiser que, moi, je n'aurais pas osé prendre... Alors mille furies se sont allumées

Au sein de cette description de la campagne méridionale, Levi effectue un travail anthropologique[2]. Parmi les nombreuses descriptions du folklore et des conditions de vie des habitants, une large partie est destinée à la pratique de ce que l'on pourrait appeler de la « magie » par les habitants de Gagliano[2],[9]. L'intérêt pour cet aspect de la vie des paysans attire Levi qui souhaite en savoir davantage sur ces pratiques « païennes »[9]. Ainsi, même le chien de l'auteur paraît dans le roman comme étant un être spécial auprès des habitants, ce qui découle sur l'auteur qui le décrit comme tel[9],[10]. Plus loin, il décrit une femme, Giulia, qui déclare avoir une certaine connaissance sur les sciences de la magie, comme une « strega ». Cette dernière lui racontant des histoires fantastiques et faisant des allusions à un monde surnaturel, l'insertion de ces faits peut montrer la volonté des méridionaux de s'évader de leurs conditions par ce biais[10].





