
Jean COURDOUAN
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"L'oeuvre de René GIRARD gravite autour d'une idée obsessionnelle; elle constitue un système clos dont le statut est celui de la révélation prophétique. Impossible d'attaquer de l'extérieur cette forteresse"( "Le Monde des Livres" 25 Juin 1982).
Cet article est paru sous le titre "L'Évangile selon Saint Girard" à l'occasion de la sortie du "Bouc émissaire". Quand, ce lundi 7 Février dans notre café littéraire de DireLire, à lafin de la séance consacrée à l'oeuvre de René GIRARD "Mensonge romantique et vérité romanesque", ayant cherché en vain à distinguer la vérité du mensonge, nous avons déclaré forfait, nous étions néammoins persuadés que, pour l'auteur, la vérité ne faisait pas l'ombre d'un doute, et qu'il la détenait.
La critique du"Bouc émissaire" par un ethnologue de métier, tombée par hasard entre mes mains, vint me réconforter. J'espère qu'il réconfortera aussi nos amis qui ont assisté à la rencontre.
Quant aux autres, je leur conseille, avant de se mettre à essayer de déceler le mensonge romantique dans la vérité romanesque,de relire attentivement Don Quichotte, La Princesse de Clèves, Le Rouge et le Noir, Madame Bovary, A la Recherche du Temps Perdu, Les Possédés ou Démons de Dostoïevsky, entre autres... Partout y apparait le "Désir Triangulaire", métaphysique de surcroît, passant par un "Médiateur externe ou interne appelé"l'Autre" ce qui n'est pas sans rappeler le référent des structuralistes et le "Grand Autre" de Jacques Lacan.
Existe aussi une "médiation double" qui ne simplifie rien. Le dernier chapitre s'intitule "la Conclusion". La conclusion de René GIRARD nous révèle que : "Toutes les conclusions romanesques sont des conversions. Personne ne peut en douter." Personne ne peut douter du travail colossal mis en oeuvre dans la réalisation de l'entreprise.
Annie ROUZOUL
Sur "L'Origine" - simple indication de Thomas BERNHARD
Y a-t-il un rapport avec "L'Origine du monde" de Gustave Courbet? Première réaction: aucun. A la réflexion: peut-être. En formulant l'hypothèse d'un rapprochement éventuel je soulève un tollé général.
De quelle origine s'agit-il? Celle du narateur qui allie savamment le je et le il. Mais ne dirait-on pas alors "les origines"? Y a-t-il parenté entre les origines de Thomas Bernhard et celles du narrateur? Certes oui. Est-ce une autobiographie? Un témoignage: simple indication.
On a peine à accorder le sous-titre à la véhémence du verbe qui se déploie, percute, se répercute comme l'écho d'une volée de pierres lancée dans un gouffre. Que ne sommes-nous de langue allemende pour goûter pleinement la puissance de la parole proférée en amples périodes.
Nous avons appris à l'école française qu'il fallait éviter les répétitions, bien connaître l'emploi des points et des virgules. D'où notre désarroi à la première lecture.
Les imprécations envers la charmante ville natale de Mozart où se tient chaque été le festival qui fait rêver plus d'un, nous frappent d'étonnement. Est mieux comprise la haine à l'encontre de Gunkranz, incarnation du système national-socialiste entre les quatre murs d'un internat de garçons en 43-44, titre de la première partie de l'oeuvre.
La deuxième s'appelle "Oncle Franz qui ne sait pas dire non". (1) Renversement de situation? Si l'on veut. Sur les décombres qu'a laissés le Troisième Reich se dresse dans les murs mêmes du sinistre collège, un établissement d'éducation aux valeurs de la Sainte Eglise catholique, apostolique et romaine. Le gentil oncle Franz, dans sa mansuétude, a laissé tout pouvoir au Préfet des Etudes...
Anathème. Anathème sur l'éducation telle qu'elle est conçue depuis l'origine, entendue par l'auteur dans la langue allemande comme cause première de ce qui est.(2)
Alors? Ni Dieu ni Maître? Le grand'père anarchiste croyait en l'hommre libre. Et aussi aux vertus souveraines de l'enseignement des belles lettres et des arts libéraux qui ne pouvait être prodigué que dans les plus grands collèges réservés à une élite fortunée...
Annie ROUZOUL

"Ennui,manque d'intérêt, déception" ont été les premières réactions. Thèmes de l'insatisfaction, de la grisaille de vies sans éclat, sans "épiphanies", qui nous tendent un miroir, dans lesquelles nous ne voulons pas nous reconnaître. En effet, ironise Claude Simonot, l'existence de ces "gens" est si morne à côté de la nôtre qui est, pour chacun d'entre nous, si originale, si riche, si pleine d'imprévus à chaque instant....(sourires gênés).
Nous avons eu la chance d'avoir parmi nous une auditrice de langue anglaise qui se récria, elle aussi, contre ces critiques négatives. Elle sut nous donner quelques précisions concernant les différentes positions des églises anglicanes et mit l'accent sur l'exceptionnelle qualité du langage inventif de Joyce, en quête du mot juste, citant quelques uns de ses disciples dont Virginia Woolf.
Il est vrai que pour ceux qui ne la lisent qu'en traduction, cette langue est difficile à évaluer. Sont ,en effet, apparus en filigrane quelques problèmes face à différentes traductions; comme par exemple les titres: pour le recueil, Gens de Dublin? ou Les Dublinois? ; pour l'une des nouvelles, Contre-partie? ou Correspondances?
Cette nouvelle dont la fin brutale nous a été lue d'une voix si émue que nous avons vu se dresser la canne du père contre le visage suppliant de l'enfant...Quelques mains applaudirent. Une voix derrière moi murmura: "il faudra que je le relise, ce livre".
Quelqu'un fit remarquer que ces Dublinois, c'est à dire ceux qui n'envisagèrent aucune fuite hors du labyrinthe de leur médiocrité, ont tout de même eu des descendants capables d'un telle ténacité qu'ils ont obtenu leur indépendance et qu'ils peuvent se féliciter, selon de récentes évaluations, d'un PIB par habitant supérieur à celui des anglais. Ils pourraient en être fiers.
N.B. Nous avons une antenne parisienne: Thérèse Dufresne, poète elle-même et traductrice de poètes grecs, qui participe activement à un "Café poétique". Celui-ci se tient en après-midi, les derniers mercredis du mois, au bar "Le François Coppée" à Paris.
Elle s'intéresse de près à notre "DIRELIRE" et, ne pouvant être présente cette fois, elle a accompli un travail qu'elle m'a envoyé. Ce sont quelques pages glanées dans un essai Le Grec de James Joyce écrit par Mando Aravantinou, traductrice en grec de Gens de Dublin; cet essai publié en 1977 montre à quel point chacun des livres de Joyce constitue une "écriture de (son) image" ou une "écriture de (lui) -même". Toute son oeuvre porte le sceau de ses expériences familiales , religieuses, de ses refus, de ses passions ainsi que de ses voyages notamment son départ de Dublin vers Londres, Paris, Trieste, Pola ( ce port mythique où se sont enfuis Jason et Médée). Ce sont ces exils qui donneront naissance à Ulysse... Nous remercions Thérèse Dufresne de sa participation."
Andrée HAGÈGE
Une contribution de Michel BOUDIN : "Gens de Dublin" ou l'épiphanisation du réel.
Grande perplexité ce jour-là à DIRELIRE. Comment, en effet, rendre compte de ce recueil de nouvelles insolites et déconcertantes qu'est cet ouvrage de James Joyce "Gens de Dublin"? En dépit de quelques "coups de coeur" chaleureument mis en évidence par quelques-uns, ce fut la déception qui sembla l'emporter: on s'en prit au contexte inutilement réaliste, à l'abondance de faits insignifiants, à une enfilade de phrases ordinaires sans intérêt, bref le contraire d'une histoire bien construite qui suit les règles d'une narration traditionnelle.
A plusieurs reprises, pourtant, la clef permettant d'avancer dans la compréhension de l'oeuvre fut évoquée. Il s'agit de l'épiphanie. Chacun a pu faire cette expérience de l'apparition soudaine d'une certaine perfection de la forme à l'occasion d'un fait insignifiant: une main, un visage, une colline éclairée, ou même une passion, une vision, une excitation intellectuelle. Pendant un instant le monde acquiert une valeur, une réalité, une raison d'être.
Or il se trouve que pour Joyce ce moment d'extase n'est plus seulement émotif mais une étape dans la construction de l'oeuvre d'art, non pas tant une façon d'éprouver la vie qu'une façon de lui donner forme. C'est ainsi, nous dit Umberto ECO, "que chacune des nouvelles de Gens de Dublin apparaît finalement comme une grande épiphanie, ou en tout cas comme une organisation des événements telle qu'ils tendent à se résoudre en expérience épiphanique." A chacun donc d'utiliser la clef pour tenter de comprendre comment les nouvelles de Gens de Dublin apparaissent comme les symboles d'une situation déterminée et comment elles dénoncent le vide et l'inutilité de l'existence. Bonne relecture et ...bon courage."
Michel BOUDIN

Compte-rendu de Mireille VERDIANI
La séance, comme à l'accoutumée, a débuté par les premières impressions de lecture: c'est le caractère comique de ce pamphlet antisoviétique qui a d'abord été souligné, puis des rapprochements ont été proposés avec "Le colloque des chiens" (in "Nouvelles exemplaires") de Cervantés et Kafka.
On a ensuite abordé quelques aspects de la vie de M.Boulgakov, médecin de formation , qui a choisi de consacrer sa vie à l'écriture bien qu'il n'ait pratiquement pas été publié dans son pays de son vivant. De son roman "La garde blanche" est tirée une pièce qui n'a pu être jouée (avec succès) que peu d'années avant d'être interdite, comme toutes les autres pièces de l'auteur.
On s'est aussi interrogé sur les relations de M.Boulgakov avec Staline auquel il a écrit plusieurs lettres qui disent avec force et honnêteté sa souffrance d'être un écrivain non publié, un dramaturge non joué, qui ne cherche pas à flatter ou à cacher qui il est et qui demande à pouvoir quitter l'URSS. Staline semble l'avoir trouvé bon écrivain et, s'il l'a fait censurer, il n'a pas porté atteinte à sa vie, comme cela a été le cas pour beaucoup d'autres.
Mais, l'intervention principale de cette séance, a été celle d'une petite nièce de Boulgakov (petite fille d 'un frère de l'écrivain). Elle est née à Paris et est installée à Marseille depuis 25 ans. Elle donne alors des indications biographiques : Boulgakov appartient à une famille bourgeoise de Kiev. Il est initié au théâtre dès son enfance dans le cadre familial. Très lié à ses frères Nicolas et Yvan. Trois mariages. La troisième épouse, Hélène, a joué un grand rôle dans la publication posthume de "Le Maître et Marguerite", ouvrage majeur de Boulgakov.
Elle rappelle aussi qu'une adaptation théâtrale de cet ouvrage a été donnée en Avignon en 2000 et que "La cabale des dévots" a été jouée, par une troupe russe, au théâtre Toursky à Marseille en 1998 avec un grand succès.
Elle conclura en nous disant qu'aujourd'hui, M.Boulgakov est très apprécié en Russie et considéré comme un des plus grands écrivains russes du XXe siècle. Un participant signale qu'il existe à Moscou un parcours touristique autour de M.B., qui permet, notamment, de visiter l'appartement dans lequel il écrivit "Le Maître et Marguerite".
De "Coeur de Chien",écrit en 1925, on retiendra notamment que M.Boulgakov ne croit pas qu'on puisse créer un "homme nouveau", que l'utopie de "la table rase" est une folie.
Compte-rendu par Annie ROUZOUL de "Coeur de chien" de Boulgakov, représenté à Marseille au théâtre de la Minoterie du 1er au 16 avril 2005
Au programme 2004-2005 de Direlire figurait, par hasard, en décembre, le livre "Coeur de Chien". Certains auraient préféré "Le Maître et Marguerite" mais nous avons hésité devant le poids de l'oeuvre maîtresse.
Nul ne pensa à proposer "Le roman théâtral" dont le titre primitif était "Mémoires d'un mort" et qui finit ainsi: "Pris d'une passion inextinguible pour le Théâtre indépendant, enchaîné désormais à lui comme un chien à sa niche, j'allais chaque soir au spectacle..."
Boulgakov aurait été content du spectacle de l'autre soir; du moins "mon" Boulgakov, que je reconnus aussitôt, pathétique et drôlatique, en Haïm Menahem, adaptateur, metteur en scène, acteur-comédien, homme et bête de théâtre. L'accompagnaient au piano - au final à l'accordéon - et lui donnaient la réplique Natacha Rajkova et Youri Kantomirov, qu'il était allé chercher, tout exprès, en Russie.
La salle était pleine mais n'a pas croulé sous les bravos. Qu'est-ce que c'est que çà? ont dû se dire certains, mi-figue mi-raisin. S'ils ne connaissaient pas Boulgakov ils ne pouvaient évidemment pas le reconnaître. C'était pourtant lui. Tellement lui pour moi: ressuscité.

Ce fut une séance exceptionnelle que celle consacrée, en sa présence, à Brian EVENSON et à son premier ouvrage traduit en français : « Contagion ».
Avant d'en venir à l'écrivain , c'est l'homme, toujours attentif , tranquille, cultivé et disponible aux multiples questions qui lui ont été posées sur son oeuvre et son écriture qui a impressionné.
S'exprimant dans un français excellent et riche, il a confirmé la maîtrise de notre langue qu'impliquaient les difficiles traductions qu'il a réalisées.
Nous avons tout d'abord abordé quelques éléments de sa biographie : son origine mormone et la rupture brutale et violente que lui imposèrent les chefs de la communauté lorsque, sommé de cesser d'écrire des textes tels que ceux qu'il venait de publier (« Altmann's Tongue »), il n'accepta pas de se plier à leurs injonctions. Ils le rejetèrent , le firent renvoyer de son emploi à la Brigham Youth University, et la crise entraîna son divorce ( sa femme d'alors appartenant à la communauté mormone) et la séparation d'avec ses enfants.
Brian EVENSON est de ces écrivains qui ont payé le prix fort pour pouvoir écrire et pour lesquels l'enjeu personnel était tel qu'ils ont accepté de payer.
Mais dans sa biographie, découvrir la personnalité du père de Brian EVENSON a été, pour tous les lecteurs de « Contagion », une surprise. En effet plusieurs nouvelles révèlent des relations père-fils d'une lourdeur voire d'une violence inquiétante; nous étions persuadés de leur caractère autobiographique. Il n'en était rien. C'est le poids des institutions mormones et de ceux qui la représentent qu'exprime l'auteur. Son père, au contraire, mormon lui-même, était un homme d'ouverture. Alors que les leaders de l'Eglise Mormone sont aujourd'hui très satisfaits de la vision et de la politique du Président Bush et se sentent représentés par le camp républicain le plus conservateur, le père de Brian EVENSON était un responsable démocrate de l'Utah. Son ouverture d'esprit s'exprima aussi sur le plan culturel: il lui offrit notamment des romans de Kafka qui marquèrent le jeune adolescent et, sans doute, l'autorisèrent à penser autrement.
Ainsi, lorsque vers ses 20 ans, il vint pour la première fois à MARSEILLE comme missionnaire mormon il était prêt à voir un autre monde avec des yeux bien ouverts. D'autant que Brian EVENSON avait déjà commencé à écrire. Sa première nouvelle a été écrite à 18 ans, il s'agissait de la version initiale de « Le fils Watson » ( une des huit nouvelles de « Contagion »).
Déjà nous sommes dans l'œuvre et l'auteur évoqua rapidement , outre Kafka, quelques écrivains qui ont compté pour lui et lui ont donné l'envie d'écrire , notamment, Artaud (choc de jeunesse aussi et dont il s'est senti très proche) et Beckett ( accédant aux « versions originales » de l' oeuvre anglophone et de l'œuvre francophone) . Pour la nouvelle qui donne son titre au recueil , il a aussi évoqué « L'aveuglement » de Saramago et « La peste » de Camus. Les conversations que nous avons eues ont montré sa très grande connaissance de la littérature européenne .
Les lecteurs de DIRELIRE ont dit ce qui les avait frappés alors dans les nouvelles de Brian EVENSON : la force des images, des lieux, des situations dans lesquelles se meuvent les personnages et le caractère révélateur et universel des histoires dans lesquelles ils se perdent et qui ne peuvent relever que de tensions personnelles essentielles que l'auteur cherche à partager. Par ailleurs ils ont mis en valeur l'écriture « au scalpel » telle qu‘ elle ressort de la traduction française. Autant de réactions très positives partagées dès le début de la séance.
Les interventions de Brian EVENSON ont permis de mieux entrer dans son oeuvre . Il a tout d'abord insisté sur le fait que ni dans ses nouvelles une fois achevées, ni dans ce qui en motivait l'écriture, il n'y avait une quelconque volonté de « démonstration » morale, sociale ou politique. Il n'y a pas de scénario préétabli devant conduire à une conclusion imposée. C'est une phrase, une image mentale, une atmosphère qui créent son envie, son besoin de se lancer dans un nouveau texte . De là, part le déroulement d'une histoire qui va devenir, pour l'auteur, l'élément le plus important de son travail . Nous avons longuement évoqué presque chacune des nouvelles. Voici quelques échos de notre discussion et des citations qui sont naturellement venues ponctuer le débat :
-« La polygamie du langage » , son titre (rencontre du monde mormon et de celui de la littérature) , la recherche impossible et destructrice par le narrateur pour « comprendre le problème de tout langage possible ». « Comprenez que ce n'est pas moi qui fais ceci mais le langage lui-même qui agit ainsi » dit-il pour expliquer ses errements .
-« Contagion » , dont le point de départ pour l'auteur est un détournement d'images de western (comme une autre des nouvelles, « Une pendaison ») a fasciné plus d'un(e) d'entre nous. Ces fils de fer barbelés emblématiques de la conquête de l'Ouest américain rappellent obstinément ceux des camps. Ces deux « missionnés », (chargés de vérifier les clôtures “jusqu'à l'extrême limite du territoire”) dont l'un devient un « écrivant » quelles que soient les situations rencontrées et leurs difficultés (« Le papier est un espace affranchi de toute contrainte, lui suggérait Glidden. Les mots doivent y remplacer la clôture »). Que séparent ces fils de fer barbelés ? Les piquets et les barbelés sont comme des stylos et des lignes d'écriture sur le ciel. « Il existe le barbelé physique et le barbelé spirituel, dit Glidden. Le corps sait comment guérir du premier mais on doit l'aider si l'on veut qu'il admette l'autre. Nous devons combattre le barbelé par le barbelé. »
-« Le fils Watson » : a profondément touché beaucoup de lecteurs. Le poids à peine supportable des clés qu'il « doit » porter. Cette mission incompréhensible, complexe, éreintante, folle. Confiée par le père ? « Il y a beaucoup de choses que le père n'a jamais dites. Ce que son père a dit , en revanche, c'est :« Es-tu sûr que ramasser les clés est le bon choix ? » Brey n'est pas sûr. .Ce labyrinthe de couloirs et de portes, et cette première rencontre avec un rat , forme douce qui se comporte comme un petit animal domestique mais que Brey va brutalement étrangler parce que les rats - lui a-t-on répété depuis son plus jeune âge - sont les ennemis les plus dangereux. On ne peut rien reprocher à son père. On peut tout mettre sur le compte des rats .Vraiment ? Peut-être que son père et les rats conspirent ensemble contre lui, et que la haine de son père pour les rats cache la haine du père pour le fils. »
Il faudrait rapporter la discussion sur « Interne » et l'enfermement psychiatrique, du rapport des frères dans « Deux frères » et dans « En deux » (mais y a-t-il deux frères dans cette nouvelle ?). Nous nous en tiendrons à ces exemples et n'évoquerons que pour mémoire la dureté de beaucoup de passages du livre où le sang, les couteaux coupant les tendons ou crissant sur les os, les cervelles éclatées…créent chez le lecteur un malaise qu'a éprouvé , nous a-t-il dit, Brian EVENSON à l'écriture. Ce ne sont pas des effets recherchés. Ca vient nécessairement. Et ça marque. Après avoir dit cela nous avons aussi évoqué l'humour inhérent au style de Brian EVENSON. dans ces huit nouvelles . Ce n'est pas un livre désespéré.
Il a aussi été question du travail d'écriture, des mots, en regrettant de n'avoir accédé qu'à la traduction du livre . Brian EVENSON nous a rassurés en nous disant, lui qui maîtrise bien les deux langues, que la traduction était excellente non seulement dans le choix des mots mais aussi dans les rythmes qu'il a donné à ses phrases.
Pour les participants à notre séance, unanimes, c'est un livre dont personne n'oubliera les images et les impressions qu'il fait naître.
Pour DIRELIRE, Brian EVENSON est un écrivain à suivre et dont nous reparlerons. Nous attendons avec impatience la sortie, prévue en 2006, de la traduction de son prochain livre , au Cherche Midi , avant , semble-t-il, sa publication aux Etats Unis d'Amérique.
Jean COURDOUAN.