"Le ravissement de Lol V. Stein" de Margurite DURAS le 17 février 2008



C'est un livre fascinant car il atteint en nous le plus enfoui de nous-mêmes: la scène primitive, l'impossibilté de fusion du deux en un, la présence d'un tiers regardé ou regardant, l'attrait de la mort ou de la folie, ou alors la possibilité de la vacuité bouddhique, de la transcendance des mystiques (Marguerite Duras lisait Saint-Jean de la Croix et Sainte Thérèse d'Avila). François Nourrissier déclare: "Marguerite Duras atteint une forme blessée de nous-mêmes". Elle va ravir Lacan mais elle-même est éloignée de la psychanalyse, elle brouille sans cesse les significations et pervertit même l'idée du sens.
Dans toute son oeuvre on retrouvera le thème de l'exil intérieur, l'approche et la dérobade, la douleur et la transgression. Lol incarnera cette volupté intérieure à ne pas être.
L'été 1963 après une cure de désintoxicarion alcoolique après avoir rompu avec son amant du moment, Gérard Jarlot, elle était seule à Trouville face à la mer. "C'est fait, dit-elle à Gallimard, je ne peux pas me relire, je n'en peux plus, l'animale est là, je l'aime". La même année elle écrira "Le Vice-Consul". "Il fallait le faire quand même!" dira-t-elle.
On retrouve là Michaël devenu Richardson et Anne-Marie Stretter vieillie et toujours belle, toujours ravisseuse d'hommes. "C'est une femme du Nord, elle vient, elle passe, elle voit la mendiante et l'enfant dans les bras, mourant et dévoré par les vers, les lépreux dans l'odeur fade des lauriers roses, les poubelles et les mendiants, et elle voit et elle passe et elle meurt.
Lol meurt-elle? devient-elle folle? Après avoir été ravie, elle décidera à son tour, elle ravira l'amant de son amie, le manipulera à sa guise, se gavera de la vue de leurs corps nus et enlacés, puis fatiguée du "voyage" dormira dans le champ de seigle.
Maryvonne NICCOLAI

Monique BECOUR
Ce livre au titre déjà ambigu nous incite à nous interroger sur chaque mot le composant.
Lol ou Lola V (Valérie -Valéria) STEIN. Ce V, « dont les ailes » dit Lacan « évoquent les ciseaux, Stein :la pierre ». Donc ce jeu « de la mourre » de mains d' adolescents : les ciseaux coupent la feuille, mais la feuille entoure la pierre et la pierre tombe dans le puits…
Le « ravissement » pour moi, le premier sens de Lol, la ravie, c'est le sens provençal, la fada (de), la simplette, « elle n'est pas tout à fait normale »… « petite, elle n'était jamais là » dit son amie de pension, Tatiana, jusqu'à la fin où Lol , « si constamment envolée de sa vie vivante » dit Jacques Hold, s'échappe en une terrible crise de folie. Et peu à peu, d'autres sens surgissent éclairant le ravissement.
Lacan parle de « l'objectif ou du subjectif du ravissement qui fait énigme ». Pour éclairer, Lol va être victime d'un rapt, mais elle même va se rendre coupable d'un rapt, elle prend, (p112) elle ravit.
Toute l'histoire est basée sur trois nœuds ou relations triangulaires. Premier triangle : à dix huit ans, Lol, est fiancée à Michael Richardson, - (elle a vécu avec lui un seul acte d'amour dans une chambre de l'hôtel des Bois, refuge d'un autre couple ). Lol, voit au bal du Casino de T.Beach, Michaël, séduit par une arrivante Anne Marie Stretter, d'âge mur puisqu'elle est accompagnée de sa jeune fille. La séductrice «avait la grâce abandonné e d'un oiseau mort, elle était maigre, l'avait toujours été et revêtait cette maigreur d'un robe noire à double fourreau de tulle, à la souriante indolence de la légèreté d'une nuance, d'une cendre »
« Elle promène un non-regard sur le bal » et subjugué, Michaël, « dans la plénitude de la maturité », danse avec Anne-Marie Stretter, collé, serré, durant toute la nuit, sous les regards voyeurs de la salle de bal sur Lol atterrée, la blonde et de son amie Tatiana à la chevelure luxuriante brune, cachées derrière des palmiers en pot. La ravisseuse et sa conquête dansent, dansent jusqu'au matin et dix ans après, lorsque Lol retourne, une journée à T.Beach avec J. Hold, (le voyeur cette fois) dans le train, elle ressasse cette danse de mort, rythmée par le fracas des bogies du wagon. La Mort dans l'âme pour Lol qui ne s'en remettra jamais.
Ces deux passages au bal, et dans le train où ils ont pris place dans la deuxième partie du livre, m'ont fait ressurgir (cf. Nathalie Sarraute) un film surréaliste « Le train » (?) des années 1960, de Delvau, cinéaste belge sur une catastrophe ferroviaire dans lequel le héros, choqué, égaré, errant le long des voies, dans un champ, rencontre dans un estaminet belge proche, le même genre de séductrice fatale, fourreau noir, yeux de braise et cheveux aile de corbeau, typée Maria Casarès. Et tous deux, dans une musique syncopée, en mineur, assourdissante, de ducasse belge, dansent, dansent, raides comme des marionnettes tirées par des ficelles, gestes heurtés, cassés… Lorsque le héros dans le plan suivant retourne vers le train, il trouve sa compagne morte allongée au milieu des victimes, le long de la voie. La femme fatale, la Mort ! (souvent représentée ainsi dans les œuvres de Breughel et dans l'art flamand).Fatum.
La deuxième relation triangulaire (deuxième nœud) de notre récit est celle de Tatiana Karl mariée à Pierre Beugner médecin. Elle a pour amant Jacques Hold et leurs rendez-vous amoureux se passent dans le même Hôtel des Bois de S. Tahla, ville natale de Lol, qui y est revenue, vivre, dix ans après, dans la maison parentale, mariée à Jean Bedford, dont elle a eu trois enfants. Lol qui a observé, jour après jour, dans la rue, en le suivant, (toujours le thème du voyeurisme), le manège séducteur de Jacques Hold renoue contact avec Tatiana Karl afin de mieux guetter, couchée dans un champ de seigle, invisible, la fenêtre de la chambre des deux amants qui y apparaissent, nus, parfois : scène érotique ! C'est alors qu'elle va unir toutes ses forces mentales dans le rapt, le ravissement de Jacques Hold : elle répète l'événement qui l'a tant fait souffrir et basculer de l'autre côté du miroir.
La troisième relation triangulaire (troisième nœud) est la relation amoureuse légère de Jacques Hold, qui, l'âme, la psyché, ravie par Lol, (est-ce une relation mystique ?) se détourne momentanément de Tatiana et dans le wagon vide du train, parvient, en caressant le visage de Lol « au corps chaud et bâillonné de sa main,(il) s'y enfonce, heure creuse pour Lol, heure éblouissante pour son oubli, s'y greffe » jusqu'à la petite mort de Lol. A partir de cet épisode, Lol, va de plus en plus basculer dans la vacuité, l'absence (phrases interrompues, insensées, regards vides qui ont commencé deux jours auparavant, lors d'un dîner qu'elle a donné avec son mari jusqu'à LA crise. Pour Lacan, ce ravissement de Lol est le ravissement subjectif.
Il vous faut découvrir ce récit qui n'a peut-être pas plu au genre masculin malgré l'érotisme diffus, le genre féminin serait-il plus sensible aux aléas des situations décrites avec une poésie, une précision ou une imprécision infinies ?
Il faut noter aussi la relation diffuse, presque charnelle qui unit Lol à Tatiana depuis leur passage au lycée, la chevelure noire, luxuriante, qui ravit encore et toujours Lol, leurs étreintes amicales, vraiment ? leurs baisers, innocents ? La sensualité de Marguerite Duras est sous-jacente. Le lecteur peut penser qu'il s'agit ici de désir non accompli ! Lol qui a élevé trois petites filles est détachée, peu ou pas maternelle : rien de visible à ce niveau.
En ce qui concerne la composition du livre, Le narrateur (l'auteure) omniprésent décrit au présent, parfois à l'imparfait jusqu'à la page 75 où Jacques Hold, l'amant, médecin à l'hôpital dans le service de Pierre Beugner, le relaye au passé simple en discours narrativisé (psycho-récit) au présent. La difficulté de lecture vient que l'on passe du narrateur auteure au narrateur Hold qui s'interroge, étudie comme un analyste le comportement de plus en plus étrange de Lol.
Lacan dit, toujours dans l'étude citée précédemment, qu' « un sujet est terme de science, comme parfaitement calculable , et le rappel de son statut devrait mettre un terme à ce qu'il faut bien désigner par son nom : la goujaterie, disons le pédantisme d'une certaine psychanalyse ». J'ai pensé, avec Pierre Beugner qui parle de Lol, après la soirée où Tatiana voit Lol ravir peu à peu Jacques Hold, que ce dernier surveille le retour de la maladie de Lol comme un clinicien : « cette absence de Lol à table, comme c'était impressionnant et c'est sans doute çà qui intéresse Jacques Hold ». D'ailleurs, Hold retrouve le lendemain Tatiana. Beugner qui accepte les amants de sa jalouse épouse Tatiana, « console celle-ci et la presse dans ses bras, pour empêcher la souffrance encore débutante de prendre corps » . Tant d'amour de Pierre pour Tatiana cela se rencontre ?.. oui, c'est rare, à encadrer. LOL, LOL, LOL, LOL, LOL……..
Monique BECOUR

"Le journal" d'Eugène DELACROIX le 16 février 2008









Notes de lecture tirées de "L'intemporel" d'André MALRAUX par Michel BOUDIN
Filiation: "Titien, qui eût reconnu en Delacroix un fils, n'eût pas compris la nature de la vénération que Baudelaire lui porte".
Art moderne: "Ce génie (il s'agit de Goya) que nous tendons à rapprocher de nous, parce qu'il prophétise l'art moderne, dont il n'est séparé, comme Delacroix, que par la primauté du spectacle".
Couleur: "Baudelaire devine sous le peintre à grand spectacle qu'est Delacroix, le génie souterrain en qui Cézanne reconnaitra la palette la plus éblouissante d'Europe".
Esquisse et art moderne: "Pour Delacroix, pour tous ses contemporains, la grande peinture commençait à L'Adoration des Mages deLéonard de Vinci, la plus célèbre des oeuvres inachevées".
"Les esquisses de Delacroix, si marquées qu'elles soient par leur époque, semblent annoncer l'art moderne, lorsque le peintre, en même temps qu'il renonce au spectateur, renonce à la profondeur".
Un art commun: "On ne découvre pas encore que devant l'Olympia de Manet, Ingres, Corot, Delacroix et Courbet appartiennt au même art".
Création et représentation: "Ce qui suit unit serètement Delacroix à Ingres, ce par quoi un tableau est création et non représentation, paraît plus manifestement devant la photographie que devant la vie même ou l'imagination".
Originalité de Delacroix: "Delacroix n'imitait pas une représentation antérieure, celle des Vénitiens et de Rubens, il leur succédait dans une même conquête".
Delacroix et son temps: "Delacroix est plus lié à son temps parce qu'il est celui de son musée imaginaire, que parce qu'il est celui des premiers chemins de fer".



Rencontre autour d'Albert CAMUS le 27 novembre 2007


En huit ans d'existence, notre café littéraire a mis quatre fois Sartre à son programme et il a fallu attendre aujourd'hui pour que nous abordions enfin Camus. Peut-être est-ce pour cela que la salle de la brasserie Beau Rivage était archi-comble ce dimanche 27 novembre, où nous étions venus parler d'Albert Camus en présence de Jean-François Mattéi, professeur de philosophie à l'Université de Provence et spécialiste de Camus. Le débat très libre, parfois désordonné mais toujours passionnant grâce aux interventions du professeur Mattéi, a permis d'évoquer quelques-uns des principaux aspects de Camus et de son œuvre.

D'abord quelques éléments biographiques. On a évoqué son enfance algérienne, son caractère rieur, son amour du foot-ball, de la mer, du soleil et des filles, du souffle de sa vie qui transparait nettement dans son œuvre. C'est un méditerranéen qui acquiesce au monde, qui a une présence physique et charnelle même dans sa philosophie, ses engagements, au parti communiste algérien qu'il quitte rapidement, au côté des républicains espagnols, dans la résistance et dans la guerre d'Algérie. Le fil rouge de ses engagements fut son choix permanent de la dignité de l'homme. C'est un spontané qui réagit affectivement, contrairement à la sécheresse intellectuelle de Sartre.

Puis la grande question justement, est-ce un philosophe ? Cette qualité lui a été longtemps refusée par les universitaires et les intellectuels patentés, lui qui ne fréquentait guère les institutions officielles et officieuses du milieu littéraire parisien. Encore il y a 20 ans, un rédacteur en chef d' un magazine littéraire, Jean-Jacques Brochier, pouvait publier un pamphlet intitulé « Albert Camus, un philosophe pour classes terminales » , lui déniant ainsi la qualité de penseur. Effectivement, Camus après avoir écrit sa thèse de doctorat sur Saint-Augustin et Plotin, n'est pas entré dans le sérail universitaire. Il n'a jamais fait d'historiographie de la philosophie.

Il a élaboré sa pensée comme l'ont fait tous les grands philosophes, de Descartes à Nietzsche en passant par Kant, qui ne se sont guère intéressés à l'œuvre de leurs devanciers lorsqu'ils ont produit leur travail. C'est Hegel qui a été le premier à faire l'historiographie de la philosophie.

De plus, beaucoup d'œuvres de Camus ont connu un grand succès populaire, comme l'Etranger qui est le roman le plus vendu dans le monde et dans toutes les langues. Or les universitaires n'aiment pas beaucoup les intellectuels qui rencontrent le succès auprès du grand public. Il ne peut s'agir d'un travail sérieux. A propos de l'Etranger, Jean-François Mattéi nous a appris que le héros s'appelait initialement Mersol, mer et soleil, ce qui lui parut trop évident, et qu'il transforma en Meursault.

Petite parenthèse « people » : les relations entre Camus, Sartre et Simone de Beauvoir, qui aurait tenté en vain de séduire Camus et qui fit ensuite tout pour le brouiller avec Sartre dont il avait été proche pendant quelques années et qui, peu après sa mort accidentelle, en parla comme « d'un petit mac pied-noir ».

Dans l'immensité de l'œuvre de Camus, trois concepts ont été évoqués : l'absurde, bien sûr, le suicide, Dieu et le péché originel.

L'association Camus = absurde est un raccourci fallacieux inventé par les média qui aiment cataloguer les auteurs. En fait c'est une notion qu'il a vite abandonné. Camus n'a jamais admis l'absurdité du monde. Pour lui le problème, c'est que le monde a un sens mais qu'on ne pourra jamais le découvrir.

Le suicide est le seul problème philosophique d'après Camus. En fait, se suicider c'est ne pas pouvoir donner un sens à l'existence. La philosophie n'apporte pas de sens, ce que Cioran exprimait en disant que la connaissance ne sert à rien pour se sauver (« de l'inconvénient d'être né). Le créateur qui a cherché à donner un sens à son œuvre , peut aussi se suicider comme Kafka qui trouvait qu'il n'avait pas créé une oeuvre et qui avait demandé qu'on la brûle après sa mort.

L'athéisme de Camus ne l'empêche pas de dire : « quand j'entend Bach, je comprend qu'on puisse croire en Dieu ». Tout le monde est coupable, depuis que Saint-Augustin inventa le péché originel, coupable ne serait-ce que d'exister. Ce qu'Hegel a repris en disant que seule la pierre est innocente, même le végétal est coupable, car vivant souvent au détriment de son environnement.

Antoine VIQUESNEL


SARTRE et CAMUS encore et toujours

Après la lumineuse présentation de Camus dont le professeur Jean-François MATTEI a régalé les lecteurs de DireLire, je ne résiste pas au plaisir de faire partager l'opinion de Bernard-Henri LEVY qui reprend dans "Le Siècle de Sartre" l'éternelle opposition Sartre/Camus. Il explique que l'opposition fonctionne terme à terme:

Sentiment sartrien du non, sentiment camusien du oui;

le non à la nature de l'un, le oui à la terre de l'autre;

les illuminations noires du premier, les enchantements cosmiques du second;

les descriptions horrifiées d'un monde auquel on sent bien, d'un côté qu'on ne s'accordera jamais tout à fait, la phobie des objets, le dégoût de la chair, une expectoration lancinante et continue de toutes choses, une allergie au monde et à ses proliférations obscènes

les extases quasi mystiques de l'autre côté, l'indicible beauté des paysages d'Algérie, le dialogue de la pierre et de la chair à la mesure du soleil et des saisons, les fruits gorgés de suc, la terre et ses nourritures, l'éternité et la beauté du cosmos, les cyprès au lieu des marronniers, la nuit chargée de signes et d'étoiles, l'athlète algéro-grec contre la nausée roquentinienne, les corps ivres de soleil, le mystère sacré de la chair, ses parfums, ses couleurs, ses noces avec l'esprit, le sec contre le visqueux, la chair glorieuse contre le corps en trop et son irrésistible laideur, le Gide épicurien contre le Gide politique sartrien, les "énormes kakis dorés dont la chair éclatée laissait passer un sirop épais"

Comment jusque-là ne pas donner raison à Camus?

Et pourtant, après les réflexes, les concepts.

"Qu'est-ce qu'une éthique, poursuit BHL, qui plaide la soumission de l'homme à la nature ? Depuis quand les valeurs sont-elles enracinées dans les désirs, et les désirs dans l'ordre du monde? Une morale qui parle de bonheur plus que de justice est-elle encore une morale et une politique qui se contenterait d'adorer le monde, donc de le contempler, d'y consentir, de le bénir, serait-elle encore une politique?

On peut en effet préférer la philosophie sartrienne de la contingence aux "orgies cosmiques" ou "aux murmures bénisseurs de l'Eté".

Le débat continue.

Michel BOUDIN

"Pedro Paramo" de Juan RULFO le 16 décembre 2007



Le billet à Claudine de Michel BOUDIN

Quiconque a beaucoup lu, comme toi, jolie cousine, et beaucoup retenu, sait que le Mexique entretient avec la mort de bien singulières relations, tout au moins à nos yeux d'occidentaux.
Il nous est en effet difficile d'imaginer un tel degré de familiarité avec la Grande Faucheuse que nous préférons faire semblant d'oublier ou dont nous masquons la réalité sous des accoutrements peu crédibles.
J'ai toujours en mémoire, Claudine, cette réplique d'une mère mexicaine à son jeune fils, lequel se plaignait de ne savoir quoi faire: "Assieds-toi et attends la mort."
De quoi vous faire froid dans le dos!
Qu'en est-il alors de ce livre de Juan RULFO "Pedro Paramo" qui fit le régal des lecteurs de DIRELIRE? A travers un univers qui s'apparente au réalisme fantastique de Gabriel Garcia MARQUEZ, ce thème de la mort a retenu longuement l'attention de tous. On savait déjà depuis Auguste Comte que "l'humanité est faite de plus de morts que de vivants" mais on ne savait pas avant Juan RULFO que son village imaginaire pouvait présenter ce même caractère. Et d'abord qui est mort et qui ne l'est pas au pays de RULFO? Le narrateur lui-même est-il vivant? C'est à n'y rien comprendre, gracieuse cousine, et c'est très bien comme çà. Avec tous ces morts on finit par se demander qui a bien pu écrire ce livre!
Ouvre vite, Claudine, "Pedro Paramo". Tu ne le regretteras pas et tu remercieras pour son bon conseil ton cousin

FLORENTIN
En considérant ce livre comme une suite de petits poèmes, on en arrive au bout. Si on désire le lire comme un roman, une histoire, il n'a aucun contact avec le réel, il est absolument flou, on voyage dans une nébuleuse délirante, et même en oubliant l'appétence des Mexicains à côtoyer mort et fan tômes, j'ai été étonné que personne n'ait songé à cette interrogation; est-ce le récit d'une folie?
Maryvonne NICCOLAI
Ce livre qui nous a réunis, le l6 Décembre, fût présenté et éclairé magistralement par Christiane, Isabelle et Patricia (professeur de cinéma et d’espagnol à Marseille), toutes trois hispanisantes dont deux intervenantes, latino-américaines. Le livre, traduit en français dès l959 par Roger Lescot, paru dans «La Croix du Sud » dirigé par Roger Caillois, et considéré comme l’un des ouvrages fondamentaux de cette seconde moitié du XXème siècle, en Amérique latine, passa pourtant inaperçu ou presque. Il est étudié par de nombreuses universités dans le monde entier.
Photographies de Juan Rulfo
Juan RULFO naît en l9l7, au Mexique. Il a six ans lorsque son père est assassiné, durant la Révolution, 9 ans lorsque sa mère meurt. Ce sont les faits fondateurs de son écriture. Il est donc élevé par une grand mère, et très marqué par l’Histoire de son pays.
Le récit n’est pas du tout linéaire : il veut, en partant de la conscience, donner une vision éclatée du monde paysan mexicain (cinquante deux fragments environ séparés par des blancs avec des feed-back, des flashes, des sauts, des fondus enchaînés comme des plans de film en technique de cinéma : il fut photographe), d’où une approche de lecture hachée et difficile, car sans polices de caractères typographiques différents, tout est au présent de l’indicatif.
Dona Doloritas, la mère du jeune Juan Preciado, mourante, lui a fait promettre d’aller à Comala retrouver son père, un certain Pedro Paramo. « L’oubli dans lequel, il nous a laissé mon fils, fais le lui payer cher ! ». Il arrive dans la région de Comala (près de la ville de Sayula dans l’état de Jalisco – précisé par Christiane,) état où vécut la famille de Juan Rulfo au Nord de Mexico. Cette dernière s’est appuyée sur la thèse de Marie-Agnès Paleisi - Robert « Jean Rulfo, l’Incertain ».
Sur la route, Juan Preciado rencontre un muletier Abundio, qui lui dit « être le fils de Pedro Paramo,» propriétaire d’un territoire immense tout autour d’eux « la demi –lune », et, dit-il, « pourtant nos mères ont accouché tant bien quel mal sur une natte, tous fils de Pedro Paramo que nous sommes » ! D’en–avants ponctuels et de retours en début du livre sont décrits la vie d’ Abundio, son acte criminel.
Juan arrive dans le village mort où Eduwiges Dyada le reçoit (deuxième petite rencontre que l’on croit réelle) en lui disant qu’elle l’attendait car Dolorès l’avait prévenue « aujourd’hui, d’une voix faible, car elle est morte depuis sept jours, qu’il arriverait ce jour là ! » A partir de cet instant, tout bascule dans l’irrationnel.
Le livre est ainsi construit, le lecteur passe, de Juan vivant (le réel) aux fantômes des morts (pas zombies du tout), qui lui parlent, l‘entourent, le soignent. Ce n’est pas un rêve éveillé car des indices, des objets, des petits faits vrais sont semés çà et là : (le mulet d’Abundio, la tasse de café à son réveil, le quinquet posé près de lui, le lit en bambou, les vêtements de la jeune femme posés sur la chaise). Le lecteur s’engage, mal à l’aise dans l’irrationnel avec des tendances à revenir sur quelques pages s’il est cartésien. A-t-on mal lu ? mal compris ? et puis on continue, on ne recule plus, embarqué, avec des noms, des rumeurs, des voix de personnages qui passent, repassent. Sont-ils réels ? Vivants ? Les échos de dialogues murmurés, dans les maisons ou depuis d’anciennes tombes, les plaintes d’un ancien pendu dans la pièce où Juan s’est endormi sur le sol, du couple incestueux dans le galetas au-dessus de sa tête…mais lorsque Juan s’éveille, il voit le ciel à travers la toiture ! Le lecteur retombe dans la réalité immédiate. Je ne dévoile pas la suite du passage, lisez ce livre !
Du passé émergent des histoires, celle d’un autre fils illégitime de Pedro Paramo, Miguel Paramo, coureur, buveur, « tous les vices à dix-sept ans » qui tue un mari qui le gêne, viole sa fille Ana, la nièce du Père Renteria qui n’arrive plus à pardonner ni à bénir les fidèles. Miguel, son cheval l’a désarçonné, ne retrouve plus la route de Comala, dans la brume épaisse. Dona Eduwiges lui dit, de sa fenêtre, « tu dois être mort » et les paysans qui se rendent à l’enterrement, « obligés par leur patron d’être tous en souliers comme le dimanche, craignent les cors aux pieds», discutent entre eux, car Miguel a été vu, frappant à la fenêtre, tandis que son cheval fou court toujours. L’un d’eux : « vous croyez que Don Pedro avec le caractère qu’il a, permettrait que son fils continue à trousser les filles ? Laisse-nous çà à nous autres… S’il l’apercevait dans le coin, il le renverrait au cimetière » !…
Autre histoire, celle de l’amour inconditionnel de Pedro Paramo, le cacique pour la belle Susana San Juan, son épouse. Nuit après nuit, il la regarde, agonisante, rêvant, silencieusement (toujours temps présent formel) à son mari ou son amant d’antan, le beau Florencio : un 8 Décembre (petit fait vrai, actuel, croyons nous) toutes les cloches des villages alentour carillonnent pour l’enterrement, dans un climat de kermesse. Ces types de personnages de fête ! ici, sont (cf. Nathalie Sarraute) des porteurs d’état que nous retrouvons en nous-mêmes : ils m’on fait surgir un souvenir d’Oaxaca (Mexique) où dans la grande rue en pente, descendait une procession de musiciens en vert avec tambours et flûtes et enfants de blanc vêtus portant les bannières. Filmant, je m’aperçus que c’était un enterrement !… Rulfo serait-il, parallèlement, un précurseur du «Nouveau Roman» de Sarraute !
Des rebelles armés auxquels s’est joint le Père Renteria, arrivent au cri de guerre de « Cristo Rey ». « Ils marchent pour Carranza et le Général Obregon ». Qui sont-ils ? Voici la seule amorce historique légèrement effleurée. Nos amies nous ont situé le contexte dans l’Histoire, et une chronologie, qui m’ont manquées personnellement à la lecture du livre.
Un peu d’Histoire du Mexique : en l855, les libéraux, sous la direction de Benito Juarez entreprennent la Réforme. Une nouvelle constitution fédérale est votée : s’ensuit une « guerre de trois ans » (l856-l861).
Juarez confisque les biens de l’Eglise et suspend le paiement, pour deux ans, des intérêts de la dette extérieure. Napoléon III rejette les offres de Juarez (guerre du Mexique l862-l863). L’archiduc Maximilien d’Autriche, devenu empereur du Mexique, ne tient qu’avec l’appui des troupes françaises, il est pris et fusillé à Queretaro en l867, par les troupes de Juarez.
(Susana, l‘épouse de Pedro Paramo serait née, vers l865, elle est partie de Comala vers l880, s’est mariée peut-être avec Florencio, et n’est revenue seule que vers l910 à Comala.)
A Juarez, succède Lerdo de Tejada (1872-1876) qui relance une politique anti-cléricale suivie de soulèvements paysans. Renversé par Porfirio Diaz en l876, ce dernier instaure « la Pax Porfiriana, » jusqu’en 1910, régime de pouvoir personnel, de compromis avec les divers groupes sociaux. Il accorde la non-application des lois anticléricales et aux « caudillos » libéraux la possibilité de s’enrichir. Suit une grande expansion industrielle, économique, administrative et assainissement des finances jusqu’en 1911. Mais dès le début du siècle, surgissent de nouvelles tensions sociales dans les campagnes, l’expansion de la grande propriété foncière (exemple la "demi-lune" de Pedro Paramo), au détriment des paysans ; le prolétariat urbain qui se développe n’a pas accès aux postes politiques et s’agite également.
Porfirio Diaz vieilli, surgit alors Francisco Madero (du mouvement démocratique) qui appelle à l’insurrection (l9l0) au Nord avec Pancho Villa et Orozco et, au Sud avec Emiliano Zapata ; ils prennent la tête du soulèvement paysan et fixent les buts agraires. Diaz tombé en 1911, Madero devient Président, puis meurt dans un coup d’état du Général La Huerta, dictateur (1913).
La guerre civile s’ensuit et les troupes de Carranza, commandées par le Général Obregon – ( nous retrouvons ici les rebelles de notre récit marchant sur Comala), - défont celles de Pancho Villa. Zapata est assassiné en 1919. Caranza propose une réforme agraire qui restitue les terres accaparées par une Constitution socialisante (mais la propriété éminente de la nation sur le sous-sol n’est pas appliquée). Le pouvoir appartient au militaires qui assassinent Carranza en 1920. Lui succède le Président Obregon (1920-1924) qui ramène la Paix, redistribue la terre mais une nouvelle fois, soulèvement militaire, du Général La Huerta : Guerre civile (1923-1924), remportée par Calles (1924-1928) : à nouveau une politique de reconstruction autoritaire et une campagne anti-religieuse. La hiérarchie catholique répond par la suspension du culte public en 1926, prend les armes car, persécutée, n’a plus de pouvoir, alors que le sentiment religieux est très fort dans le peuple des campagnes qui entre dans l’insurrection aux cris de « Cristo Rey ». La « guerre des « Cristeros » se déroule de 1926 à 1929.
En l926, déroulement de notre récit, de la prise d’armes du Père Renteria, de la mort de Pedro Paramo.
La guerre se termine par un compromis entre l’Eglise et l’Etat. Calles garde la direction du parti national révolutionnaire, tandis que le Président Cardenas (de 1934 à 1940) apaise la querelle avec l’Eglise ; la réforme agraire s’achève avec la distribution de 17 millions d’hectares, l’irrigation des terres, l’amélioration des techniques paysannes regroupées en coopératives. Les compagnies pétrolières étrangères sont expropriées en 1938.
Qu’il soit bien admis que toute cette partie historique n’est pas décrite dans l’œuvre : elle la sous-tend, à peine ébauchée (p.137-138) mais le lecteur peut souhaiter ces précisions, non indispensables pour une lecture poétique de l’œuvre. Rompant avec le roman réaliste, l’auteur veut témoigner, à travers son père et sa famille, de l’histoire de son peuple au Mexique, sous la Révolution en se plaçant du côté et avec les point de vue des opprimés.
Nos présentatrices, de langue maternelle espagnole, nous ont convaincus que la langue poétique originelle du livre (bien rendue par le traducteur) a son génie propre que nous avons apprécié par la lecture croisée d’Isabelle et de Patricia, que l’auteur use beaucoup d’allitérations en espagnol difficiles à rendre en français donc poésie rendue avec un peu moins de force. Carlos Fuentes dit «que cette histoire se situe dans le territoire privilégié du surréalisme : cet espace de l’esprit où, selon André Breton, la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur cessent d’être perçus comme contradictoires ».
Monique BECOUR

"Ay, Paloma" de Rosetta LOY le 11 novembre 2007



Le 11 Novembre, nous rencontrions cette auteure italienne et je l’ai liée à Nathalie Sarraute car, il s’agit d’un roman autobiographique, (paru en 2000) décrivant la préadolescente, de 12 ans Rosetta Loy. Elle est née à Rome en 1931.Après des études de journalisme, elle devient tradutrice : « La Princesse de Clèves », de Mme de La Fayette, puis d’Elizabeth Badinter (livre sur l’amour maternel), puis d’Eugène Fromentin : « Dominique », qui lui a permis dit-elle « de comprendre les mécanisme de l’écriture, et de réécrire son premier ouvrage « La Bicyclette ».
Le titre « Ay Paloma » est celui d’une chanson italienne, élément musical conducteur dans le roman. Le disque passe, repasse dans le groupe de jeunes gens qui se réunit, le soir dans un petit local. Parmi eux, Ettore, jeune juif, réfugié seul, qui attend quelque argent de ses parents pour se sauver en Suisse. Que deviendra-t-il ? lisez le livre ! Nous sommes en été 1943, (sous l’occupation allemande et la guerre civile entre Italiens), au Val d’Aoste, dans un petit village de villégiature où se sont réfugiées plusieurs familles bourgeoises italiennes, et où ces jeunes jouent au tennis jusqu’au 13 Septembre 1943, jour de l’écroulement du régime fasciste.
Le narrateur (la petite fille) n’est pas omniscient , car elle ne comprend pas les autres et l’avoue. Nous sommes encore dans un langage de signes, de sensations de l’enfant au travers de prismes déformants. L’adolescence est bridée en Italie comme en France à cette époque. Le regard de Rosetta porté sur les jeunes gens du groupe est celui du cœur mais c’est aussi celui de la vraie narratrice sur la petite fille qu’elle fût comme chez Nathalie Sarraute. Donc interaction inconfortable entre les mondes de l’enfance et de l’adulte.
Mme Rosetta Loy a beaucoup insisté sur le témoignage qu’elle a voulu porter sur « les lois d’exception » mesures pour supprimer les juifs italiens, ainsi que dans un autre ouvrage « Madame Della Setta aussi est juive ». Elle croyait dans sa jeunesse que « l’Eglise protégeait les Juifs en Italie et a découvert par ses diverses recherches aux archives de son pays sur l’histoire de la persécution juive en Italie », «que le Vatican cachait la réalité et que les juifs avaient été persécutés » : « 1200 juifs de Rome arrêtés à la gare et déportés, après une rafle dans le ghetto proche du Vatican. « Pie XII, averti (par un juif échappé du ghetto proche), a eu peur, il n’a rien fait » insiste-t-elle à plusieurs reprises, avec force.
Une polémique s’est alors élevée dans notre réunion : une personne éminente, universitaire, a avancé l’idée que Pie XI, avait élaboré une encyclique pour protéger les juifs (date non communiquée) lorsque Pacelli (futur Pie XII) était son secrétaire, que Castel Gondolfo abritait des Juifs, qu’un rabbin (« marron » ou « marrane ») s’était fait baptiser et avait donné une très belle maison au Saint-Siège !…(No comment de ma part !). Il fût dit que « les couvents pouvaient ouvrir leurs portes », mais non « devaient ouvrir leurs portes ». Des participants se sont élevés pour protester devant ces affirmations présentant le Vatican lieu d’accueil et protecteur des Juifs. Je me suis reportée sur les sites de recherche Internet. La controverse existe, mais le doute posé « a maillé la mémoire » ( René Char in « Le requin et la mouette de Feuillet d’Ypnos»).. Il faut se faire son jugement personnel et ne pas oublier les témoignages de Simone Weill ou récemment de Badinter pour le devoir de mémoire. Mme Rosette Loy s’est très noblement exprimée et a insisté, dignement, et « sans aucune culpabilité », ainsi qu’il me fût dit, (dans une autre réunion), une nouvelle fois, sur la démission totale du Saint Siège jusqu’en 1945 où là, effectivement furent accueillis des juifs.
L’assemblée réussit à revenir au débat sur l’écriture et au rôle de la mémoire. Comme James Joyce, comme Proust que Rosetta Loy aime, (ainsi que Nathalie Sarraute), elle parle «de petites choses pour raconter l’Univers ». Pour la composition, nous passons de ces petits faits divers, petites allusions amusantes, à des faits dramatiques, donc multiplicité d’atmosphères qui s’enchaînent. Après avoir décrit (p.33) la petite fille tuée par la chute d’une pierre du plafond de l’abri lui explosant le cœur, elle se souvient (p.34) et le dit, oralement de ces « forteresses volantes qui apportaient une étrange sensation de paix en allant bombarder Milan ou Turin ». Sa parole fait se réveiller, (j’avais involontairement ou volontairement occulté le passage écrit), mes sensations de petite fille, autres que celles de l’écrivain, car de retour vers l’Angleterre, une de ces forteresses volantes effrayantes, touchée, le 3 Août 1944, lâchait un chapelet de bombes sur Lille et provoquait le drame chez cette autre petite fille (9 ans) et le deuil sur les familles de six joueuses et le moniteur d’une équipe de basket ball. Qu’il ne me soit plus dit que c’est différent comme il me le fût dit: c’est tout à fait le but et la motivation de l’écrivain (Nathalie Sarraute comme Rosetta Loy) que de faire se réveiller par la contestation d’une sensation de paix idyllique, l’inconscient et/ou la souffrance chez ses lecteurs car l’écrivain est porteur d’état que l’on retrouve en soi-même.(cf. phrase soulignée dans le texte concernant N. Sarraute). Je crois que l’application est convaincante et permet à tous la meilleure compréhension de Nathalie Sarraute.
Rosetta Loy, parlant des années 5O à 6O a conclu sur « les motivations qui étaient alors très fortes pour reconstruire la démocratie en Italie, mais qu’aujourd’hui, l’égoïsme, seul, domine ainsi qu’on peut le voir sur les marchés de Rome ». Elle se sent à présent optimiste, « dans les terribles épreuves de sa foi, Rosetta n’a jamais perdu le désir de vivre en touchant notre sensibilité et notre conscience ». Pari réussi suivant la conception même du « Nouveau Roman ».

"Morituri" et "Les sirènes de Bagdad" de Yasmina KHADRA le 21 octobre 2007



C'est l'un des auteurs francophones les plus lus et traduits que DireLire recevait ce dimanche. Mohammed Moulessehoul est né en 1955 dans le Sud algérien d'un père militaire, officier de l'ALN et blessé en 1958, qui voulut faire de lui un soldat en l'envoyant dès l'âge de neuf ans dans un lycée militaire, où il fit toutes ses études avant de servir comme officier dans l'armée algérienne pendant 25 ans. Durant la période sombre de la guerre civile algérienne dans les années 80-90, il fut l'un des principaux responsables de la lutte contre l'AIS puis le GIA, en particulier en Oranie.
Il prit sa retraite et vint s'installer en France pour poursuivre la carrière littéraire qu'il avait commencée au début des années 80, en choisissant comme pseudonyme le prénom de sa femme, Yasmina.
Après cette présentation de l'écrivain par Jean Courdouan, Yasmina Khadra nous parla d'abord de la tradition culturelle de sa famille en remontant jusqu'au 15ème siécle où, un Mohammed Moulessehoul fonda la première et peut-être la seule école pluridisciplinaire du monde arabe. Moulehessoul signifie "le seigneur des plaines", il avait tenté de faire vivre en paix les tribus voisines qui s'entre-déchiraient depuis des siècles. Aux 17ème et 18ème des Moulehessoul furent des érudits et des sages, conseillers du sultan de Meknès ou à Tombouctou. Son grand-père, paysan pauvre, était un poète conteur mais qui n'osait plus faire partager son talent à son entourage. Son père rompit cette tradition de lettré en devenant un combattant de l'ALN et en se consacrant ensuite à sa carrière militaire. Il fit don de son fils au pays en l'envoyant au lycée militaire, l'école des cadets.
Lors de ses études, il écrivait en arabe et lisait en français. Assez nul en français, dit-il, c'est un professeur qui remarqua son écriture imaginative et le poussa dans ses lectures : « L'etranger » d'Albert Camus fut pour lui la révélation que l'on pouvait exprimer des situations complexes avec des mots simples. Il serait écrivain. Il est aujourd'hui traduit dans 32 langues. Il raconte cette transformation dans « L'écrivain » qui est une oeuvre complètement autobiographique qui lui permit de sortir de l'anonymat en 2000 et de mettre fin à toutes les suppositions les plus farfelues qui couraient sur l'identité de cette Yasmina Khadra.
Il nous parla ensuite du mauvais accueil qu'il reçut de la part de l'intelligentsia parisienne, qui le considérait comme un sous-marin des services secrets algériens, comme un militaire ayant participé à ces massacres organisés par le pouvoir algérien comme le prétendait une habile propagande des islamistes et de leurs soutiens parisiens, que même des associations comme Amnesty International relayaient abondamment.
Il ne regrette pas son engagement et son action contre le terrorisme islamiste en Algérie. Il a toujours été soutenu par sa femme et il pense que son exclusion littéraire et sa solitude lui ont permis de garder sa liberté.
Claude Simonot rappelle cette citation : « Dieu n'aide pas ses saints, seul le Diable soutient ses suppôts » et fait un parallèle entre le discours de Khadra et celui de certains officiers français ayant servi pendant la guerre d'Algérie.
Il évoque ensuite l'autisme de l'Occident face au terrorisme islamiste : ce ne sont pas des psychopathes, mais des intellectuels que le dépit, la colère ou la frustration dévoient. L'intégrisme a pris naissance dans les universités.
Quelqu'un posa alors cete question : pourquoi n'entend-on pas les pères, les anciens que l'ont dit si respectés dans la tradition musulmane ? Pour lui, ils n'ont pas peur, mais ils n'ont rien à dire, ils sont eux aussi autistes. C'est la jeunesse qui pourrait changer les choses mais dans sa masse elle est plus attirée par l'islamisme que par le rationalisme.
Une journaliste algérienne lui posa le problème de la fuite des cerveaux en Algérie depuis Kateb Yacine : « Nous sommes dehors, en fuite ». Pour Khadra, dans le monde musulman, la théologie a remplacé la littérature, comme le montre une enquête d'El Watan auprès des lycéens qui citent comme écrivains les plus connus uniquement des théologiens.
« En Algérie je ne suis qu'un auteur de best-seller ou bien, un mensonge littéraire fabriqué par la France. »
« Les Algériens sont le peuple le plus doué pour l'autodétestation ».
A la question " Quel est le plus grand ennemi de l'Algérie" Khadra répond : « Les Algériens, eux-mêmes », alors que pour la journaliste algérienne ce sont les islamistes.
On parla peu du style et de l'écriture de Khadra, simple, forte et variée, si variée d'ailleurs qu'une étude présentée à la Sorbonne concluait à l'existence de plusieurs auteurs de ces livres signés Khadra.
Nous espérons donc qu'il viendra nous présenter son prochain ouvrage pour que nous puissions enfin parler littérature et écriture.
Antoine VIQUESNEL
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Le billet d'humeur de Michel BOUDIN à sa cousine Claudine
C'est un billet de grincheux que je t'adresse, aujourd'hui, jolie cousine.
Il est vrai que n'ayant strictement rien lu de Yasmina KHADRA, qui était l'invité de DireLire, je suis assez mal placé pour apprécier son oeuvre! Aussi espérais-je beaucoup de la présence de l'auteur pour entrer au coeur de son écriture.
Or je dois te confesser, Claudine, que l'homme ne m'a que modérément convaincu. Si l'authenticité de ses convictions et la ferveur qui l'anime ne sont pas en cause, la méthode employée pour défendre ses prises de position , m'a laissé songeur.
Comme les médecins de Molière qui expliquaient tout par le poumon, notre auteur se réfugie systématiquement derrière un seul et même argument: l'autisme.
Vous portez sur l'Algérie un jugement qui n'entre pas dans son système de références? C'est de l'autisme européen.
Les cadres de l'armée où il a passé de longues années ne l'apprécient pas à sa juste valeur? C'est de l'autisme militaire.
Le cercle des intellectuels parisiens n'a pas pour lui toute l'estime à laquelle il pense avoir droit? C'est de l'autisme culturel.
Une façon comme une autre de ne jamais avoir tort.
Deux intervenantes le laissèrent pourtant embarrassé. L'une lui demanda de s'expliquer sur sa "fuite". Pourquoi avoir choisi d'être romancier de langue française alors qu'il y a tant à faire "de l'autre côté" . La réponse passant par la rencontre avec "L'étranger" de Camus aurait mérité un plus substantiel développement. L'autre intervenante, manifestemment agacée, lui fit remarquer que ce qu'il considérait comme propre à l'Algérie (infidélité, mépris, trahison...) était monnaie courante de ce côté-ci de la Méditerranée. Elle échappa au renvoi dans les cordes de l'autisme national!
Et les romans de l'auteur dans tout çà? Les témoignages croisés de lecteurs convaincus m'ont laissé penser qu'ils étaient d'excellente tenue et propres à faire avancer "le dialogue des cultures".
Il faut donc lire , studieuse Claudine, les romans de Yasmina Khadra, c'est ce que va d'ailleurs faire ton cousin
FLORENTIN.
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Mon cher Florentin,
Claudine, que je viens de rencontrer m'a fait lire ton dernier Billet. Il est, comme de coutume, bien plaisant. Comme j'aime les ouvrages de Yasmina Khadra (que je ne connais pas personnellement ) j'essaie de rapprocher tes impressions de mes lectures.
Autisme? Tu as dit autisme? N'est-ce pas la chose au monde encore mieux partagée que le bon-sens? Les politiques, les armées, les écrivains ne sont-ils pas tous atteints d'une forme plus ou moins enfermante de cette terrible maladie , et n'est-ce pas une sorte d'outil nécessaire à l'accomplissement de leurs tâches? Quand un autiste rencontre un autre autiste, comme aurait pu nous le chanter Maurice Chevalier... ils n'ont généralement que la violence comme moyen d'expression. Et c'est là que notre Yasmina Khadra essaie, dans l'ouverture que lui autorise sa connaissance de deux cultures, de créer des ponts , de favoriser des compréhensions réciproques. Nous avons la chance qu'il nous offre en français, le moyen de sortir de notre vision univoque, sur les sujets du Moyen-Orient par exemple.
Il n'est pas dupe de sa propre solitude et des risques qu'elle fait courir. A l'un de ses personnages, romancier arabe sans doute trés proche de lui, à qui son interlocuteur dit: “Nous sommes en plein choc des civilisations. Il va te falloir choisir ton camp”, il fait répondre:”Je suis mon propre camp” et “Mon salut vient de cette révélation: je ne veux être ni maître, ni prophète. Je ne suis qu'un romancier qui tente d'apporter un peu de sa générosité à ceux qui veulent bien la recevoir” (“Les sirènes de Bagdad”)
L'homme est sans doute aussi un homme blessé . Blessé l'écrivain qui n'a toujours pas reçu l'accueil “officiel” espéré (même si celui des lecteurs est au rendez-vous), blessé le militaire aux premières lignes de la lutte anti-terroriste pendant huit ans , blessé à vie l'enfant forcé de quitter sa famille et embrigadé contre son gré. Tu pourras lire un beau livre de lui, une part d'autobiographie romancée, “L'imposture des mots” . Juste un extrait. C'est le Commandant Mousselehoul (Khadra militaire) qui interpelle Yasmina Khadra, l'écrivain :
“Rejoins tes phantasmes et restes-y. Tu courtisais la gloire, elle t'ouvre ses bras. Mets-y le paquet et montre-lui l'étendue de tes frustrations. Tu voulais conquérir le monde avec une machine à écrire et une rame de papier. Tu disposes de plus que ça. Mais rappelle-toi ceci, Yasmina. Quelle que soit la générosité de tes éditeurs et les clameursde tes fans, partout où portera ta muse, tu ne seras qu'un gamin de neuf ans que son père a chassé de la maison et que l'amour de tous les hommes n'en saurait consoler. Tôt ou tard il faudra bien que tu t'arrètes pour souffler. Ce jour-là, tu apprendras, à tes dépens, que nulle part tu ne seras l'enfant que tu aurais aimé être. S'il y est question de malédiction, dis-toi qu'elle ne te poursuit pas, elle est en toi.”
Lis aussi “L'écrivain” pour apercevoir de quelle gangue sa “vocation” a dû s'extraire .
Lis enfin ses “polars” algériens qui nous entraînent dans l'univers plus que noir de l'Algérie de la guerre civile des années 80-90 et qui montrent la complexité de la situation d'alors pour un fonctionnaire voyant au quotidien la sauvagerie terroriste , ayant à pratiquer la violence d'Etat dans un monde aux données incertaines ... et assumer , dans le même temps, son besoin irrépressible d'écrire pour exprimer sa vision de cette réalité .
Oui, Florentin, il te reste à découvrir cet univers dur mais jamais sans espoir où un homme, avec ses convictions et ses talents, partage son envie que ce monde soit plus vivable et les hommes plus fraternels.
Je vais de ce pas poursuivre ce débat avec Claudine.
Ton ami,
Jean.
Jean COURDOUAN
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La chronique de Monique BECOUR
Ni autiste, Ni « une dame au grand cœur », (la dédicace reçue de Yasmina Khadra) : mais LUCIDE
Lu durant l'été, sept ouvrages de Yasmina Khadra. Merci pour cette découverte.
La préface signée Marie-Ange Poyet de « MORITURI », mon premier, me confortait dans l'idée que l'écrivain était une « femme algérienne, jusqu'à plus soif ». Je fus un peu déconcertée par l'écriture policière (vocabulaire, situations, etc.) et par ce commissaire Llob, assez sympathique, au demeurant, dans sa quête assidue à la recherche des « tueurs de tout poil » et où l'on voit les fermiers des anciens colons bâtir des empires tout en utilisant « la stratégie de la magouille ». Un ex communiste, (les communistes sont très « liquidés » dans plusieurs oeuvres), Sid Lankabout, devenu Abou Kalybse( c'est voulu) en rivalité avec ce commissaire, beaucoup moins sympathique dans un autre polar « LE DINGUE DU BISTOURI», lorsqu'il appelle sa femme, « ma bête de somme » ! Elle a abandonné pour lui son métier d'enseignante et élève leurs quatre enfants, Ceci explique-t-il cela ? ( Pour un « macho » : oui des deux côtés de la Méditerranée).
A la lecture de « L'ECRIVAIN », autobiographie, l'auteure se transformait en Mohammed Moulessehoul, identité retrouvée, «entachée » dans son pays, dit-il oralement par un pseudonyme féminin.(je serre les dents). Il fût élevé dans une famille de sept enfants, le père militaire avait voué le garçon à la dure école de cadets et à la « Carrière ». La mère tant aimée de Mohammed, bien vite lâchée pour une jeune femme, - mère non royale tombée dans la misère noire. avec ses sept mômes.- (Idem, toujours des deux côtés de la Méditerranée). Le style me plaisait mieux, lectures du petit en français de Camus et autres Dumas , il se met à écrire de très bons textes dans notre langue, dès l'âge de quatorze ans ; il est, de plus, distingué par son professeur de français. (possible de notre côté). Khadra commence à y dénoncer « l'Algérie de l'intégrisme islamique et des massacres ». Ses prises de position sont très courageuses car, nous a-t- il dit, avoir été pris, à un moment pour un « sous marin de l'armée algérienne ». critiqué, mis à l'index mais traduit dans 32 pays, tout de même !
Suivent « LES HIRONDELLES DE KABOUL », le premier volume de la trilogie « qui oppose l'Orient et l'Occident ». Enfin ! mon « côté féministe » se réveille. Atiq un courageux moudjahid, reconverti en geôlier, veut sauver Zunaira, avocate, « plus belle que le ciel », qui tue son mari car elle ne le supporte plus, (radical chez nous également). Elle est désormais condamnée à l'obscurité grillagée du tchadri. Atiq va lui substituer Mussarat, sa propre épouse, malade, en fin de vie, pour la séance de lapidation publique ! (c'est trop!). Zunaira, une femme libérée ? Va-t-il la récupérer ? Quid de la fin ? Lisez le livre, Une clef :c'est celui que j'ai préféré.
Il se confirme que « Les cerfs-volants de Kaboul » se sont définitivement envolés et les hirondelles sont loin d'être de retour.
Le style de « COUSINE K », s'est affiné psychologiquement. Un garçonnet adore sa mère, qui lui préfère son frère aîné. Le mal aimé va développer une névrose jusqu'à l'assassinat de sa cousine K. Mr Khadra, nous précise oralement que c'est l'expression du rapport entre la pudeur et la psychopathie. (dans les 32 pays également). Questionné sur la relation entre son propre frère cadet et lui-même, il me fût répondu que la fin du livre n'est pas autobiographique.(Je m'en doutais : il ne serait pas là ! L'autisme serait-il des deux côtés ?) »
« LES SIRENES DE BAGDAD », met en lumière le thème du jeune homme, désabusé, venu de son bled (thème utilisé dans plusieurs volumes), « qui a perdu son honneur, » à la vue des organes génitaux de son père âgé, handicapé, réveillé, dénudé, molesté violemment par les soldats américains à la recherche de terroristes éventuels dans le village. Fuite, «Road movie ». Sa sœur, égoïste mais non autiste, chirurgien à l'hôpital, de Bagdad, le rejette, car « elle vit librement avec quelqu'un». (L' avenir de l'ancien étudiant eût été changé si elle l'avait recruté comme aide-soignant pour les soins de toilette aux hommes hospitalisés !..Je suis pragmatique, isn't ). Il va être choisi par le groupe de terroristes qui le recueille pour être le vecteur d'une guerre bactériologique. A la question posée par mon voisin :« Est-ce actuellement du domaine du possible? » Le militaire retraité répond «affirmatif » …
Je complète l'information : il me semble qu'il y a deux ans, nous étions en France, après les hépatites C, D, E, F à l'hépatite G, et qu'alors aucun vaccin ni sérum ne pouvaient contrecarrer l'évolution fatale de la mutante G. .Qu'en est-il ? et qu'en est-il du virus Ebola ?
La littérature s'est perdue dans les hautes sphères généralistes algériennes, mondialistes et l'autisme est mis en cause de toutes les façons possibles : féminin, patriarcal, national, international, intellectualisme des chapelles parisiennes ! Cependant, j'eus souhaité placer deux thèmes importants concernant l'Irak, le grand délaissé de la réunion. (d'accord avec Julien).
Alors que Mr Khadra nous avait dit avoir collaboré « au New Yorker », et qu'il décrit «des héros jetés dans des cages aux folles où des poufiasses en treillis leur tirent les oreilles et les testicules, se faisant photographier pour la postérité » (p.91 in « les sirènes de Bagdad ») j'eus souhaité débattre de l'article paru dans « Le Monde des livres » du 12 Octobre 2007, article signé Lila AZAM ZANGANEH. Elle reprend un article du « New Yorker », signé Philip GOUREVITCH où la soldate Sabrina Harman, d'Abou Ghraib « annonce son intention d'utiliser ses photos afin de mettre à nu les pratiques de l'armée américaine ».
« Pour la première fois dans l'histoire, » conclut Philip Gourevitch, « les photographes des clichés les plus symboliques d'un événement étaient eux-mêmes acteurs des événements photographiés. Ils ont volontairement posé dans ces clichés, et ces clichés sont devenus le « crime »…. « S'agissait-il d'un petit soldat pervers ou bien se jouait-il là quelques chose de beaucoup plus grave ? » Fin de citation. (Les paris sont ouverts !).
Le deuxième thème international que je n'ai pu soulever concernait « l'homophobie qui s'épanouit dans l'Irak en guerre » article in Le Monde du 5 Octobre 2OO7. En effet, dans le même ouvrage de Mr Khadra « Omar le soûlard est devenu Omar le Sodomite surpris avec Hamy, nus » (p.248-249). Ils sont tous deux abattus par Yacine et Hassan, terroristes, à l'arme blanche. Oserais-je citer M. KHADRA et l'humour de son « Faïrouz, Passe-moi la flûte » (p.96) qui côtoie l'horreur.
« Où sont donc passés les oiseaux d'Ababill qui réduisirent en pâture les armadas ennemies de naguère fonçant sur les terres bénies, à dos d'éléphant ? ». Je complète l'information : ces derniers s'agenouillant devant la pierre noire (météorite sans doute) d'Aqaba au VIIème siècle seront à l'origine du pèlerinage.
La réponse est, peut-être, chez le jeune acteur Nafa Walid in «A QUOI REVENT LES LOUPS », dans son premier assassinat gratuit de l'ancien professeur de maths, REVERE mais communiste (p.193) Walid, est de nouveau infidèle, envers le metteur en scène qui lui avait fait tourner son premier film. Le reniement a lieu après le troisième déni à la question posée par la cruelle Hind « au rictus bestial » (avant le troisième chant du coq !). Le cinéaste Rachid Derrag (p.194) préparait un documentaire sur l'intégrisme européen.
Si je suis longue dans ma revue littéraire qui ne fût pas faite lors de la réunion, quittez là.
Dans toute l'œuvre soigneusement lue, les deux femmes les plus courageuses sont in « A quoi rêvent les loups ? » la mère qui soutient sa fille Hanane Ghalem, jeune femme évoluée, au poste solide de cadre, qui veut se rendre à une manifestation de « l'association des femmes ». (Idem, de ce côté ci de la Méditerranée selon une jeune femme d'origine algérienne qui s'est exprimée mais également dans le Pacifique, pour le développement des femmes océaniennes) . Notre héroïne rattrapée par son frère Nabil est égorgée. C'est l'ouvrage le plus cruel.
Dernier livre, cette fois, à Tel Aviv, « L'ATTENTAT, » cible le véhicule du Cheik, en miettes, pulvérisé, près de l'hôpital où le Dr Amine Jaafari, chirurgien, naturalisé, officie, ramasse les blessés, les tués. Le style, magnifique, s'affine, se poétise ; la psychologie parfaitement mise en œuvre. La kamikaze, à son insu, est son épouse (bombe cachée sous robe de femme enceinte). La quête du soignant, devenu « persona non grata », mis à l'écart, persécuté, soupçonné par les Israëlites est poignante.
La conclusion : « Il te restera toujours tes rêves pour réinventer le monde que l'on t'a confisqué ». Je le souhaite de tout cœur à Mohammed Moulessehoul.
Monique BECOUR